MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 

 

IMPORTANT !!! Suite à la fermeture en ce 06/12/2011, de la faculté des Lettres de la Manouba, le lieu du colloque a été changé à l'Institut d'Histoire du Mouvement National, se trouvant à 300 m de la même faculté au campus de La Manouba

"Arabisance et Néo-mauresque"
Rapport de l’architecture moderne au Maghreb à tradition et au patrimoine

Organisé par

* Archi-Mag, Magazine Maghrébin d’Architecture en Ligne.
* UR « Villes historiques de la Tunisie et de la Méditerranée » (Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba - Tunis)

Lieu :

Institut d'Histoire
du Mouvement National, La Manouba

 

PROGRAMME MIS A JOUR

JEUDI 8 DECEMBRE 2011


09h15 - 09h45 : Ouverture du colloque et allocutions


09h45 - 10h15 : L’orientalisme architectural entre romantisme et positivisme : Le pavillon de la Tunisie revisité (1867-2010)
par MEDDEB Nader, Candidat Ph.D Aménagement (Université de Montréal-Canada)


10h15 - 10h45 : Le néo-mauresque à Sousse entre réflexion et spontanéité
par GHANNOUCHI Afef, Assistante, Institut Supérieur des Beaux arts de Sousse, UR « Villes historiques de la Tunisie et de la Méditerranée » (Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba - Tunis)

10h45 - 11h15 : PAUSE CAFE


11h15 - 11h45 : Philippeville (Skikda), l’autre face de la ville coloniale européenne
par LAOUAR Dounia, et AMAROUCHENE Reda Said, Maitres assistants au département d’architecture de l’université de Badji Mokhtar d’Annaba


11h45 - 12h15 : Les tendances arabisantes dans l’architecture italienne de la fin du XIX siècles jusqu'en 1920
par GALLICO Sonia & TURCO Maria Grazia, Dottore di Ricerca in Conservazione dei Beni Architettonici, Università degli Studi di Roma “La Sapienza” - Facoltà di Architettura - Dipartimento di Storia dell’Architettura, Restauro e Conservazione dei Beni Architettonici


12h45 - 13h45 : DEJEUNER


14h15 - 14h45 : Jacques Marmey : le lycée de Carthage ou la synthèse d’un siècle de métissage entre orient et occident
par BILAS Charles, Architecte - Historien


14h45 - 15h15 : Roland Simounet et la rationalisation du rêve méditerranéen
par KLEIN Richard, architecte d.p.l.g, docteur en histoire de l’art (Université de Paris I), Habilité à diriger les Recherches, professeur et chercheur au Lacth, Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.


15h15 - 15h45 : Les arabisances d'Olivier-Clément Cacoub
par JELIDI Charlotte, Chercheure post-doc, Institut de Recherche sur le Maghreb contemporain


15h45 - 16h15 : PAUSE CAFE


16h15 - 16h45 : L'œuvre de la reconstruction, une forme moderne d'arabisance?
par DHOUIB Hounaïda, Doctorat en histoire de l'architecture moderne et contemporaine « La reconstruction en Tunisie de 1943 à 1947 », Université Paris I Panthéon-Sorbonne


16h45 - 17h15 : Les HBM (habitations à bon marché) de Verdun, quelles transpositions typologiques?
par Zenboudji Zahaf Samia, Architecte /maître-assistante/ Doctorante, Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger, EPAU.

DINER OFFERT PAR L'UR « Villes historiques de la Tunisie et de la Méditerranée » (Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba - Tunis).

VENDREDI 9 DECEMBRE 2011


08h45 - 09h15 : L'exotisme paysager de l'arabisance
par GARNERO MORENA Christiane, Analyste territoriale, Secrétaire de la section Monaco d'ICOMOS, Enseignante vacataire auprès des Écoles Nationales Supérieures d'architecture de Lyon et de Strasbourg et membre du groupe de recherche VAD (Ville Aménagement Développement) de l'ENAU à Tunis.


09h15 - 09h45 : Des influences traditionnelles et patrimoniales sur les architectures du Maghreb contemporain.
par BACHA Myriam, Chercheure à l’IRMC, Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain à Tunis


09h45 - 10h15 : La réception du style néo-mauresque: Références et heuristiques à une architecture nationale
par BOUCHAREB Abdelouahab et ARIANE Houria, Maitres de conférences, Département d’Architecture et d’Urbanisme, Université Mentouri-Constantine


10h15 - 10h45 : PAUSE CAFE


10h45 - 11h15 : Du mauresque colonial au mauresque des indépendances
par ZEROUKI Sid Ahmed, Maître assistant & BENKOULA Sidi Mohammed el Habib, Maitre de Conférences, Département d’Architecture d’Oran (USTO)


11h15 - 11h45 : Spécificités architecturales à Constantine: entre identité arabo-musulmane, héritage à la française et modernité
par MAKHLOUFI Lilia, Architecte urbaniste, Docteur en Aménagement du territoire, Ecole Polytechnique d'Architecture et d'Urbanisme (EPAU) d'Alger.


APRES-MIDI : VISITE DE LA KASBAH DE TUNIS, ET DE LA RUE BAB BNET.

 

 

Présentation du colloque

L’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont été marqués par plusieurs styles architecturaux depuis le début de la présence française en Afrique du Nord. Les tendances oscillaient entre une exportation de modèles occidentaux et une réappropriation des langages locaux.
C'est dans ce contexte qu’au tournant du XXe siècle est apparu le style néo-mauresque, appelé aussi arabisance. L’objectif était de bien asseoir le rôle de « protecteur » par le pouvoir français, après plusieurs années de rigueur néo-classique perçue par les « autochtones » comme le style du colonialisme.
Cette manipulation politique du visible escomptait d'établir une alliance avec les pouvoirs locaux. Une réappropriation des techniques constructives traditionnelles s’est donc développée différemment dans les trois pays du Maghreb suivant des contextes différents (encouragée par l’Etat et par des comités, ou émanant d’initiatives privées de la part de certains architectes, etc.).
Il s'agissait d'un style « pittoresque » se concentrant sur une ornementation figurative de modèles de façades classiques. Les signes de l’arabisance se limitaient à une simple reproduction à l’identique de quelques éléments spécifiques de l’architecture vernaculaire (coupoles, tuiles, arcs, moucharabiehs, minarets...).
Après la deuxième guerre, les architectes ont opté pour des compositions spatiales et des éléments architectoniques plus rationnels et fonctionnels résultant d'une analyse attentive et d'une étude approfondie de l'architecture locale. Cette « arabisance modernisée » a été courte dans le temps et a légèrement marqué le paysage urbain du Maghreb.
Un retour vers l’usage du vocabulaire architectural traditionnel s’est opéré après deux décennies d’indépendance dans les trois pays du Maghreb. De nouvelles interprétations d’architectes internationaux ont donné lieu à un foisonnement éclectique dans les années 70, 80 et 90 répondant à des commandes touristiques et privées.

Quels résultats pouvons-nous tirer de ces différentes expérimentations ? Et quelles nouvelles tendances pouvons-nous dégager dans le contexte actuel du début du XXIe siècle, après plusieurs décennies d'indépendance ?

