MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 
 
   



Morched CHABBI Urbaniste

Communication publiée dans un ouvrage collectif sous la direction de Nadir boumaza" Villes réelles villes projetées, villes maghrébines en fabrication( 691 pages) édité en 2005 chez Maisonneuve et Larose- Paris.

INTRODUCTION

Pays anciennement urbanisé, la Tunisie dont le taux d’urbanisation était de 28% en 1925, atteint aujourd’hui 64,8%, selon le recensement de 2004. Avec une population d’un peu moins de 10 millions (9.910.900) d'habitants en 2004, et une capitale de 2.250.000 habitants, la Tunisie a connu au cours des quarante dernières années de multiples transformations. Au-delà des aspects quantitatifs, des transformations importantes ont caractérisé l’évolution de l’urbanisation. Ces transformations bien que peu perceptibles au niveau de l’armature urbaine, se sont manifestées au niveau de l’organisation spatiale des villes, ainsi qu’au niveau de leurs contenus socio-économiques et des pratiques sociales de leurs habitants. A quoi imputer ces transformations ? Résultent-elles d’actions volontaires engagées dans le cadre de politiques publiques, ou au contraire traduisent-elles des pratiques sociales des populations ? Ces transformations correspondent-elles à un modèle d’urbanisation ? Si oui, ce modèle est-il en mesure d’impulser, à l’avenir, un développement urbain prévisible ? La réponse à ces questions nécessite que l’on analyse la dynamique des villes tunisiennes en mettant en évidence ses transformations et ses facteurs déterminants. Pour ce faire, nous procèderons à une présentation succincte des caractéristiques du système urbain en Tunisie et de la dynamique spatiale et fonctionnelle des villes tunisiennes, et pour identifier les facteurs d'évolution et de mutation de l'urbanisation, nous focaliserons notre analyse sur l'évolution de la centralité, des migrations ainsi que sur l'évolution spatiale des villes et les nouvelles formes d'habiter dans les villes. Partant de ces constats, nous nous interrogerons sur les facteurs qui ont déterminé les transformations de l’urbanisation et essaierons d’en montrer les implications.

1- LES PRINCIPALES CARACTERISTIQUES DU SYSTEME URBAIN TUNISIEN

Le système urbain en Tunisie est caractérisé par trois traits principaux :
- La primatie de la capitale ;
- La concentration littorale des villes ;
- La prédominance des petites et moyennes villes.

* La primatie de la capitale

Tunis, qui comptait 120.000 habitants en 1900, représente en 2004 une agglomération de 2.250.000 habitants. Ainsi, en un siècle, son taux de croissance annuel a été de 3%, avec des pointes de croissance(1) de 5,68% entre 1936 et 1946 et 3,2% entre 1975 et 1984. Au cours des dix dernières années, son taux de croissance s’est stabilisé à 2,08% et il est attendu qu’il s’établisse à 1,7% en 2010. Cette modération de la croissance de la capitale n’est pas propre à Tunis et concerne la plupart des villes littorales tunisiennes(2). Cette faiblesse relative de la croissance urbaine résulte d’un ralentissement de la croissance démographique à l’échelle du pays, consécutive à la forte baisse de la natalité, conséquence de la politique de régulation des naissances mise en oeuvre par les pouvoirs publics dès 1965. Outre la forte baisse de la natalité, la modération de la croissance urbaine est aussi imputable au recul de l'exode rural lié notamment à une meilleure répartition des équipements scolaires et des emplois à l'échelle régionale, ainsi qu’à une stabilisation de la population, du fait de la politique de large diffusion de la propriété d'occupation du logement, engagée à partir de 1975. En dépit de sa croissance modérée, Tunis n’en demeure pas moins une ville primatiale car elle abrite 22,7% de la population du pays et représente un peu moins de 5 fois la population de Sfax, 2ème ville de Tunisie, qui ne compte que 460.000 habitants. Ce caractère primatial de Tunis est lié historiquement à sa fonction de plaque tournante des échanges économiques et à la concentration des investissements, responsables de la polarisation de l’espace national et de l’attractivité des flux migratoires par la capitale. Cette primautè de la capitale traduit également la concentration des pouvoirs de décision et la centralisation du système politico-administratif tunisien.

* La concentration littorale des villes tunisiennes

En 1994, 68% de la population tunisienne résidaient dans les régions littorales du pays. Parmi les 262 communes tunisiennes, 140 sont localisées dans les régions littorales et 122 dans les régions intérieures. 75% de la population communale totale résident dans les régions littorales, zone de concentration des communes de grande et moyenne taille.
Sur les 262 communes, 84 représentent de grandes et moyennes communes et qui regroupent 78% de la population communale. Les petites communes, dont la population est inférieure à 20.000 habitants, sont au nombre de 178 et abritent 22% de la population communale.

* La prédominance des communes de taille moyenne

Les communes tunisiennes dont la taille varie de 20.000 à moins de 100.000 habitants sont au nombre de 74 et regroupent 46% de la population communale. Bien que les petites communes (< 20.000 habitants) soient au nombre de 178, elles ne regroupent que 22% de la population communale et représentent, en grande majorité, des localités rurales. Ces caractéristiques quantitatives montrent, à l’instar d’autres systèmes urbains des pays du Sud, la prédominance de la ville capitale et la concentration littorale des grandes et moyennes villes. Quels sont les processus qui ont conduit à cette évolution ?

2- LES PROCESSUS D’URBANISATION, DYNAMIQUES SPATIALES ET FONCTIONNELLES

Nous analyserons successivement :
- Les transformations spatiales des villes tunisiennes ;
- L’évolution des centres-villes ;
- La mobilité ;
- Les mutations socio-démographiques ;
- Les nouvelles formes d’habiter.
Auparavant, il est utile de faire un bref rappel historique sur les modes d'organisation de l'urbain en Tunisie.

