Architectes
: Anes TALMOUDI,

Cette
rubrique s'intéresse chaque fois à un profil différent d'architectes.
Nous voulons montrer de la sorte la richesse de ce métier, et la superbe
capacité des architectes d'endosser des maillots si différents,
touchant plusieurs domaines et champs d'activités se rapportant à
la conception de l'espace. On s'intéresse ici à un profil particulier
: scénographe. Cette fois, nous présentons deux travaux de Anes
Talmoudi, architecte ENAU, exerçant depuis quelques années dans
la conception de décors et scénographies pour le cinéma et
le théâtre. Il est actuellement enseignant à l'Ecole Nationale
d'Architecture et d'Urbanisme, et à l'Ecole Supérieure de l'Audiovisuel
et du Cinéma ESAC. Il s'agit de ''Etat Civil'' et ''Al-Moutachaabitoun'',
deux pièces de théâtre produites récemment.

"Etat
Civil" est une création théâtrale mise en scène
par Atef Ben HASSINE et produite par Elteatro. L'idée centrale de cette
pièce de théâtre tourne autour de la double perception identitaire
du comédien, à savoir son identité de citoyen et son identité
de comédien.

L'histoire
est celle de trois comédiens qui se rencontrent en coulisse dans leur loge,
quelques heures avant le début de leur spectacle. Ce lieu apparaît
alors comme un lieu de transition entre leur vie de société et leur
vie de scène. Un lieu dont le statut est indéfinissable. Un "no
man's land" qui devient rapidement le support de leurs incertitudes, leur
vide, mais aussi de tous leurs excès. Ils se donnent en spectacle, avant
le spectacle. 
L'espace
de la scène se compose principalement d'une surface blanche (moquette plastique)
couvrant une partie de la scène. Cette moquette se prolonge verticalement
jusqu'à une hauteur dépassant légèrement l'échelle
humaine, suspendue au plafond technique, permettant ainsi une continuité
du sol, tout en étant détachée du fond de la scène. 
Cette
surface, par sa forme et sa blancheur, tranche avec le reste de l'espace de la
scène noire. 
Elle
constitue l'espace repère pour le jeu des comédiens. Elle devient
le lieu où tous les excès sont exposés. Un lieu transitoire
qui devient le support de leurs performances. La matrice où tout est permis. La
blancheur de cette matrice contribue à accentuer cette mise à nu
des comédiens. Grâce à la lumière, elle les surexpose
en rendant impossibles toute tentative de se cacher. 
Cette
surface peut elle même être divisée en deux niveaux de perception
par le moyen d'un rideau translucide. Ce rideau est manipulé par les comédiens,
créant eux mêmes les ambiances dans lesquelles ils évoluent.
Un jeu de translucidité et de transparence les fait baigner dans une ambiance
lactée ou claire. 
Le
parti pris dépouillé et minimaliste de cet espace est un désir
de s'inscrire dans une vision contemporaine (dans l'art contemporain) pour que
la scénographie ne soit pas uniquement une réponse aux besoins scéniques
de la pièce ( puisqu'elle l'est d'emblée), mais aussi acte visuel
en soi. 




|