Les axes du colloque :
- Circonstances des débuts de l'influence locale sur l’architecture coloniale et post-coloniale dans les pays du Maghreb.
- Présentations d’exemples de projets représentatifs des différentes réinterprétations de l’architecture traditionnelle.
- Comparaisons des politiques gouvernementales et des choix stylistiques à travers différents projets du Maghreb.
- Analyses de parcours et d’œuvres d’architectes.
- Réflexions sur les tendances arabisantes contemporaines.

RESUMES ACCEPTES LE 2 AVRIL 2011

RESUME n°01
Jacques Marmey : le lycée de Carthage ou la synthèse d’un siècle de métissage entre orient et occident
par: Charles Bilas, Architecte - Historien

Méconnue du grand public, l'œuvre de Jacques Marmey n’en est pas moins essentielle en ce sens qu’elle synthétise les efforts entrepris par plusieurs générations d’architectes pour tisser des liens entre les conceptions occidentales et orientales. Loin des pastiches arabisants du début du XX e siècle, elle puise aux sources mêmes de la tradition vernaculaire.

Fils d’un médecin appelé dès 1919 par Lyautey au Maroc, Marmey découvre très tôt l'Afrique du Nord, pour laquelle il conçoit une passion qui infléchira sa carrière. Après avoir étudié l’architecture à Lyon puis à l’École des beaux-arts de Paris, dans l’atelier d’Emmanuel Pontremoli, ses premières expériences le mènent à travailler dans la médina de Fez sous la direction d’Henri Terrasse. Ce qui lui vaut d'être appelé en Tunisie en 1943 par Bernard Zehrfuss, alors à la tête du service de l'Architecture et de l'Urbanisme, chargé de la Reconstruction. Marmey y occupera la fonction d'architecte en chef de la section Études et Travaux, participant à la construction de la ville nouvelle de Bizertze Zarzouna À la dissolution du service, en 1947, il installe son agence d’architecture à Sidi-Bou-Saïd, dont il devient l’architecte conseil en 1963. Il signe là deux villas emblématiques : Dar Patout et Dar Martin.

La relecture de son travail que nous proposons aujourd’hui s’effectuera au travers de son grand œuvre, le lycée de Carthage, édifié entre1949 et 1957.

Celui-ci constitue à la fois une icône majeure de l'architecture du XX e siècle et l'une des réalisations les plus abouties de son auteur. Soixante ans après sa conception, il reste un exemple de symbiose entre la technologie moderne rationaliste et la sensibilité des modes constructifs traditionnels.
Dictée par la norme importée d’occident, la conception n’en fait pas moins la part belle à une vision résolument méditerranéenne : traitement des espaces ouverts, préaux, patios, aires de jeu…..
Le soin exceptionnel apporté aux matériaux est une composante essentielle du succès. La façade des classes inclut dans sa maçonnerie des encadrements de briques traditionnelles auxquels l'architecte confère la finesse des moucharabiehs, les piliers du réfectoire laissent apparaître la veine rugueuse de la pierre, la rampe monumentale affiche sans honte les banches du béton armé sous son enduit chaulé. La géométrie participe également à une secrète harmonie musicale : la trame des ouvertures décline les infinies variantes du carré, divisé à loisir par les sections des menuiseries. L’architecture joue de la dialectique entre plein et vide, ombre et lumière, lisse et rugueux, courbe et droite, incontournables paradigmes du langage architectural méditerranéen : linguiste accompli, Marmey use avec justesse des infimes subtilités de cet idiome qui lui est devenu si familier. À Carthage, il trouve l’épanouissement de son expression artistique.
La richesse de cette expérience réalisée sur le territoire tunisois inaugure une phase nouvelle ouvrant des perspectives sur l’avenir, en rupture avec les schémas nostalgiques du passé et les visions esthétisantes de la période coloniale.

 

RESUME n°02
La réception du style néo-mauresque: Références et heuristiques à une architecture nationale
Par: Abdelouahab BOUCHAREB et Houria ARIANE, Maitres de conférences, Département d’Architecture et d’Urbanisme, Université Mentouri-Constantine

Un des moyens utilisés pour faire avaliser la colonisation a été sans aucun doute cette approche artistique, initiée au début du XXe S. par le Gouverneur de l’Algérie Jonnart. Le repli sur la réinterprétation de l’architecture mauresque, appliquée souvent à des édifices publics recevant des fonctions « indigènes » avait constitué une sorte de leurre artistique.

Cependant, l’aboutissement à des figures caricaturales n’a pas pour autant pu disqualifier cette production architecturale, contrairement aux autres édifices coloniaux faisant apparaître un style du vainqueur franchement provocateur. D’un autre côté ce « paternalisme » a été, à des degrés variés, revivifiant pour les cultures locales.

Aujourd’hui, les édifices représentatifs du style néo-mauresque s’imposent dans le
paysage urbain. Ils bénéficient d’un intérêt particulier, parfois jugés comme appartenant au patrimoine local par les profanes, et, pour les professionnels de l’architecture (les étudiants particulièrement), ils constituent une référence incontournable aux partis architecturaux poursuivis dans leurs projets.

Cependant, ce « butin » artistique ne bénéficie pas d’un regard très motivé par les institutions officielles en charge de la préservation et la gestion du patrimoine. L’intérêt est davantage porté sur le cadre bâti « précolonial ».

Ce style, en dehors de son « omission » dans les politiques et les opérations de sauvegarde, conserve sa valeur d’expérience dans les modes de réinterprétation de l’architecture mauresque ou vernaculaire. Les architectes y puisent souvent leur « arguments » dans les formes de composition, les insertions des « détails » et les « rendus » finaux. Ce « savoir » est souvent parti pour construire un style « national » ou du moins un registre de l’architecture locale contemporaine.

La contribution présente s’approprie ces assertions et tentera de montrer cette « connexion » à un style qui n’a pas pourtant fait long feu (3 décennies). Mais, même s’il est prématuré de faire correspondre cet intérêt à l’architecture néo-mauresque comme conséquence à la vacuité « stylistique », il n’empêche que les appels à la réalisation d’une architecture nationale (algérienne), orientent beaucoup d’architectes vers cette production séculaire. Le nouveau « regard », souvent moins critique, tend à la fin à caricaturer les architectures locales.

Ce « maniérisme », appelons-le ainsi, s’établit comme le pendant d’une actualité « architecturale » à double dimensions : « être » au monde (effet de mode, connexion, mondialisation) et attachement local (identité, particularité).

En somme, le style néo-mauresque se révèle aujourd’hui par sa portée référentielle, son utilité heuristique ou didactique et sa charge patrimoniale. Dans ce sens, le regard des architectes contemporains est si « tolérant » et même admiratif que le style se propose en modèle à « copier ».

 

RESUME n°03
Roland Simounet et la rationalisation du rêve méditerranéen
Par: Richard KLEIN, architecte d.p.l.g, docteur en histoire de l’art (Université de Paris I), Habilité à diriger les Recherches, professeur et chercheur au Lacth, Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.

Roland Simounet (1927-1996) est né à Guyotville, près d’Alger. Après des études d’architecture à Alger, puis à Paris, à l’école nationale des Beaux-Arts (1949-1952), il retourne en Algérie en 1952. Il étudie alors l’habitat populaire, le bidonville de Mahieddine et applique ses recherches à des ensembles de logements dont la cité de Djenan el-Hasan est généralement considérée comme un aboutissement. Construit sur la pente, le projet combine l’architecture vernaculaire à un vocabulaire corbuséen, tout en étant une démonstration exceptionnelle de l’adaptation d’un programme à un site.