Carte de la Tunisie

* Modèles de développement et transformations spatiales des villes tunisiennes

Au lendemain de l'indépendance en 1956, la Tunisie comptait 3,783 millions d'habitants et disposait d'un parc logement de 650.000 unités d'habitation, dont 350.000 étaient des gourbis(3).
Le modèle de développement libéral, institué au lendemain de l'indépendance, avait entraîné l'amplification du chômage et placé l'Etat devant l'obligation d'opter en 1961 pour un modèle de développement fondé sur la substitution d'importation, et sur le rôle accru de l'Etat en tant que promoteur du développement. Ce modèle de développement visait à créer un marché intérieur en assurant l'accumulation par le prélèvement d'un surplus à la campagne. Pour ce faire, la modernisation de la petite propriété agraire devenait impérative pour l'Etat qui procéda à son regroupement dans le cadre de coopératives.
Dans l'esprit de ses promoteurs, il s'agissait en réalisant un regroupement forcé de la petite propriété agraire, d'impulser la modernisation de l'agriculture traditionnelle et de dégager un surplus permettant de financer l'industrialisation. Ce système fut mis en place à la faveur de la transformation du néo-destour en parti unique(4). En effet, en 1963 et suite à l'échec d'un complot militaire, les partis furent interdits et le néo-destour, devenu parti unique, fut rebaptisé en 1964, parti socialiste destourien. Le modèle de développement mis en place en 1961 devait entraîner de nombreux déséquilibres qui furent à l'origine des mutations de l'organisation des villes tunisiennes.
La généralisation des coopératives à la campagne et l’intégration forcée des petits paysans ont été un facteur de paupérisation et ont accru les flux d’exode rural en direction principalement de Tunis et secondairement vers les chefs-lieux de gouvernorats(5). Cela entraîna un développement de l’habitat précaire et la dégradation des conditions d’habitat principalement dans les grandes villes.
En l’absence d’une politique d’habitat conséquente, l’impact de l’exode rural a entraîné dans les grandes villes, d’une part, la densification des gourbivilles, et d’autre part la prolétarisation et l’oukalisation de la médina de Tunis(6). Ce cycle s’est traduit par une forte densification du tissu, du fait de l’absence de programmes de logements adaptés aux ressources des populations pauvres provenant de la campagne(7).
Le modèle de développement mis en oeuvre au cours des années 60 et qualifié par ses promoteurs de socialiste, correspondait en réalité à un capitalisme d’Etat caractérisé par des formes de contrôle autoritaire et un encadrement politique de la population par les structures du parti unique(8).
Dans un tel contexte, la régulation se limitait à l'émission d'un discours reposant sur des thèmes mobilisateurs, qui en l'absence de moyens de réalisation, se réduisaient à des slogans(9), qui constituent des préalables à l’encadrement socio-politique de la population .
Ainsi, dans l'incapacité de fournir des logements aux populations pauvres, l’Etat a adopté une politique de démolition des gourbivilles en refoulant les habitants vers leurs régions d’origine(10).
Ce système, basé sur des formes d'encadrement politique et des pratiques autoritaires de l'Etat, provoqua, vers la fin des années 60, une vague de mécontentement de la petite paysannerie, qui fut savamment exploitée par les grands propriétaires agraires, dont les terres devaient être intégrées dans les coopératives à partir de 1968. L'Etat fut contraint, devant l'ampleur du mécontentement de larges couches de populations, de mettre un terme en 1969 à cette expérience.
L'impact de ce modèle de capitalisme d'Etat eut des effets multiples sur l'organisation des villes. On retiendra principalement que l'amplification de l'habitat précaire, la forte densification des villes ainsi que la dégradation des conditions de vie et d'habitat furent les traits marquants des années 60. Le modèle de développement fondé sur la substitution d'importation fut remplacé par un modèle de développement basé sur la promotion des exportations, sur la libéralisation de l'économie et l'appel aux capitaux étrangers.
Le choix de ce modèle de développement fondé sur la promotion des exportations et l’appel aux capitaux étrangers, nécessita la mise en place d’une politique urbaine visant le développement de l’habitat, de la planification urbaine et du transport urbain(11).
Au début des années 70, une nouvelle politique d'habitat fut institué reposant sur la création de trois agences foncières, parmi lesquelles l'agence foncière d'habitation (A.F.H.) avait pour mission d'acquérir, d'aménager et de vendre des lotissements aux ménages ou aux promoteurs. En 1974 était instituée la profession de promoteur immobilier, longtemps monopolisée par l'Etat. Enfin, le financement de l'habitat fut confié à une Caisse Nationale d'Epargne-Logement (C.N.E.L.).
Ces instruments et les nouveaux moyens de cette nouvelle politique d'habitat étaient destinés, en priorité, à des populations solvables, et cette nouvelle politique d'habitat eut pour conséquence l'exclusion des populations économiquement modestes. Ces dernières devinrent captives d'un nouveau système de production du logement : l'habitat spontané péri-urbain(12). Ce nouveau type de système d'habitat fut, en partie, à l'origine de l'extension des périphéries des villes tunisiennes et amorça leur étalement spatial.
La nouvelle politique d'habitat mise en oeuvre à partir de 1975 s'est traduite par le développement d'importants programmes de logements, qui furent à l'origine des migrations résidentielles des populations, des centres surdensifiés des villes vers les périphéries.
Ce type de développement des villes tunisiennes a eu d’importantes implications sur leur organisation spatiale. Ainsi Tunis, dont la densité résidentielle qui avoisinait 110 habitants à l’hectare en 1970, a vu sa densité s’établir quinze ans plus tard à 85 habitants à l’hectare. Il en est de même pour les villes de Sfax, de Sousse et même pour les petites villes où les habitants abandonnent les médinas pour s'installer en périphérie, dans les nouveaux quartiers d'habitat spontané ou les nouveaux quartiers de villas.
Cette redistribution spatiale de la population a concerné la plupart des villes tunisiennes et s’est traduite par un étalement spatial des tissus urbains inconnu jusqu'alors ainsi qu'un dépeuplement des centres-villes. Ainsi, la médina de Tunis et ses faubourgs, qui comptaient en 1966 plus de 160.000 habitants, ne compte plus en 2004 que 95.000 habitants, perdant ainsi en 35 ans plus de 65.000 habitants, dont la grande majorité s'installa dans les zones périurbaines du Grand Tunis.
Bien que cette dédensification a permis de réduire le poids démographique, qui fut longtemps responsable de la dégradation du bâti, ce dépeuplement de la médina a favorisé le développement des activités économiques qui ont occupé et refonctionalisé les espaces réservés traditionnellement à l’habitat. Ce dépeuplement a été également observé dans le centre européen de Tunis, qui a perdu à son tour, entre 1975 et 1995, plus de 20.000 habitants.
La zone péri-centrale de Tunis constituée initialement des gourbivilles a connu également une dédensification des logements. Ainsi, de 6,8 personnes par logement en 1975, la densité était en 1994 de 5,4 personnes par logement.
Cette redistribution des populations, la dédensification du tissu et l’étalement spatial ont été observés dans de nombreuses villes, telles que Sfax, Sousse, Bizerte, Kairouan, Monastir, Nabeul, etc…
Ce phénomène a également atteint de nombreuses petites villes, qui s’apparentent plus à des villages. Ainsi, Ridha LAMINE a montré dans sa thèse de doctorat comment les changements de modes de vie ont contraint les ménages à abandonner les logements traditionnels dans les villages du Sahel, plus adaptés au mode de vie rural et à opter en périphérie pour de nouveau modes de logements dits modernes(13).
L’étalement spatial qui a été favorisé également par le développement de l’habitat spontané dans l’espace péri-urbain des grandes villes tunisiennes, traduit également la recherche par les ménages d'opportunités foncières.

