MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
par: Rabia MGHAIETH ENCKELL

 

L'écoconstruction en Tunisie; objet d'une coopération avec l’Union Européenne mais son application au logement attendra.

Cette coopération directe avec le ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire, vise un « renforcement institutionnel permettant d’accélérer l’adoption des principes, politiques, pratiques, normes et outils de l’éco-construction en Tunisie ».

L’écoconstruction, rappelons le, consiste à édifier un bâtiment :

1- inscrit dans une démarche d’éco-conception : implantation et orientation optimales;

2- utilisant des matériaux locaux, très peu transformés;

3- répondant à des dispositifs constructifs pour une haute performance énergétique et un chantier à faible empreinte écologique;

4- dont l’exploitation valorise les énergies renouvelables.

Le projet de coopération aspire à la définition d’un cadre réglementaire pour l’écoconstruction et à générer un effet d’entrainement via un projet pilote et démonstrateur. L’ensemble de ces objectifs sera conduit exclusivement par la Direction Générale des Bâtiments Civils. Cette dernière aura en charge la proposition de textes règlementaires relatifs aux bâtiments civils, le suivi des concepteurs et des entreprises de travaux puis la mise en place d’une stratégie de communication.

Que l’organe constructeur de l’Etat montre l’exemple dans l’édification des bâtiments publics est une très bonne initiative. Je reste, en revanche, dubitative quant au degré d’entrainement et de duplication qui pourrait découler du mode opératoire retenu.

Le bâtiment consomme, dans sa globalité, 27% du besoin énergétique de la Tunisie, presque autant que le secteur du transport, mais 17% de la consommation revient à l’habitat. Le secteur résidentiel représente, de facto, le plus grand gisement d'économies d'énergie. 60 000 logements sont produits annuellement, en moyenne en Tunisie.

En 2009, 77% de la production de logements s’est faite par les particuliers, une spécificité tunisienne d’origine économico-culturelle. Seulement 22% des logements sont produits par les promoteurs privés.

Le ménage familial, privilégiant la forme « habitat individuel » ou « individuels groupés », est le producteur le plus actif du secteur résidentiel, bien avant le promoteur privé ou celui institutionnel (1% de la production). Le ménage familial est également celui le plus impacté par la hausse du coût de l’énergie et trouvera, dans un habitat économe et sain, un levier pour augmenter sa solvabilité.

La normalisation de l’écoconstruction peut passer par :

- un cadre règlementaire: normes en vigueur = obligations de faire, cas de la France, suite au Grenelle de l'Environnement en 2007.

Et/ou - une démarche volontaire, cas des pays scandinaves et germanophones où l’écoconstruction, portée individuellement, découle d’une demande sociale, ce depuis les années soixante dix.

Dans le cas de la Tunisie, l’écoconstruction existe, se bricole et se confond avec la notion d’habitat traditionnel. Quelques principes de « bons sens constructifs » se transmettent entre générations ; des matériaux sains et à faible taux d’énergie grise se perpétuent ; tels que la pierre, la brique de terre, la chaux. La récupération des eaux pluviales continue à être d’usage dans certains milieux socio-culturels.

La coopération bilatérale, en cours, aspire à une action efficace d’ampleur nationale et se donne les moyens techniques et économiques pour y arriver. Celle-ci ne devrait elle pas s’étendre à des projets pilotes conduits par des particuliers, auto-constructeurs ou entrepreneurs afin que l’effet d’entrainement soit assuré et éviter que la standardisation de l’écoconstruction ne devienne un vœu pieux?

Rabia MGHAIETH ENCKELL
Architecte Paysagiste
Agitateur des choses urbaines

 

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