Á partir de 1963, Roland Simounet entame une nouvelle carrière à Paris et bien que ses recherches se poursuivent au travers de l’étude de logements sociaux, ce sont les programmes culturels et particulièrement les musées (le Musée de la Préhistoire à Nemours, le Musée Picasso à Paris, le Musée d’art moderne à Villeneuve d’Ascq) qui lui permettent d’atteindre une reconnaissance internationale. Pour de nombreux commentateurs, l’œuvre de Simounet représente une sorte d’idéal moderniste : elle repose sur un orientalisme non formaliste excluant tout folklore. Roland Simounet utilisera cependant quelques figures récurrentes et plus formelles qui sont présentes jusque dans ses dernières réalisations.

L’orient que Roland Simounet transpose en France métropolitaine à partir de 1963 trouve ses fondements dans la situation parmi les forces et doctrines architecturales présentes à Alger après la seconde guerre mondiale. En 1980, Jean de Maisonseul évoque, dans un numéro de la revue Techniques et Architecture, les deux rencontres essentielles qui paraissent à l’origine de la formation et de l’évolution de la sensibilité architecturale de Roland Simounet. La première est la maison arabe, sa fermeture sur l’extérieur, son patio, son architecture modelé par l’homme, que Simounet a su lire au-delà d’un décor apparemment mauresque. La seconde est le bidonville au travers de l’expérience de l’étude du bidonville de Mahieddine réalisée par le groupe d’Alger pour le IXe Congrès international d’architecture moderne d’Aix-en-Provence en 1953 et à laquelle participe le jeune Roland Simounet âgé alors de vingt-cinq ans. Nous proposons de traverser l’œuvre de l’architecte à partir de cette hypothèse et de l’examen de ces deux références fondatrices.

 

RESUME n°04
L’orientalisme architectural entre romantisme et positivisme : Le pavillon de la Tunisie revisité (1867-2010)
par: MEDDEB Nader, Candidat Ph.D Aménagement (Université de Montréal-Canada)

Dans l’introduction de son ouvrage « Arabisances »(1), terme introduit pour désigner les « traces d’arabisation des formes architecturales importées d’Europe » (BEGUIN. F, 1983), François béguin attire notre attention sur les origines de son texte. Ce dernier est la reprise d’une étude réalisée en 1977, donc une année avant la publication du traité évènement d’Edouard Saïd : « Orientalism », traduit plus tard en plusieurs langues dont le français, sous le titre « L’orientalisme : l’Orient crée par l’Occident »(2). Depuis, un orientalisme à l’épreuve est en spécialisation continue, d’où les récentes publications sur un « Orientalisme architectural » auquel s’applique la définition assignée à « Arabisance » en plus d’un accent mis sur la portée politique de ces formes architecturales importées d’Europe. Force est de constater que l’origine stylistique nous vient d’ailleurs (de l’Europe). Ainsi, vaut mieux chercher les
prémisses de cette école dans ses premières manifestations en Europe et précisément en Angleterre et en France.

Parce que les schèmes d’apperception collectifs évoluent conjointement aux pensées en vigueur(3), notre contribution au présent colloque se veut, en premier, une remise en question des appellations « Arabisance » et « néo-mauresque » parallèlement à un paradigme montant, celui de l’orientalisme architectural.
Néanmoins, Avant qu’il ne soit une lecture romantique d’un vocabulaire architectural emprunté aux terres d’ « Orient(4) », il est d’abord une pensée qui s’est concrétisée depuis le XVIIIème siècle dans la littérature, le théâtre, l’Opéra, la mode vestimentaire, etc.

Un moment clé de cette histoire est, sans doute, l’expression poussée de l’orientalisme architectural à travers les Expositions universelles, dites encore, Coloniales. « Lieux de pèlerinages où l’on vient adorer le fétiche marchandise » (BENJAMAIN. W, 1935), ici pour reprendre les termes du philosophe Walter Benjamin, nous y concentrons la majeure partie de notre essai pour y exposer la chronique de la contribution tunisienne à travers ses pavillons depuis 1867(5). De L’oeuvre d’Henri saladin en 1889 et 1900, nous ferons un bon de plusieurs décennies pour déboucher sur le tout dernier pavillon de 2011, en passant, entre autres, par celui de l’exposition 1967 à Montréal, Hanovre (2000), etc. L’idée est de mettre en relief, pour ensuite, comparer, l’évolution d’un orientalisme romantique vers un autre positiviste conjointement à la tyrannie du Savoir/Pouvoir. Le concept postcolonial « hybridity » développé, essentiellement par Homi Bhabha et Patricia Morton dans « Hybrid Modernities » (2000) est mis en valeur. Bhabha, dont l’influence n’a pas manqué G. Deleuze et M. Foucault, argue que les sociétés colonisées demeurent victimes d’une continuelle présence de ce concept de par la notion d’authenticité qu’il
met en cause. Une référence architecturale est inéluctable puisqu’elle est désormais patrimoine à sauvegarder, se trouve en récognition dans le discours académique y afférent. Mieux encore, s’impose dans la quête continue du mariage tradition/modernité.

1 BEGUIN François, Arabisances, Paris, Dunod, 1983
2 SAÏD W. Edward, L’orientalisme : l’orient créé par l’occident, Éditions du Seuil, Saint-Amand-Montrond (Cher), 2005
3 DELAPORTE François, « Le second règne de la nature : Essai sur les questions de la végétalité au VIIIème siècle », Flammarion, Paris, 1979
4 À la fin du XVIIIème siècle, pour plusieurs érudits, l’ « Orient » (the other) est désormais une aire géographique homogénéisée qui
s’étale de Fès à Samarkand alors que l’ « Occident » (We) est hétérogène puisqu’un français ne peut être assimilé à un anglais ou un
allemand !
5 1867, date de la première intervention tunisienne moyennant une réinterprétation du palais du bey par l’architecte Alfred Chapon.

RESUME n°05
L’apport de l’Arabisance dans les églises de Casablanca
par: SABOYA Marc, Docteur en histoire de l'art contemporain. Maître de conférences H.D.R Université Michel de Montaigne-Bordeaux III. Membre du centre de recherche Paris et Directeur de thèses. Auteur d'ouvrages sur l'architecture des XIXe et XXe siècles.

Si l’on commence à mieux connaître l’architecture coloniale dans les pays du Maghreb l’étude de l’architecture religieuse –églises, basiliques et cathédrales –reste encore à entreprendre et permettrait de mesurer, du XIXe siècle jusqu’aux années 1950, par le biais de l’importance des éléments d’arabisance, le degré d’intégration d’une religion et d’une culture étrangère dans la culture locale authentique. Je propose de parler de l’architecture religieuse de Casablanca. Malgré les importants travaux de J.L. Cohen et de M. Eleb cet aspect de la culture coloniale dans cette ville reste encore mal connu. Alors que se construisent encore en 1922 et en 1925 dans la banlieue de Casablanca de purs pastiches néoromans et néogothiques, apparaissent, inspirés par le mouvement moderne, des monuments nouveaux qui, conformément aux principes de cette modernité, tentent d’abandonner les références historicistes pour des formes qui se veulent a-culturelles.