Habitat spontané péri-urbain

Habitat de classes moyennes

Ennasr à Tunis : Un quartier de classes moyennes

A l’inverse d’une opinion courante, cette péri-urbanisation n’est pas le résultat d’une "explosion démographique", car elle s’est développée entre 1975 et 1990, période caractérisée par un infléchissement de la croissance démographique et la baisse de la natalité. Au cours de cette période, cette péri-urbanisation a correspondu au développement de deux formes d'habitat contrastées, des quartiers d’habitat spontané et des programmes d’habitat destinés aux classes moyennes.
Cette deuxième forme s’explique par la sélectivité des politiques d’habitat engagées entre 1975 et 1990, qui étaient destinées à des populations solvables. En effet, les populations de faible solvabilité, exclues du système public de production du logement, se sont adressées au marché foncier parallèle et ont ainsi contribué à accentuer la péri-urbanisation qui, à l’inverse de ce qui est observé dans les pays développés, est exclusivement l’apanage des populations économiquement modestes.
L’étalement spatial consécutif à ces migrations résidentielles, impulsées par les politiques d’habitat et l’importance des programmes de logements réalisés(14) a entraîné l’éclatement des fonctions urbaines et l’accroissement des distances domicile-travail au sein de nombreuses villes, ce qui a nécessité, parallèlement à la politique de l'habitat, la mise en place d'instruments de planification urbaine, destinés à réguler le développement urbain impulsé par la nouvelle politique d'habitat.
Au plan juridique, la mise en place des instruments de planification a été instituée par la promulgation du Code de l'Urbanisme en 1979, qui remplacera le décret de septembre 1943, qui régissait le développement et l'embellissement des villes.
Le code de 1979 a défini les modes d'élaboration, d'approbation et de gestion des différents instruments de planification, tels que le plan directeur d'urbanisme (P.D.U.), le plan d'aménagement urbain (P.A.U.), le plan d'aménagement de détail (P.A.D.), le lotissement, les permis de bâtir ainsi que des moyens opérationnels pour la maîtrise du foncier, tels que le périmètre d'intervention foncière (P.I.F.) ou encore le fonds d’intervention et d’aménagement des terrains (F.I.A.T.) qui n’a jamais été mis en application.
Entre 1975 et 1985, plus de 200 plans d'aménagement urbain furent élaborés, avec l'objectif de réguler le développement des communes et de maîtriser l'étalement spatial des villes. Il convient, toutefois, de préciser que ce redéploiement de la planification, s'il a été engagé au cours de la fin des années 70, a été entrepris plus tôt dans le Grand Tunis. En effet, dès 1972, était créé le District de Tunis, dénomination recouvrant le territoire du Grand Tunis faisant l'objet d'actions de planification urbaine ainsi que l'organisme technique, chargé de mener à bien cette planification.
Ce dernier entra en fonctionnement en 1974 et soumit aux pouvoirs publics en 1975 un livre blanc sur le fonctionnement de l'agglomération. En 1977, il proposa des options du Plan Régional d'Aménagement du Grand Tunis aux horizons 1986 et 2000.
Parallèlement à ce redéploiement de la planification urbaine, d'importants changements transformèrent le paysage institutionnel. En 1974, l'assainissement, fonction traditionnellement dévolue aux communes, fut confié à un nouvel organisme, l'Office National d'Assainissement (O.N.A.S.), la distribution de l'eau potable à la Société Nationale d'Exploitation et de Distribution des Eaux (S.O.N.E.D.E.), les infrastructures électriques étaient confiées, depuis fort longtemps, à la Société Tunisienne d'Electricité et de Gaz (S.T.E.G.).
D'autres organismes publics, chargés du transport furent créés. C'est ainsi que la société du métro léger de Tunis (S.M.L.T.) vit le jour en 1983 pour prendre en charge la réalisation de ce mode de transport. Outre l'éclatement des fonctions urbaines, la migration résidentielle et les transformations de l'organisation des villes, ont entraîné des mutations de la centralité dans de nombreuses villes tunisiennes.

* La mutation des centres-villes(15)

Ville de 560.000 habitants en 1956, Tunis était structurée autour d'un espace central qui abritait en 1960, 42% de la population de l’agglomération, poids réduit aujourd'hui à 7%, ce qui traduit l'ampleur de la redistribution des populations dans la capitale.
Entre 1960 et 1980, le centre de Tunis, qui concentrait l’essentiel des fonctions tertiaires, était qualifié d’hypercentre car il totalisait 40% des emplois de l'agglomération(16). Dès 1980, des tendances d’évolution ont impulsé le glissement vers le Nord des fonctions centrales, préfigurant la polycentricité du Grand Tunis.
Le Plan Régional d’Aménagement, établi en 1977(17), tenant compte de cette évolution et des contraintes liées à l’hypercentre, avait préconisé la création d’une armature de centres régionaux et locaux, afin de réduire l’emprise de l’hypercentre au sein de l’agglomération et réduire sa congestion.
Trois centres régionaux furent programmés, mais seul le centre urbain nord fut réalisé à proximité de l’aéroport sur une superficie de 100 hectares.
Cette amorce de centralité polynucléaire du Grand Tunis favorisera par la suite l’élargissement de l’hypercentre en direction des lacs Nord et Sud, la restauration des plans d'eau, du fait de la mise en place d'un système d'assainissement ayant permis l'aménagement de ses berges.
Aujourd’hui, les nouvelles composantes de la centralité polynucléaire du Grand Tunis s’organisent autour des éléments suivants :
- Un hypercentre élargi s'ouvrant sur les fronts des lacs Nord et Sud de Tunis ;
- Deux centres régionaux l’un en fonctionnement au Nord et un deuxième programmé dans la région Sud du Grand Tunis ;
- Des centres secondaires répartis au Nord, au Sud et à l’Ouest de l’agglomération.
Cette armature de centres est fortement articulée par un système de transport collectif composé du métro léger, du transport par bus et du T.G.M. (train Tunis-Goulette-Marsa), ainsi que du chemin de fer desservant la banlieue Sud.
Une deuxième exemple d’évolution de la centralité, tout à fait inverse de celui de Tunis, est celui de Sfax. Deuxième ville de Tunisie, Sfax a une organisation spatiale radio-concentrique, structurée par un nombre important de voies radiales, qui convergent vers l’espace central composé jusqu’en 1980 de la médina (24 hectares) et du centre européen (100 hectares).
A l’instar du centre de Tunis et des centres d’autres villes tunisiennes, le centre de Sfax est verrouillé par le port de commerce, construit en 1897 et qui fut et reste l'un des facteurs de l’essor économique de la ville. Avec un faible taux de croissance annuel de l’ordre de 1,7%, la ville est également caractérisée par une faible densité résidentielle (40-50 habitants à l’hectare).
A l’instar de Tunis, Sfax a connu une redistribution de sa population qui a quitté le centre pour s'installer dans la périphérie constituée de vergers. Ces vergers représentent une propriété foncière patrimoniale des habitants de Sfax, qui a servi en quelque sorte de réserve foncière et qui accueille depuis quelques années déjà les extensions de la ville.
Jusqu’en 1980, l’espace central était unipolaire avec la médina, qui après avoir été désertée par ses habitants, a été transformée en un vaste bazar, et en centre de production artisanale(18), contiguë au centre européen qui abrite les fonctions commerciales et administratives.
Le schéma directeur d’urbanisme de 1978 avait programmé un nouveau centre urbain d'une superficie de 60 hectares dans une zone de cimetières désaffectés, situées non loin de la médina. Engagée en 1985 avec des financements tuniso-saoudiens, ce projet, baptisé "Sfax Jadida" (Sfax la neuve), constitue une nouvelle composante de la centralité unipolaire de la ville de Sfax. Implanté à l’Ouest de la médina, il se situe au point de confluence des radiales qui desservent les zones d’habitat périphérique.