Dans ce contexte (qui est aussi politique) l'arabisance s'estompe, s'efface mais ne peut disparaître : elle est un signe de dialogue, d'eucuménisme mais aussi de différenciation et de distinction; elle atténue la violence a-historique d'un modernisme dernier avatar d'une avant-garde occidentale pour imposer une modernité universelle. Ma communication devrait porter sur le choix de ces traces d'arabisance (architecture et décor) dans les églises de Casablanca entre 1925 et 1950. J'analyserai l'apport arabo-andalou dans l'église N.D des Archanges (1932), le "mudéjar" de St. Jacques à Mohammedia ( tour minaret, zelliges,1934), la mise en scène de la façade (porte claustra, zéliges, clocher-minaret) de l’église Charles de Fopuocault (1930 A. Laforgue) j'aborderai les quelques concessions de P. Tournon au Sacré-Coeur pour s'intégrer tout en imposant sa monumentalité et sa modernité et je terminerai par la magnifique église Notre-Dame de Lourdes (Dangleterre et Zimmer, 1954) moderne par sa coque de béton mais délicatement ajourée d'un tapis de 800 m2 de vitraux: l'arabisance tempère le béton, l'artisanat adoucit la science de l'ingénieur.

RESUME n°06
Prémices de l’architecture néo-mauresque et arabisante dans les édifices religieux chrétiens d’Alger au XIXe siècle.
par: CHERIF Nabila, Docteur en historie de l’art de l’Université Sorbonne Paris IV. Maitre de Conférences à l’Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger (EPAU)

Officiellement et du point de vue de l’historiographie l’apparition du néo-mauresque en Algérie se situe au début du XXe siècle avec l’émergence de la politique du gouverneur Jonnart. Ses manifestations les plus connues concernent l’architecture des édifices publics à caractère administratif puis des bâtiments de prestige.
Ce qui est sans doute moins connu, c’est que le recourt au répertoire mauresque ou arabisant a concerné d’abord et paradoxalement les édifices de culte chrétien dont les premiers sont construits durant la seconde moitié du XIXe siècle avant même la promulgation des circulaires érigeant officiellement le néo-mauresque en style de l’Etat.

On peut s’interroger donc sur les motivations qui ont amené des architectes au service du diocèse d’Alger et en dehors de tout contexte politique à adopter le langage de l’architecture mauresque dans les bâtiments religieux chrétiens dans une terre musulmane nouvellement conquise.
Cette question alimente des débats généraux. D’abord celui, de l’émergence de l’orientalisme dans l’architecture religieuse européenne du XIXe siècle, un sujet qui oppose les défendeurs du style gothique comme style occidental légitime dans l’architecture religieuse et les architectes diocésains formé à l’école même de de Viollet-le Duc, sensibles à la culture de l’Orient à l’instar d’Emile Boeswillwald et Edmond Duthoit qui ont œuvré à Alger même. Puis, dans le contexte algérien, et venant aussi nourrir la discussion générale, se pose aussi la question de l’originalité de l’architecture religieuse chrétienne dans les colonies, aspect très peu abordé par l’historiographie de l’architecture coloniale.

Ainsi si le contexte général d’apparition des formes arabisantes et néo-mauresques dans l’architecture à Alger au XXe siècle a été cerné par de nombreuses études qui le situent toujours dans un cadre de politique officielle et si les attributs de ce style ont été le plus souvent décryptés à travers les bâtiments publics les plus emblématiques, les réalisations architecturales mineures antérieures, de la seconde moitié du XIXe, ponctuelles, et d’inspiration individuelle véhiculant le goût de l’Orient ont été peu explorées.

Les exemples sont nombreux, parmi lesquels se distinguent deux édifices de culte chrétien, qui constituent des repères incontournables dans le paysage architectural d’Alger. Le premier est une une église paroissiale, Notre Dame du Mont Carmel construite vers 1841 sur les hauteurs d’Alger, dans le village d’El-Biar, commune peuplée de riches maisons de Turcs et dont le développement impulsé par des hiverneurs européens en quête d’exotisme, se fit en dehors de toute colonisation officielle. Le second édifice est une cathédrale, œuvre majeure initiée par l’archevêché d’Alger, la grande cathédrale Saint Philippe commencée en 1844 et achevée en 1865 par Napoléon III, érigée au cœur de la vieille médina d’Alger, dans le quartier central d’Al-Djanîna-Ketchâwa et de surcroit à l’emplacement d’une célèbre mosquée ottomane.
Ces deux édifices sont dans leurs fondations même un peu antérieurs aux exemples connus en France de bâtiments de culte chrétien aux inspirations arabisantes ou néo-mauresques (Basilique Notre-Dame de Brebière d’Albert dans la Somme ou Chapelle de Notre Dame de Guadalupe à Biarritz ou même encore Notre- Dame de la Garde à Marseille).
Par leurs histoires singulières et par leur style architectural original superposant et croisant plusieurs mémoires, l’église Notre Dame du Mont Carmel et la cathédrale Saint-Philippe apportent des éclairages nouveaux sur la genèse du style néo-mauresque algérois et sur les développements futurs qu’il connaîtra.

 

RESUME n°07
L’identité dans les discours des architectes lors des grands concours en Tunisie
par: Chakroun Lamia, Mastère d’Architecture, assistante à l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme de Tunis,

Nous préconisons, qu’en général, un projet d’architecture présente trois niveaux essentiels: le niveau idéel , le niveau procédural et le niveau réceptif. L’objet d’étude théorique de cette recherche s’insère dans la phase idéelle et plus précisément ce que nous nommons « l’environnement idéel spécifique » et « l’environnement idéel à qualité architecturale ».
Notre matériau d’étude étant les discours des architectes lors des grands concours d’architecture en Tunisie, nous utilisons, essentiellement, la méthode structurale pour analyser les discours de l’architecte Taoufik BEN HADID, relatifs aux concours de la Cité de la Culture, la maison du Rassemblement Constitutionnel Démocratique et la Grande Mosquée de Carthage. De cette analyse nous dégageons ce que nous appelons relations intra-matériaux . Nous tentons de compléter ces résultats par une exploration inter-matériaux . Ceci nous permet, entre autres, de soulever une notion importante, que nous appelons lieu identitaire potentiel , résultat d’un véritable travail de composition de la part de l’architecte. Confrontant les résultats d’analyse des trois discours, une idée commune émerge, celle d’une double dichotomie tradition/modernité, qui se décompose en une dichotomie dans le temps : passé / présent et une autre dans l’espace : national / universel. Nous l’appelons idée-mère de la Tunisiannité , en référence à l’identité culturelle Tunisienne. Cette idée étant repérée chez BEN HADID, nous vérifions l’existence de cette même idée-mère, dans d’autres discours d’architectes pour les mêmes projets de concours. Ainsi serait-elle commune aux discours des architectes lors des grands concours contemporains d’architecture en Tunisie. Dès lors, nous l’appelons paradigme dominant de la Tunisiannité.
Tentant d’interpréter l’essence de ce paradigme dominant, une explication nous paraît possible : le discours de l’architecte, dans un grand concours d’architecture, répond, indirectement, au texte officiel tunisien. Ceci se confirme lorsque nous comparons l’idée d’Identité véhiculée dans les discours des architectes à celle soulevée d’une lecture thématique du Pacte National. Nous tentons alors de positionner cette idée par rapport à l’objet d’étude théorique défini. Nous expliquons aussi ce qui défini, d’après notre analyse des discours, le passage de l’Environnement Idéel Spécifique à l’Environnement Idéel à Qualité Architecturale .

RESUME n°08
De la maison beyrouthine traditionnelle au pastiche néo-mauresque contemporain, Les aventures de la Maison Abdelkader à Beyrouth
par: Nabil Beyhum Enseignant- Chercheur, Equipe de recherche EVCAU, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture Paris Val de Seine

La maison Abdelkader au centre-ville de Beyrouth était une maison traditionnelle de notables jusqu’à ce qu’elle reçoive l’émir Abdelkader en route vers Damas. Une fois l’émir parti vers d’autres cieux le nom est resté, d’autant plus que l’Institut d’archéologie français ne tarda pas à racheter la demeure et à en faire son siège principal. La maison à tuiles rouges, hall central et trois arcades fut conservée en l’état et bien entretenue.

Pendant la guerre civile elle fut épargnée par la destruction en partie grâce au courage des gardiens qui ne l’abandonnèrent jamais, alors que nombre de résidences alentours, semblables architecturalement été pillées et brûlées pour couvrir les pillages. La reconstruction du centre de Beyrouth ne prévoyait cependant pas de la sauvegarder jusqu’à ce que l’Institut d’archéologie négocie sa vente. Elle fit finalement partie des deux cent immeubles sauvegardés dans un centre ultra-moderne mais bien partiellement reconstruit.

La maison fut finalement rachetée par un homme d’affaires libanais immensément riche dans le commerce international mais qui voulait un point d’ancrage marquant dans le paysage urbain du pays. Le destin de cette maison devint cependant passionnant puisque cette homme d’affires ne jugeait pas qu’une simple maison de notables convenait à son image de marque, il la transforma en y ajoutant des espaces additionnels mais surtout en faisant un travail remarquable d’ajouts à la façade et à la décoration intérieure. C’est un des exemples majeurs de construction néo-mauresque à Beyrouth aujourd’hui.

 

RESUME n°09
L'œuvre de la reconstruction, une forme moderne d'arabisance ?
par: Dhouib Hounaïda, Doctorat en histoire de l'architecture moderne et contemporaine « La reconstruction en Tunisie de 1943 à 1947 », Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Après la seconde guerre mondiale, la Tunisie considérée comme un territoire sinistré, a connu une période d’intense production architecturale dans le cadre d’une reconstruction accompagnée d’un vaste programme d’équipement et de modernisation. Pendant quatre années, de 1943 à 1947, une équipe d’architectes recrutée par le grand prix de Rome Bernard Zehrfuss, marqua l’histoire du pays par une œuvre, certes controversée sur le plan urbanistique, mais particulièrement riche sur le plan architectural.

Contrairement à leurs prédécesseurs qui privilégiant souvent un répertoire d’éléments décoratifs stylisés et greffés sur les typologies des programmes nouveaux, les architectes reconstructeurs purent démontrer que la référence à l’architecture traditionnelle ne pouvait se défaire de sa dimension culturelle, même si elle en avait favorisé certains aspects essentiellement formels. Une unité d’architecture était née, bravant les obstacles bureaucratiques car elle fut supportée par un schéma d’organisation, inséré de manière spécifique dans les rouages de l’administration du protectorat. Libre et débarrassée de tout symbolisme, probablement à cause de la confusion et des chevauchements d’autorités entre le régime de Vichy et le gouvernement provisoire, l’architecture de la reconstruction n’eut pas la prétention d’exprimer une volonté politique quelconque, ni d’imposer la grandeur de la France par des monuments néo-classiques, ni d’apaiser les esprits protégés par des expressions dites arabisantes.

Pour les architectes reconstructeurs, le programme, la composition, la justesse des proportions et le site appréhendé dans une dimension presque poétique, engageaient le projet. En partant de l’architecture locale, non de sa diversité ou de ses multitudes expressions colorées, mais de ses formes épurées et de ses principales unités typologiques, les architectes disposaient des programmes proposés par l’Etat commanditaire et les interprétaient dans une architecture tunisienne moderne. Leur souci constant d’économie et de rationalisation des constructions dans un contexte de fortes restrictions budgétaires contribuerait à justifier l’abandon du décoratif au profit du constructif.

Les architectes se tenaient à des disciplines d’ensemble et se penchaient sur des plans-types, normalisant les détails et tirant profit des traditions locales. Bien que de formation académique, ils n’étaient pas sourds aux courants qui révolutionnaient la scène architecturale en France. En effet, l’intérêt qu’ils portaient à l’architecture moderne amènerait à penser qu’ils se plaisaient à voir dans les expressions vernaculaires dépouillées un allié de la modernité. Toutefois, cet emprunt en partie justifié par la pénurie du secteur moderne dans la construction n’était pas synonyme de mimétisme ni de pastiche. Il ne s’agissait pas de s’attarder sur l’aspect formel des conceptions, en insérant des cellules morphologiques dans des volumétries répondant à des programmes importés. Mais plutôt de réfléchir et de confectionner des entités typologiques conjuguant les impératifs fonctionnels et le savoir-faire local à travers l’exploitation des systèmes constructifs traditionnels revisités et redimensionnés de manière à améliorer leurs performances grâce à l’injection de faibles quantités de matériaux modernes. Ainsi, cette approche qui réanime les traits caractéristiques de l’architecture tunisienne a donné lieu à des expressions sincères qui, au lieu de s’efforcer à ressembler, interprètent, normalisent et actualisent.

 

RESUME n°10
Les arabisances d'Olivier-Clément Cacoub
par: Charlotte JELIDI, Chercheure post-doc, Institut de Recherche sur le Maghreb contemporain

Formé à l’école des Beaux-arts de Paris, Grand prix de Rome en 1953, Clément-Olivier Cacoub, a à son actif une production architecturale diverse et extrêmement variée, qui a marqué de manière profonde le paysage tunisois et plus largement tunisien.

Alors qu’il revendique une modernité des formes, il fait appel, souvent, à des références vernaculaires pour mettre en valeur son travail, ou le défendre face à ses détracteurs, et cela même lorsqu’il s’agit de ses œuvres les plus éloignées de l’architecture locale. Ainsi, à propos de la tour Africa qu’il construit à Tunis en 1970 en association avec Jason Kyriacopoulos, il écrit rétrospectivement « ligne de force dans la ville horizontale, l’Africa surprend. Mais n’existe-il pas au cœur des Médina des Minarets ? ».

Mais au-delà d’un enracinement symbolique, de cette filiation revendiquée, certaines de ces architectures sont résolument « arabisantes » dans le sens où elles empruntent au vocabulaire architectural vernaculaire, et plus largement arabe.

C’est ce que nous nous proposons d’étudier dans le cadre du colloque arabisance et néo-mauresque organisé par l’université de la Manouba. Et cela à travers deux types de production cacoubienne : tout d’abord l’œuvre réalisée par l’architecte lorsqu’il était conseil auprès de la République tunisienne (le palais présidentiel de Carthage, le mausolée d’Habib Bourguiba à Monastir, etc.) et l’œuvre touristique de Cacoub, en particulier les hôtels qu’il a construits à Skanès. Toutes ces architectures revendiquent des emprunts vernaculaires, mais les formes sont très diverses, de même que leur fin. Si les œuvres présidentielles et leurs riches décorums ont vocation a inscrire le père de l’Indépendance dans le continuum historique, les lignes épurées des hôtels des zones touristiques ont, elles, clairement vocation à contenter la quête d’exotisme des touristes étrangers.