La centralité à Sfax et à Tunis

A l’inverse du cas de Tunis, l’évolution de la centralité à Sfax a eu comme conséquence le renforcement de l’hypercentre et l’impossibilité d’opter pour une option polynucléaire, du fait des enjeux de la propriété foncière patrimoniale(19).
En dépit des options du plan d’urbanisme de 1978, prévoyant le maintien de la zone agricole des vergers et la faible densité des logements appelées à y être implantés, ces dispositions ont été contournées et les vergers ont accueillis des opérations d’habitat plus nombreuses que prévu.
Sfax El Jadida, en dédoublant le centre colonial, a renforcé l’unipolarité de l'espace central par la concentration des fonctions administratives et commerciales.
Cette option a ainsi généré de multiples dysfonctionnements, parmi lesquels la congestion du trafic liée à la croissante motorisation de la population est l’une des conséquences les plus significatives.
Les mutations de la centralité à Tunis et à Sfax illustrent une évolution contrastée des aires centrales de ces deux villes. Ces évolutions contrastées traduisent la variété des enjeux sous-jacents à chaque ville.

 

* La mobilité

- Les migrations alternantes

L’étalement spatial du tissu urbain, ainsi que l’éclatement des fonctions urbaines et les distances de plus en plus importantes entre domicile et travail, ont induit des migrations alternantes imposant la création, dans certaines villes, soit des moyens de transport lourd, soit un système de transport en bus. La question du transport se trouve d’autant plus posée que la péri-urbanisation et le développement des quartiers périphériques rendent ces quartiers dépendants des centres où sont concentrés souvent plus de 50% des emplois.
Depuis une dizaine d’années, la forte croissance de la motorisation des ménages a introduit de nouvelles contraintes.
En effet, le démantèlement des tarifs douaniers consécutif aux accords du G.A.T.T. et la volonté des Etats maghrébins de permettre l’accès des strates sociales moyennes à la propriété de la voiture, ont fait littéralement exploser les taux de motorisation(20).
Le recours à la voiture a entraîné une forte congestion du trafic, ce qui s’est traduit par de multiples gênes occasionnées au transport collectif, qui reste important dans le Grand Tunis(21). En effet, les déplacements journaliers des personnes totalisent en 1998 environ 2,5 millions de déplacements, dont 48% en transports individuels et 52% en transports collectifs.
Ainsi, en dépit de la forte progression du transport individuel, le transport collectif continue à jouer un rôle primordial, car on estime que la population captive des transports collectifs représente 40% dans le Grand Tunis(22).
La forte concurrence qu’impose la voiture particulière aux transports collectifs au niveau de l'occupation de la chaussée, n’a pas permis de mettre en oeuvre des moyens tels que les couloirs réservés ou sites propres réservés aux bus.
Seul le métro léger de Tunis bénéficie d’un site propre et sa vitesse commerciale est en moyenne de l’ordre de 25 kilomètres à l'heure, alors que les bus, compte tenu des multiples contraintes occasionnées par la voiture particulière ont vu leur vitesse commerciale régresser et s’établir parfois à moins de 10 kilomètres à l'heure.
Ces éléments illustrent les répercussions et l'impact des transformations de l’organisation spatiale des villes tunisiennes au cours des vingt dernières années.
Les transformations dans l'organisation spatiale des villes ont entraîné un éclatement des fonctions urbaines. Ainsi, les zones industrielles de plus en plus excentrées en périphéries ainsi que les zones d'habitat ont augmenté les distances et ont généré des déplacements et une mobilité croissante.
Certains bassins résidentiels démunis de zones d'emplois génèrent d'importants déplacements. Ainsi, la zone Ouest du Grand Tunis constitue un bassin résidentiel, qui regroupe 37% de la population de la capitale, mais ne dispose que de 10% des emplois(23). Certaines villes moyennes, qui étaient spatialement compactes, ne nécessitaient pas de moyens de déplacement, toutefois l'étalement spatial et les tendances centrifuges de développement de l'urbanisation ont favorisé le développement de divers modes de transport (taxis, bus, etc…). Au-delà du caractère intra-urbain de la mobilité liée aux déplacements domicile-travail, cette notion renvoie aux migrations interrégionales ou rurales ainsi qu'à la migration résidentielle intra-urbaine.

- La mobilité migratoire interrégionale

Après avoir, entre 1930 et 1985, contribué à alimenter les différentes villes, la migration interrégionale n’est plus depuis le début des années 80, l’un des facteurs déterminants de l’urbanisation. En effet, le recensement de 1994 a fait ressortir que "la tendance à la baisse de l’exode rural dans la croissance urbaine s’est confirmée au cours de la dernière décennie et on estime la contribution de l’exode rural à 5,2% de la croissance urbaine"(24).
Et le même document de l’Institut National de la Statistique de préciser "l’exode rural semble désormais s’inscrire dans un cadre de plus en plus régional. Le mouvement d’exode rural intra-gouvernorats, l’emporte nettement sur l’exode interrégional"(25).
La conclusion des responsables du recensement est que la Tunisie se caractérise par un faible niveau de mobilité si on la compare aux pays industriels où ce taux est supérieur à 10% par an.
Ainsi, la réduction des migrations interrégionales traduit la stabilisation de la population qui s'explique par l'important accès à la propriété du logement d’une part, et par une meilleure répartition régionale des équipements éducatifs, dont notamment une meilleure distribution des établissements universitaires(26), d'autre part.

- Les migrations résidentielles

Elles ont été très importantes entre 1975 et 1990, car liées aux multiples programmes de logements, et ont contribué à remodeler l’organisation spatiale de certaines villes, dans la mesure où les politiques d’habitat ont impulsé la redistribution de la population des espaces centraux vers les espaces périphériques.

 

* Les transformations de l’organisation spatiale des villes tunisiennes

Les tendances centrifuges d’urbanisation dans la plupart des villes tunisiennes ont eu comme conséquence la sous-densification de ces villes.
Ainsi Tunis de 115 habitants à l’hectare en 1970, affiche en 2000 une densité de 85 habitants à l’hectare, Sfax 40 habitants à l’hectare, Sousse 35 habitants à l’hectare, etc…
Mais au-delà de cette sous-densification, l’un des traits les plus marquants est la constitution de conurbations dans de nombreuses régions, c'est-à-dire "la coalescence d’aires urbanisées"(27).
Il y a une vingtaine d’années, le système d’organisation des villes dans les régions du Sahel, de Bizerte, du Cap Bon et plus généralement le long du littoral était caractérisé par l’existence d’une ville régionale autour de laquelle gravitaient de petites villes satellites. C’était notamment le cas de Sousse autour de laquelle existent une douzaine de communes, ou encore de Nabeul dans le Cap Bon, avec 5 communes satellites. Bizerte commandait également 3 ou 4 communes. Or, l’étalement spatial et la péri-urbanisation ont provoqué la coalescence et la soudure spatiale de ces villes satellites avec la métropole régionale.
Ce phénomène, observé dans les régions de Sousse, de Ksar Hellal, de Nabeul, de Bizerte, de Gabès, est principalement concentré sur le littoral.
Cette évolution n’est pas sans rappeler celle de la conurbation de Casablanca et ses rapports avec les villes avoisinantes, telles que Mohamedia et El Jadida au Maroc(28).
Ces transformations spatiales annoncent la constitution de véritables régions urbaines. Ainsi, le Sahel avec les gouvernorats de Sousse, de Monastir et de Mahdia et qui comprend 60 communes, compte une population de 1,4 millions et verra, dans une trentaine d’années, sa population approcher des 2,5 millions d’habitants. Ainsi, une conurbation de 2,5 millions d'habitants et composée d'une soixantaine de communes, représentera un organisme urbain d'un nouveau type, dont le système institutionnel actuel, basé principalement sur les communes et les gouvernorats ne sont pas à même d'assurer la gestion de ce type de région urbaine.
En effet, la gestion de certains services urbains tels que le transport ou l’enlèvement et le traitement des déchets solides à l’échelle de la région urbaine, nécessitent de nouvelles formes d'organisation et de structures institutionnelles.
L’organisation institutionnelle actuelle reposant sur 60 communes ne peut permettre la gestion d’une telle région urbaine.
Ces appréciations concernent également Bizerte et Nabeul, qui appartiennent spatialement à la région métropolitaine du Grand Tunis, et sont reliées par des autoroutes à la capitale, ces deux conurbations sont irrévocablement appelées à jouer le rôle des banlieues dans l'espace métropolitain du Grand Tunis.
Les instruments actuels de planification et de gestion adaptés à des espaces urbains moins complexes ne seront pas en mesure d’assurer la régulation des régions urbaines et de ces conurbations en cours de constitution.
Ainsi, les transformations urbaines à l’échelle de l’organisation spatiale des villes nécessiteront l’adoption de nouvelles méthodes de gestion des services urbains, aussi bien au niveau des instruments de planification urbaine qu’au niveau de l’organisation institutionnelle de ces régions urbaines, où l’enjeu de l’intercommunalité deviendra central.

Conurbation de Sousse

 

* Les mutations socio-démographiques

Les transformations de l'organisation des villes ont été impulsées, à la fois, par les politiques urbaines et par des mécanismes non planifiés de développement urbain. Outre les politiques urbaines, il convient de mettre en évidence l'impact de la politique de population et des mutations socio-démographiques survenues au cours des vingt dernières années.
En effet, le taux brut de natalité qui était de 45,1‰ en 1966, s'établit en 1995 à 20,8‰. Le taux brut de mortalité a évolué de 20,9% en 1966 à 5,8‰ en 1995.Le taux net d'accroissement a fortement diminué, évoluant de 2,6% en 1966 à 1,5% en 1995(29). Selon le recensement de 2004, ce taux qui poursuit sa décroissance s’établit à 1,2%.
Les mutations socio-démographiques concernent, d'une part, la chute des taux de fécondité, et d'autre part, la baisse de la mortalité. Cette évolution traduit ce qu'il est convenu d'appeler la transition démographique, qui résulte de l'effet conjugué de la planification des naissances engagée en Tunisie depuis 1965, et de l'amélioration des conditions d'habitat et du niveau de vie qui explique l'allongement de l'espérance de vie, qui s'établit en 2003 à 71 ans pour les hommes et 73 ans pour les femmes, contre 51 ans en 1966.
Au-delà de ces indicateurs, ce sont les mutations qui ont affecté la structure de la famille, le recul de l'âge au mariage ainsi que la réduction de la taille des ménages qu'il convient d'analyser, car elles permettent de mieux comprendre les nouvelles pratiques de l’habiter.

- La structure de la famille

Au cours des quarante dernières années, la mutation de la famille s'est traduite tout d'abord par l'émergence puis de la prédominance de la structure conjugale et le caractère désormais résiduel de la famille élargie. En conséquence, la taille des ménages, qui était de l'ordre de 6 personnes et plus en 1966, est en 2004 de 4,53 personnes à l’échelle nationale. Dans le Grand Tunis, la taille moyenne des ménages est de 4,21 et de 4,44 dans la région du Centre-Est. Seule la région du Centre-Ouest (Kairouan, Kasserine, Sidi Bouzid) est caractérisée par une taille moyenne des ménages légèrement supérieure à 5 (5,13).
Cette évolution liée aux nouvelles pratiques en matière de limitation des naissances, adoptée en 1965, a favorisé de nouvelles pratiques sociales liées à l'appropriation du logement. En effet, le logement occupé par les familles nucléaires s'est traduit par une forte baisse de la densité d'occupation, ce qui a entraîné l'amélioration des conditions d'habitat, confortée à son tour par une diffusion élargie de la propriété du logement.
D'autres phénomènes sociologiques, tels que le recul de l'âge au mariage corroborent ces évolutions. En effet, l'âge moyen au mariage, qui était de 18 ans en 1970, s'établit à 28 ans en l'an 2000.
Ces mutations socio-démographiques, ainsi que des mutations socio-économiques ont concouru au développement de nouvelles pratiques de l'habiter.

 