Nous verrons quel vocabulaire est mobilisé respectivement dans les deux cas, et les discours que l’architecte mobilise pour expliciter ces choix. Cette étude originale se basera sur une documentation largement inédite, et sur des observations faites sur le terrain.

RESUME n°11
Hybridité de la maison individuelle saharienne ; Une nouvelle forme de l’arabisance ? Cas des habitations individuelles de la ville de Béchar au sud ouest algérien
par: LAIREDJ Ahmed, Architecte Chercheur, Magistère en architecture, Département d’architecture, Université de Béchar

L’arabisance était toujours considérée comme une adaptation du langage architectural vernaculaire avec le nouveau langage colonial. Une adaptation qui se limitait à une reproduction à l’identique de quelques éléments spécifiques de l’architecture vernaculaire (coupoles, tuiles, arcs, moucharabiehs, minarets...).

L’état colonial dans la ville de Béchar n’a pas toujours essayé de retrouver cette intégration architecturale avec l’identité de la ville mais il a imposé dans la majorité des cas son nouveau bagage urbanistique. Le modèle de ville coloniale résultant rompt de manière franche et brutale avec les modèles des médinas médiévales, des ksour, des tentes et des petites bourgades rurales. En ce qui concerne l’habitat la différence entre les deux modèles (vernaculaire et colonial) était immense. Les modèles vernaculaires hérités par la culture berbère et arabo-musulmane, bien que portant des traits spécifiques, sont basés autour d’une même forme architecturale, celle de la maison à patio. Le patio, bien que non exclusif, se retrouve assez majoritairement dans la composition spatiale des habitations. Les modèles coloniaux avaient une organisation spatiale différente, le logement ne possède pas cette centralité et le couloir ne remplit que le rôle de circulation.

Après l’Indépendance l’identité architecturelle locale avait les deux modèles comme référence, un modèle qui représente la culture et l’identité de l’habitant local et un autre qui semble être une solution économique idéale à la crise de logement (une crise énorme de l’après indépendance). Dans les constructions étatiques la recherche est devenue purement quantitative et les idées de la charte d’Athènes sont devenues le premier calque des nouveaux projets d’habitat.

Dans les lotissements des habitations individuelles de la ville de Béchar où l’habitant est le vrai concepteur de l’espace, un nouveau modèle vient de voir le jour. L’espace habitable est le résultat d’une vraie interaction entre les deux modèles, mais les éléments reproduits dans l’espace ne sont pas que des éléments figuratifs mais plutôt des éléments d’organisation spatiale. On peut voir le couloir avec l’espace « Wast Eddar », les arcades avec la cuisine à l’anglaise.

Ce type d’influence entre les deux modèles et l’apparition de ce nouvel espace habitable hybride nous renvoie à poser cette nouvelle problématique sur une nouvelle forme de l’arabisance. Cette fois c’est l’habitant qui adapte les deux styles, colonial et vernaculaire, en reproduisant les éléments architecturaux et les formes d’organisation spatiale des deux styles afin de créer son espace habitable approprié.

 

RESUME n°12
Les HBM (habitations à bon marché) de Verdun, quelles transpositions typologiques?
par: Zenboudji Zahaf Samia, Architecte /maître-assistante/ Doctorante, Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger, EPAU.

Le XIX ième siècle représente un tournant fondamental pour la reconnaissance de l’architecture islamique en Europe, avec le lancement des premières entreprises de relevés in situ et la publication de différentes architectures islamiques : Asie mineure, Egypte, Perse, Espagne andalouse et Maghreb. Les jalons d’une première histoire de l’architecture musulmane sont posés, soutenus par l’établissement d’un répertoire formel précis.
L’architecture de l’Afrique du nord introduite en France par les expositions universelles se manifestera dans les pays du Maghreb sous domination française par l’apparition du style néo-mauresque appelé aussi arabisances qui a pour objectif principal de bien asseoir le rôle du protecteur colonial.

L’émergence du style néo-mauresque en Algérie au début du XX ième siècle est associée aux directives énoncées par Napoléon III en 1864 et concrétisées en 1872 par la programmation de missions architecturales avec pour objectifs l’étude et le répertoire des éléments de l’architecture locale. En 1903 C-C. Jonnart, nommé gouverneur général de l’Algérie, sera l’initiateur d’un renouveau architectural et artistique et l’instigateur de la politique indigène symbolisée par l’émergence du style « néo-mauresque ».
Entre 1900- 1930, seront construits de nouveaux édifices publics de style néo-mauresque dans l’espace urbain algérois; le premier bâtiment néo-mauresque officiel sera en 1904 la Medersa d’Alger, véritable emblème des égards que manifeste la France envers les populations d’Afrique du nord. Par ailleurs, de nombreux immeubles de rapport européens vont intégrer des éléments de l’architecture néo-mauresque.

La question de l’habitat indigène posée les années 1930 va conduire à l’adoption de diverses solutions. Les HBM du boulevard de Verdun, opération de prestige, située aux franges de la Casbah d’Alger et au dessus de la Medersa d’Alger premier équipement néo-mauresque, est un geste envers la population musulmane à l’occasion du centenaire de la colonisation. Présentée comme réponse aux besoins des familles indigènes laborieuses : « Les immeubles sont destinés à être loués uniquement à des familles indigènes laborieuses qui se sentiront bien à l’aise dans ces immeubles qui, quoique collectifs, ont été conçus suivant leurs goûts et coutumes » (Les chantiers nord- africains juin 1929), la référence à l’architecture traditionnelle s’y limite à l’organisation de l’immeuble. Une transposition typologique du patio traditionnel qui devient élément organisateur du plan de l’immeuble autour duquel sont aménagés des logements d’inspiration hygiéniste totalement étranger aux maisons de la Casbah d’Alger.
L’impossible parenté de ce projet avec la maison de la Casbah et une filiation hygiéniste plus probable tant au niveau du logement qu’au niveau de l’immeuble seront validées par l’étude des caractéristiques intrinsèques de ce projet. Notre outil : la « Space syntax » une approche morphologique qui s’interroge sur la nature et l’origine des formes des objets architecturaux et urbains, des déterminants de ces formes et de leurs traits de ressemblance ou de différence.