* Mutations socio-urbaines et nouvelles pratiques et formes d'habiter

Le débordement des limites des villes traditionnelles a été observé à partir des années 20-30, du fait du développement des lotissements réalisés par les sociétés coopératives de logements à Tunis(30), à l'extérieur du centre-ville où la spéculation foncière et l'enchérissement des prix immobiliers dans la nouvelle ville européenne ont été des contraintes empêchant les fonctionnaires français de s'installer dans cette partie de la ville.
Ainsi, dans les zones de la proche périphérie ont été réalisées des opérations de lotissements de maisons individuelles. Ce modèle d'habitat se distingue à la fois des immeubles collectifs du quartier d'affaires et des maisons traditionnelles de la médina.
Ces nouveaux modèles d'habitat sont apparus dans les grandes villes entre les années 20 et les années 40. dans les villages et les localités rurales, quelques rares cas d'implantation de logements occupés par des colons ont été observés, sans grand impact sur l'évolution du tissu traditionnel, dans les petites localités qui n'ont connu de véritable changement qu'à partir des années 70.
C'est au cours des trente dernières années, c'est-à-dire une période caractérisée par un redéploiement de la politique de l'habitat et des politiques urbaines que les pratiques d'habiter ont connu d'importantes mutations.
De nouveaux quartiers ont été édifiés dans les zones périphériques des grandes villes et des villages. Mais, au-delà de cette évolution spatiale que nous avons déjà évoquée, ce sont les modes d'habiter qui ont connu des transformations importantes.
Ainsi, on a assisté au lendemain de la 2ème guerre mondiale au départ des beldis tunisois de la médina vers les quartiers de villas. Puis vers les années 50, quelques noyaux d'habitat ont attiré de rares cadres et des enseignants tunisiens dans les zones périphériques et balnéaires des grandes villes(31).
Ces évolutions correspondent à l'adoption de nouveaux modes d'habiter par les couches aisées tunisiennes. Le phénomène prendra de l'ampleur à partir des années 70. En effet, la nucléarisation des ménages de la famille ainsi que la mobilité sociale impulsée par l'éducation et le large accès à l'école, ont été à l'origine de la mobilité sociale qui a à son tour favorisé le développement de nouveaux types de logements adaptés à la structure conjugale des familles.
En effet, le développement des classes moyennes a été accompagnée du développement de nouveaux quartiers qui ont à leur tour favorisé le développement de nouveaux modes de consommation et de nouvelles pratiques d'habiter(32).
Ainsi, de nouveaux symboles et signes ont graduellement transformé le logement en un objet qui auparavant principalement doté d'une valeur d'usage, devient désormais un objet doté d'une valeur d'échange à la fois symbolique et économique.
En devenant un symbole de réussite sociale le logement est désormais utilisé comme support de marquage du statut social de son propriétaire. Ce marquage qui a pris différentes formes s'est accompagné d'une série de ruptures dans les nouvelles formes d'habiter par rapport au logement traditionnel, qui sont perceptibles principalement au niveau :
�� De l'échelle spatiale du logement ;
�� Du changement de rapports entre dehors et dedans du logement ;
�� Des transformations de la façade comme support de signes ;
�� Du syncrétisme des formes architecturales.

 

* Rupture dans l'échelle spatiale du logement

A l'exception des catégories populaires de la population, qui dans leurs nouvelles formes d'habiter ont reproduit quelques éléments du logement traditionnel, tant au niveau de la superficie des parcelles (de 150 à 200 m2), qu'au niveau de la surface bâtie (100 à 250 m2), la rupture de l'échelle spatiale du logement est principalement observable auprès des nouvelles classes moyennes.
Bien que pour la plupart issus de couches urbaines villageoises ou rurales modestes, les nouvelles classes moyennes ont adopté de nouvelles formes d'habiter qui correspondent à une véritable négation du système d'habitat qu'ils occupaient auparavant. Ainsi, alors que la parcelle-type dans d'habitat traditionnel excède rarement 200 m2, la surface désormais consacrée dans les nouveaux quartiers résidentiels est de 500 m2, norme consacrée pour la construction d'une villa. Ce nouveau modèle constitue un contre-type par excellence du logement traditionnel. En effet, en tant que type isolé, la villa est entourée par un jardin qui constitue un espace de transition avec l'espace public et bouleverse les rapports dedans/dehors, qui ont longtemps prévalu pour le logement traditionnel.
En outre, la taille de la villa n'est pas définie en fonction des besoins familiaux, mais parce qu'elle constitue un symbole d'aisance et de réussite sociale est conçue en fonction de ces impératifs. De nombreux exemples attestent que les surfaces construites des logements traditionnels n'excèdent pas 200m2.
Or, dans le nouveau type de villa, il est courant de constater que les surfaces construites varient de 300 à 400 ou 500 m2, sur des parcelles dont la superficie excède parfois 1.000 ou 1.500 m2.
Cette disparité entre l'échelle du logement traditionnel et du logement édifié au cours des 30-40 dernières années par les classes moyennes traduit une véritable rupture dans l'échelle de l'habiter.

Ruptures d'échelles entre logement traditionnel et logement dit "moderne"

Les nouveaux symboles de distinction sociale (les tours)

Cette rupture des échelles recouvre également une rupture fonctionnelle, car les usages et les pratiques spatiales de l'habiter se transforment et génèrent des perceptions et des attitudes qui valorisent notamment les espaces de représentation et d'apparat.
Dans ce type de villa édifiée par les classes moyennes, il n'est pas rare de constater l'aménagement de trois salons auxquels est adjoint un "bit kâad"(33), salle de séjour traditionnelle consacré aux réunions quotidiennes de la famille. En revanche, les salons sont des espaces de représentation réservés aux invités.

 

* Les nouveaux rapports du dedans/dehors du logement

La façade de la villa, à l'inverse de celle du logement traditionnel, n'est pas aveugle et fonctionne de plus en plus comme un support d'affichage du statut social. Ainsi, le passage du logement traditionnel introverti au logement extraverti recouvre une fonction de marquage du statut social. Car, à la sobriété et à la simplicité des façades des logements traditionnels, qui ne laissent rien entrevoir et ne permettent pas de deviner le statut social du propriétaire, se substitue la redondance et l'hétérogénéité des styles architecturaux, ainsi qu'une profusion de signes censée renseigner sur le statut social du propriétaire.
En effet, ces nouveaux rapports entre le dedans et le dehors traduisent une volonté de distinction sociale, ainsi que l'hétérogénéité des références culturelles d'une nouvelle catégorie sociale en cours de formation.
Bien que cette obsession du paraître se nourrit d'autres objets-supports tels que l'automobile ou d'autres pratiques consuméristes, les pratiques d'habiter sont dominées par un souci d'ostentation et d'affichage du statut social au sein des nouvelles classes moyennes.
Ainsi, il n'est pas rare d'observer dans de nombreuses villes tunisiennes, des villas disposant d'une sorte de tour symbolisant le Ksar, et suggérant ainsi le palais du souverain. Bien que ce symbole traduise ce qu'on pourrait qualifier de "phantasme du châtelain", sa signification et sa fonction réelle sont beaucoup plus prosaïques.
Souvent, cette tour recouvre une cage d'escalier qui permet au propriétaire de sous-louer un étage de sa villa et d’aménager ainsi pour le locataire une entrée indépendante. Cet exemple n'est pas unique, car d'autres types de logements s'inspirant des modèles de chalets suisses ou alsaciens sont édifiés par d'anciens émigrés ayant longtemps vécu en Europe.
On constate ainsi que les modes d'habiter bien que variés, font du logement un symbole de réussite et d'aisance et la redondance des signes architecturaux reflète le souci de nouvelles classes moyennes d'afficher leur statut, ce type de distinction sociale étant également investi dans divers objets, tels que l'automobile, le logement ou encore diverses pratiques consuméristes.

 

CONCLUSION

Au cours des quarante dernières années, les transformations de l'urbanisation en Tunisie ont été impulsées, à la fois, par les politiques urbaines engagées à partir des années 70 et des stratégies des populations qui, faute d'être en phase avec ces politiques, ont développé des pratiques qui ont également concouru à imprimer à l'urbanisation le caractère qu'elle revêt actuellement.

Les années 60, caractérisées par un modèle de développement basé sur le monopôle de l'Etat en matière de développement, a eu de multiples répercussions négatives et s'est traduit par une dégradation des conditions d'habitat et des conditions de vie de la population.

Ce système, qualifié de socialiste par ses promoteurs, a contribué à sinistrer la petite paysannerie, à intensifier la déstructuration des structures agraires et à amplifier l'exode rural vers les villes. Le traitement des questions urbaines a été réalisé par des moyens coercitifs et répressifs, tels que la démolition des gourbivilles et le refoulement des occupants vers leurs régions d'origine.

En l'absence d'une politique d'habitat basée sur une offre diversifiée, l'Etat-parti a opté pour des moyens de contrôle et un encadrement serré de la population, avec l'émission d'un discours où la notion de « joie de vivre » (farhat el hayat) était un credo idéologique, qui traduisait en creux l'incapacité de l'Etat à résoudre les questions urbaines. En d'autres termes, l'Etat pratiquait, au plan du discours, un clientélisme à large échelle mais ne disposait pas des moyens de sa réalisation. C'est cette contradiction et le mécontentement généralisé de nombreuses catégories sociales qui l’incitèrent à mettre un terme en 1969 à l'ainsi-nommé "socialisme destourien".
A partir de 1970 se substitue à ce modèle capitaliste d'Etat, un modèle fondé sur la promotion des exportations, l'appel aux capitaux étrangers et sur le redéploiement des politiques urbaines.
Bien que suscitant la méfiance de certaines franges d'intellectuels du fait des facilités accordées au capital international, ce modèle de développement était sous-tendu par une vision visant à développer les classes moyennes par l'entremise d'un large accès à l'éducation et par de multiples moyens d'accès à la propriété du logement. Ce projet a été réalisé, mais n'en a pas moins généré des effets négatifs. En effet, bien que l'urbanisation actuelle illustre les changements et la mobilité sociale impulsées depuis 1975, il n'en demeure pas moins qu'elle traduit également des impacts négatifs.
La littoralisation, c'est-à-dire la concentration des hommes, des capitaux et des emplois sur le littoral, a été l'un des effets les plus remarquables de ce modèle de développement.
Outre ces déséquilibres traduisant l'inégal développement économique au niveau du pays, on a montré que l'évolution des villes avait connu entre 1975 et 1995, un premier cycle de développement caractérisé, à la fois, par l'étalement spatial et son corollaire la sous-densification, ainsi que la constitution de conurbations, prémices à la constitution de véritables régions urbaines sur le littoral tunisien.
Le deuxième cycle d'évolution des villes s'est traduit par une redensification du tissu urbain. En effet, à Tunis l'aménagement de plus de 2.500 hectares des berges du Lac Sud, dont une partie a été gagnée sur l'eau, correspond à une stratégie d'urbanisation de la capitale à partir de son centre. En effet, 2.500 hectares représentent 5 ans de consommation d'espace à Tunis. Par ailleurs, le rôle de plus en plus important joué par les promoteurs privés et l'option prise par l'Etat de densifier le tissu urbain, expliquent pourquoi sont édifiés des immeubles de R+11 et R+12 dans certains quartiers résidentiels(34).
Les quartiers populaires centraux et périphériques connaissent également une densification, favorisée par l'enchérissement des prix fonciers et la nécessité d'offrir la possibilité à des membres de la famille d'éviter la décohabitation et de s'installer à l'étage(35) au sein du logement familial. Toutes ces évolutions préfigurent-elles un nouveau cycle de développement des villes tunisiennes ?
En tout état de cause, les évolutions observées entre 1975 et 2005 ont été, dans une première phase, impulsées par les politiques publiques. Toutefois, dans le secteur du logement, et depuis quelques années on assiste au désengagement financier de l'Etat qui n'assure plus que 16% du financement du logement(36). L'agence foncière d'habitation (A.F.H.), instrument public de mobilisation et d'aménagement du sol, qui avait un rôle important dans la commercialisation des terrains à bâtir, voit sa part se réduire à 20% alors que les ménages et les promoteurs privés aménagent désormais près de 80% des sols à bâtir(37). Cette évolution du rôle des acteurs de l'urbanisation institutionnelle s'accompagne également d'une évolution de l'habitat spontané, qui bien que son rythme ait fortement régressé par rapport aux années 70/80, n'en demeure pas moins toujours une solution pour les populations économiquement modestes(38).

Densification récente de l'habitat

Ce bilan relatif à l'évolution des villes tunisiennes durant les quarante dernières années montre que les améliorations constatées dans les conditions d'habitat ont été impulsées, à la fois, par la politique macro-économique, qui a été à la base du modèle de développement et de ses capacités redistributives en faveur de différentes strates de la population et par les politiques urbaines. Cela a nécessité notamment la définition et la mise en oeuvre de politiques publiques en matière d'habitat, de planification urbaine et de transport, qui permettent d'impulser la transformations et l'équipement des villes. Bien que ces conditions dépendent des politiques publiques, l'action de l'Etat n’a pas été le seul facteur de détermination de l'évolution des villes, les stratégies des habitants d'une part et des acteurs fonciers et immobiliers d'autres part contribuent également à imprimer aux villes leur physionomie en fonction d'enjeux multiples et complexes.