RESUME n°13
La medersa de Constantine: Un "Savoir multiple"qui règne en roi
par: MAGHNOUS DRIS Zahia, Maître-assistante Chargée de cours, Département d’Architecture, Faculté des Sciences de la Terre, de Géographie et de l' Aménagement du Territoire. Université Mentouri De Constantine, Laboratoire : De l’Architecture à l’Urbanisme, Technique, Espace et Société

La medersa de Constantine, l'œuvre de l'architecte A BALLU, compte parmi les édifices publics de style néo-mauresque élevés en Algérie à la demande du Gouverneur Général C.Jonnart.
Inaugurée en 1907 par les autorités coloniales de l'époque, elle a vu le jour sous l'administration du parti des radicalistes Français qui ont mené un combat électoral contre les judaïsants pour la construction de "la ville française". C'est l'époque florissante de l'explosion urbaine de Constantine.
La valeur historique essentielle de cet édifice, réside en son nom : medersa, nom des établissements d'enseignement supérieur de l'Algérie précoloniale. Elle a connu près d'un siècle de multiples conversions : D'une Ecole Française Arabe destinée à former des fonctionnaires de l'administration coloniale dans l'intention de disposer d'auxiliaires musulmans défenseurs du régime colonial, elle est devenue un foyer de nationalistes virulents. Après l'indépendance, elle a abrité le centre universitaire puis l'université de Constantine jusqu'en 1970. Aujourd'hui, elle est occupée par la fondation "AbdelHamid Ibn Badis" et plusieurs unités de recherche nationales.
La valeur architecturale de cet édifice s'affiche à travers l'intégration à un site contraignant, la domination du bord d'un escarpement qui incarne le savoir faire des pionniers.
Quatre coupoles vertes flanquent le dôme central, un vestibule et un porche matérialisé par une passerelle qui accole l'édifice à la terre ferme de la place Nadjma, s'ouvrent entre les deux coupoles de la façade principale.
La valeur urbaine de l'oeuvre évoque la déchirure qu'a connue un tissu traditionnel, c'est le carrefour de confrontation de l'ancestrale rue Mellah Slimane et la rue "Trik Djedida", la percée haussmannienne dessinée et opérée afin de lier la halle aux grains à la gare ferroviaire qui poursuit sa course jusqu'au port de Philippe ville début de la traversée méditerranéenne jusqu'à la France.
Ce joyau architectural, cette leçon d'architecture urbaine mérite d'être lu et présenté à travers notre contribution.

RESUME n°14
L'exotisme paysager de l'arabisance
par: Christiane Garnero Morena, Analyste territoriale, Secrétaire de la section Monaco d'ICOMOS, Enseignante vacataire auprès des Écoles Nationales Supérieures d'architecture de Lyon et de Strasbourg et membre du groupe de recherche VAD (Ville Aménagement Développement) de l'ENAU à Tunis.

L'arabisance est certes un processus esthétisant qui touche les formes architecturales des pays du Maghreb mais aussi des pays « ex-colonisateurs ».
Il suffit pour cela de se promener dans les villes de la Riviera franco/italienne pour constater combien cette forme et les techniques architecturales (dont l’usage des matériaux qui s'y réfèrent) se retrouvent également sur l'autre rive de la Méditerranée.
Mais souvent ceux qui travaillent sur ces manières de faire de l’architecture, ne prennent pas toujours le temps de s'interroger sur l'évolution des aménagements paysagers, compléments indissociables des formes architecturales.
Alors que les projets architecturaux interprètent les formes de la tradition en ayant recours à une normalisation au niveau des techniques constructives, due à ce que l'on pourrait qualifier de première manifestation d'uniformisation. Une technique induite par les apports des « savoir- faire » exogènes apportés par la colonisation. Les aménagements paysagers vont aussi être profondément modifiés et interprétés dans la mouvance de l'éclectisme et du déplacement de paysages. Une forme de surenchère de l'exotisme va accompagner cette architecture arabisance à tel point que les anciennes traditions paysagères vont être oubliées. Une banalisation des paysages va se développer. Elle sera même adoptée par les élites locales qui succomberont à cette mode paysagère.
Nous essayerons dans cet esprit de démontrer comment des végétaux venus d'ailleurs, au XIX° siècle, sur les deux rives de la Méditerranée vont progressivement se faire ''place belle'' au détriment des essences traditionnellement cultivées, même si certaines d’entre elles, comme les agrumes, sont d'introduction beaucoup plus ancienne, sur les rivages de la Grande Mer Intérieure. Il suffit pour cela de penser aux ficus, eucalyptus, araucarias…… et même à des espèces de palmiers exogènes dont en particulier les washingtonias.
Succédant à cette première période de transformations inexorables des paysages des espaces urbanisés, l'après deuxième guerre mondiale, avec la fin de la l'époque coloniale et surtout avec le développement touristique ainsi que la croissance de l'urbanisation va voir se développer une nouvelle forme de transformation des paysages des zones vouées à cette nouvelle économie.
L'image de l'exotisme sera portée à son paroxysme. Il faut vendre de l'exotisme, afin de s'inscrire dans certains modèles mais surtout une nouvelle classe de professionnels va prendre la main. Il s'agit des pépiniéristes. Dans un premier temps nous allons assister à une forme de manipulation des concepteurs par quelques imposantes structures professionnelles qui vont produire et proposer ce qui est le plus facile à faire pousser mais aussi, économiquement le plus rentable.
Aussi aujourd'hui lorsqu'il s'agit de réaliser des opérations de restructuration de jardins historiques de l'époque beylicale, par exemple, la tache du concepteur, outre les difficultés pour retrouver les traces des anciennes typologies d'aménagements, nécessite d'une grande ténacité pour se procurer les plantes ad hoc et également pour convaincre les décideurs du bien fondé de leurs projets d'aménagement.

RESUME n°15
Du mauresque colonial au mauresque des indépendances
par : ZEROUKI Sid Ahmed, Maître assistant & BENKOULA Sidi Mohammed el Habib, Maitre de Conférences, Département d’Architecture d’Oran (USTO)

« Poser la question du néo-mauresque » en tenant ses distances du fatras de théories historico classiques qui l’affectent et contaminent d’une certaine manière la pensée concernant ce sujet, est selon nous, un espace d’intellectualisation qui mérite d’être revisité, d’être revu, comme si nous le faisions pour la première fois. En effet, ce choix d’un nouveau départ est motivé par le contexte des deux dernières décennies pour ce qui concerne l’Algérie, et la recherche, depuis les temps des indépendances, d’une identité culturelle, et socio spatiale pouvant être en adéquation avec les motivations des pouvoirs politiques. Seulement, pour pouvoir saisir toute l’ampleur des changements de perception du Mauresque et/ou du Néo-mauresque qui se sont produits depuis, il faut faire l’effort de s’extraire de toute forme de préjugés capables de nous induire en erreur dans nos investigations et évaluations de la question.
Nous ne cherchons pas l’originalité dans nos interrogations, mais surtout, d’une part, la compréhension qui repose sur l’analyse du fait architectural néo-mauresque issu de l’histoire coloniale en particulier, et qui est au cœur de la question d’une véritable crise de sa patrimonialisation au jour d’aujourd’hui, et d’autre part, de saisir la portée perceptive de toute, ou une bonne partie de la production architecturale de la période de l’indépendance algérienne, à laquelle l’on a cherché à conférer le cachet arabo mauresque selon l’expression des cahiers de charge des concours d’architecture. Ce qui se résume à s’interroger sur les espaces de rupture, de continuité ou même de confusion pouvant se dégager durant l’analyse des deux productions quand même elles ont pour point de partage, la volonté de reconnaitre et/ou de construire pour des raisons similaires, ou le contraire, une identité qui assure la paix sociale.

 

RESUME n°16
Spécificités architecturales à Constantine: entre identité arabo-musulmane, héritage à la française et modernité
par: Lilia Makhloufi, Architecte urbaniste, Docteur en Aménagement du territoire, Ecole Polytechnique d'Architecture et d'Urbanisme (EPAU) d'Alger.