Notes

(1) Signoles (P) 1985, L’espace tunisien, capitale et Etat-région, volume 1
(2) Sfax 1,7% ; Bizerte 1,4% ; Nabeul 1,8% ; Gabès 1,1% etc… Cf Institut National de la Statistique – Estimations des populations des communes et des délégations, janvier 2003
(3) Gourbiville est le terme utilisé en Tunisie pour désigner des bidonvilles construits en pisé
(4) Avant 1963, la Tunisie comptait 3 partis. Le parti du néo-destour, le parti communiste tunisien et le parti du destour
(5) Cf villes et développement - D.A.T./Groupe Huit, 1973
(6) L’oukala est un logement en médina loué à la pièce. Cette fonction s’est développé au début des années 50 et 60, sous l’effet conjoint de l’afflux des migrants ruraux et de l’abandon et la transformation par les habitants de la médina de Tunis de leurs logements pour les louer à la pièce
(7) Cf Chabbi (M) 1986, Une nouvelle forme d’urbanisation dans le Grand Tunis, l’habitat spontané péri-urbain – Thèse de doctorat en urbanisme et aménagement (8) Ibidem
(9) Les notions de "cités nouvelles", de "joie de vivre" et l'obsessionnelle évocation de l'indispensable unité nationale étaient des notions récurrentes dans le discours politique des années 60
(10) Cf Sebag (P), 1958, Le bidonville de Borgel
(11) En 1972 est institué le territoire du District de Tunis et la création en 1974 de l’Agence du même nom chargée de planifier la région capitale. En 1979, est promulgué un Code de l’Urbanisme, en 1977 est soumis au gouvernement le plan régional d’aménagement du Grand Tunis. En transport, le matériel roulant de la société nationale de Transport est rénové et en 1975 sont engagées les études du métro léger du Grand Tunis. En matière d’habitat est créée l’agence foncière d’habitat chargée d'aménager les sols et de les vendre aux ménages et aux promoteurs. En 1974 est créée une caisse d’épargne-logement, etc…
(12) Cf Chabbi (M), 1986, Thèse citée
(13) Lamine (R), 1997, Les citadins du Sahel central, les mutations socio-spatiales vers la citadinité - Thèse de doctorat d’Etat en géographie
(14) en 1966, le parc logement de la Tunisie comptait 875.000 unités, dont 385.000 étaient des logements rudimentaires. Entre 1975 et 2000, 1.450.000 logements ont été construits, parmi lesquels 350.000 représentaient des logements spontanés et 1.100.000 différents types de logements construits dans des zones aménagées. En 2004, le parc logement est estimé à 2.400.000 logements, dont 500.000 représentent des logements spontanés. Cf Chabbi (M), L’unité d’habitation à travers les politiques du logement : 1956-2000, Revue Archibat n°2, Juin 2001.
(15) Cf Chabbi (M) 2004, Mutations de la centralité et enjeux urbains dans les villes tunisiennes : Le cas de Tunis, Sfax et Sousse – Article à paraître dans les cahiers du GREMAMO – Université Paris 7
(16) Cf District de Tunis, 1976, Le centre de Tunis : analyse et propositions - Tome 1
(17) District de Tunis 1977, plan régional d’aménagement du Grand Tunis
(18) Cf Baklouti Asma et Fakhfakh Frej, 1999, La médina de Sfax, quelle revalorisation ? - Revue Géographie et développement - Numéro spécial sur l'espace local
(19) Cf M. Chabbi, Mutations de la centralité, article cité
(20) Avant 1994, les immatriculations annuelles de voitures ne dépassaient pas 10.000 véhicules. En 1999 les immatriculations de nouveaux véhicules ont atteint le chiffre record de 56.000 par an, soit une multiplication par 5,6. Le taux de motorisation, qui était, selon les enquêtes de transport menées par le District de Tunis en 1978 et en 1986, de l’ordre de 20% à Tunis est estimé aujourd’hui à 40%. Dans certains quartiers aisés du Grand Tunis, ce taux atteint les 200%, c’est-à-dire que chaque ménage dispose en moyenne de 2 véhicules.
(21) Ibidem
(22) Cf Chabbi (M), 2001, Transports collectifs et mobilité, le cas du métro léger de Tunis - Communication présentée dans le cadre du séminaire sur la mobilité et les transports organisé par l’I.N.A.U. à Rabat du 12 au 15 novembre 2001 – Texte ronéoté.
(23) Schéma directeur d'aménagement du Grand Tunis à l'horizon 2016
(24) Cf Institut National de la Statistique, Migration intérieure - Recensement général de la population et de l’habitat 1994
(25) Ibidem
(26) En 1967, la Tunisie comptait 7.000 étudiants et 4 établissements universitaires à Tunis (Institut Agronomique, Faculté de Médecine, Faculté des Sciences, Faculté des Lettres qui abritait l’Ecole Supérieure de Droit). En 2003, la Tunisie compte 330.000 étudiants répartis sur 9 Universités, dont 4 à Tunis, une à Sousse, une à Sfax, une à Gabès, une à Kairouan, une à Gafsa. Les trois dernières universités ayant été créées en 2004
(27) Merlin (P), Choay (F) 1996, Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement
(28) Escallier (R), Citadins et espace urbain au Maroc
(29) Cf Vallin (J) et Locoh (T) (dir), Population et développement en Tunisie
(30) Cf P. Sebag, Histoire de la ville de Tunis, 1999
(31) Il s'agit du quartier d'El Menzah construit en 1950 ou encore celui de Saint Germain, baptisé après l'indépendance Ezzahra et situé sur la Côte Sud, ou encore de la Marsa située sur la Côte Nord
(32) Cf M. Chabbi, 1999, Evolution du Grand Tunis, territorialités et centralité
(33) Littéralement la chambre où l'on s'assoit et qui représente un séjour traditionnel
(34) Cf Amor Belhedi, 1992, L'organisation de l'espace tunisien
(35) Ce phénomène de redensification observé au début des années 90 vient d'être encouragé par les pouvoirs publics, qui ont pris l'option de densifier le tissu urbain dans les villes. L'une des premières conséquences de cette orientation est le nouvel épannelage des immeubles collectifs réalisés dans la récente opération d'Ennasr à Tunis et qui atteint R+11. Par ailleurs, des instructions ont été données par le Ministère de l'Equipement, de l'Habitat et de l'Aménagement du Territoire pour que, lors de la révision des plans d'aménagement urbain, soit envisagé la généralisation, lorsque cela est possible, d'un 2ème étage dans les tissus de villas
(36) Cf 10ème Plan de développement économique et social, vol 2, p 112
(37) Cf Mahmoud Gdoura, 1996, Eléments pour une stratégie foncière (38) On observe notamment dans la grande périphérie du Grand Tunis, à une distance de 30 kilomètres de la ville, le développement de noyaux d'habitat spontané regroupant entre 500 et 700 habitants. Bien que le rythme de développement de l'habitat spontané ait fortement décru, il n'en demeure pas moins un problème souvent évoqué par la presse. Un comité d'experts a été constitué et a remis un rapport au gouvernement en 2002 comportant des propositions en vue de maîtriser ce phénomène

 

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Notice de l'auteur

Morched CHABBI est titulaire d'une maîtrise en sociologie (Université de Tunis, 1971), d'un D.E.A. en Géographie (Université d'Orléans, 1980) et d'un Doctorat en Urbanisme et Aménagement (Université de Paris XII - I.U.P. Créteil, 1986). De 1970 à ce jour, M. CHABBI a été, successivement, chargé d'études au sein de l'Association Sauvegarde de la Médina de Tunis (1970-1975), chargé d'études puis directeur des études et de la planification au District de Tunis (1975-1982), chargé de cours-invité à l'institut universitaire d’études du développement (I.U.E.D.) à Genève (1982-1984) et chargé de cours à l'Université de Zurich (1983-1984), puis Directeur au District de Tunis (1984-1991). Il est, depuis 1991, Directeur du bureau d'études URBACONSULT au sein duquel il a réalisé ou coordonné prés d’une centaine d’études variées d’urbanisme, d’habitat et d’environnement.

Parallèlement à ses activités professionnelles, il a assuré des enseignements à l'Ecole d'Architecture de Tunis (I.T.A.A.U.T., 1973-1981), à l'E.N.A. de Tunis (1978), à l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis (1986), à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (participation à 8 sessions du cours post-grade pour les pays en développement, entre 1983 et 2001), à l'Ecole Nationale d'Architecture et d'Urbanisme de Tunis (E.N.A.U., 1997-2001) et à l'ISTEUB (2004-2007).

Il a fait partie, en tant que chercheur correspondant, du laboratoire d'URBAMA (1987-1999) et a publié entre 1975 et 2004, 32 articles sur l'urbain en Tunisie et au Maghreb dans des revues et ouvrages collectifs. Il a été correspondant des revues URBANISME (France 1982-1986) et International Journal of Urban and Regional Research (Grande Bretagne 1987-1997). Il est depuis 2005 correspondant de la revue Espaces et Sociétés (France).


 

   
  
   
 
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