Le centre-ville de Constantine est un lieu d’échanges mais aussi d’identité. Son quartier maure caractérisé par ses étroites ruelles sinueuses et son architecture orientale, contraste nettement avec le style du vaste quartier colonial. Lieu privilégié de la vie urbaine, il rassemble dans un périmètre assez restreint l’ensemble des activités commerciales, sociales, administratives, économiques et de loisirs. Le centre met en forme la ville, une ville profondément inscrite dans un lieu, une histoire, un patrimoine, des perceptions, des usages, une mémoire. Mais alors que Constantine a mis des décennies, sinon des siècles, à se constituer, la ville nouvelle Ali Mendjeli en cours de réalisation à 25 kilomètres de la médina, doit trouver dans un laps de temps relativement court, une personnalité, une image de référence où la fonctionnalité ne soit pas le seul attrait. Mais les résultats ont-ils été satisfaisants pour autant ?
Le patrimoine constantinois constitue certes une source intarissable où l’on peut puiser des enseignements en matière de production architecturale et urbanistique et au niveau duquel on trouve une harmonie entre la société, l’identité culturelle, les règles structurelles d’organisation des espaces, les pratiques quotidiennes, le mode de vie et le milieu physique et naturel. Soumis aux cadres idéologiques de l'époque et du lieu concerné, il évoluait dans une tradition, dans un style, une manière de construire qui codifiaient chacun des éléments. Ne doit-on pas alors être aux aguets afin de protéger et valoriser certaines façons de construire et certains modes architecturaux pour aller vers un enrichissement et non vers une simple reproduction? Pour tout un chacun, les images évoquées par son immeuble, son quartier, sa ville sont inséparables des pratiques d’usages et des processus identitaires. Le champ architectural et urbain ne doit-il pas alors se focaliser sur le local ? L’accent ne doit-il pas être mis sur la culture locale à des fins tant identitaires qu’économiques? Essayons, par cette contribution, de considérer les logiques architecturales à Constantine sur le plan diachronique.

 

RESUME n°17
L’héritage architectural néo-mauresque à Constantine.
par: Badia BELABED-SAHRAOUI, Maître de conférences, Université Mentouri Constantine

Depuis la conquête française, les villes du Maghreb se sont trouvées subitement impliquées dans de nouveaux modes de production architecturale et urbaine, différents d’une situation à une autre, selon les formes de colonisation (El-Bakri Hermassi, 1975).
Au sein d’un même pays, comme c’est le cas pour l’Algérie où la colonisation est totale, l’adoption du style de l’architecture qui renvoie à l’image officielle de la France dépend de la volonté des pouvoirs locaux.
Si la nouvelle politique de la France protectrice remonte à la visite de Napoléon III accomplie en Algérie en 1865, à Constantine les collectivités publiques (conseil général du département et conseil municipal), adoptent pour les bâtiments officiels, hôtel de préfecture(1883), théâtre(1883), hôtel de ville (1903)…, une architecture néoclassique obéissante aux fondements de la monumentalité.
Malgré cela nous constatons que l’architecture locale a fourni des éléments d’ornementation (le zellige, le plâtre ciselé, chapiteaux, coupoles,…) pour agrémenter l’intérieur de quelques édifices (hôtel de préfecture, lycée,…). Même les fresques représentant le paysage local dessinées par des peintres orientalistes, comme Galland, Noiré, Geille de Saint – Léger, Mercoyrol, Haas, Randavel, Debat…, rehaussent la décoration de la salle des fêtes et des mariages de l’hôtel de ville et illustrent cette première forme d’arabisance.
Il n’y a aucun un engouement pour le néo- mauresque ; le nombre restreint d’édifices qui affichent le style néo-mauresque (la médersa, l’hôtel Cirta, l’agence de voyage et trois à quatre habitations) le confirment. Toutefois la Medersa, construite par l’architecte P. BONNEL entre 1906-1909, sur les dessins d’A.BALLU (inspecteur général du service d’architecture de l’Algérie), constitue l’emblème de cette architecture néo-mauresque. Son inauguration, le 24 avril 1909, par C. Jonnart gouverneur général de l’Algérie, qui a donné son nom à l’architecture officielle, "style de jonnart le réaffirme.
L’étude de l’héritage néo-mauresque constantinois constitue un maillon de l’histoire de l’architecture de l’époque française en Algérie. Sa présentation sera sans doute un enrichissement des débats qui seront menés lors de ce séminaire.
Notre communication étudiera le contexte historico-politique qui va largement influencer la production de l’architecture coloniale et les développements officiels de l'architecture néo-mauresque à Constantine.
Au travers des exemples et à partir des archives, elle abordera les premières formes d'arabisance par l’examen de la décoration intérieure, le réemploi des éléments architectonique et la représentation de la particularité et la spécificité de la région par les artistes peintres. Comme elle traite le processus de la création architecturale proprement de la médersa.

 

RESUME n°18
Elaboration d'un langage documentaire pour la description de l'architecture néo mauresque en Algérie
Roukia CHERIFI, Architecte-Maitre assistant, Département d’Architecture, Faculté de Génie de la Construction, Université Mouloud Mammeri, Tizi Ouzou, Algérie, & Youcef CHENNAOUI, Maitre de Conférences, classe A-Chercheur, Ecole polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger, Algérie.

Arabisance, régionalisme, orientalisme, style jonnart, néo-mauresque,… sont autant de concepts pour décrire un style architectural qui a traversé les pays du Maghreb dans un contexte particulier de la colonisation française à la fin du XIX e siècle.
En Algérie, la naissance du mouvement arabisant est la conséquence de plusieurs événements à caractère militaires, politiques, scientifiques, culturels et touristiques. En effet, la ville d’Alger , au début de la colonisation, a subi d’importantes démolitions pour adapter le tissu urbain et le cadre architectural de la ville aux besoins des occupants.
Le style néo mauresque est apparu au début du XXème siècle à Alger sous le gouverneur général Charles Célestin Jonnart.Il représente un phénomène de métissage de deux cultures et de deux architectures antagonistes, orientale et occidentale. Cela constitue un moment très important dans l’histoire de l’architecture en Algérie, on assiste à un style nouveau caractérisé par un rapport nouveau entre les programmes modernes importés d’outre mer, et l’architecture traditionnelle locale.
Aujourd’hui les édifices qui témoignent de cette floraison esthétique orientaliste sont nombreux et parent le tissu urbain des villes algériennes, ils recèlent des valeurs intrinsèques et extrinsèques plurielles notamment la médersa de Sidi Abderrahmane d’Alger, la médersa de Constantine à l’Est du pays, la médersa de Tlemcen à l’Ouest ,la grande poste d’Alger, la gare d’Oran,… néanmoins, ces édifices historiques se trouvent à ce jour en marge d’une politique officielle de protection et de mise en valeur historique.

A l’ère de la société de l’information et du tout numérique ,les technologies de documentation et d’information jouent un rôle capital dans l’identification des valeurs d’un patrimoine historique et l’information sur le patrimoine culturel mobilier et immobilier semble se déplacer progressivement des lieux traditionnels de documentation (bibliothéques,centres documentaires, centres d’archives,etc) vers les banques artificielles des données stockées dans le média électronique, l’information culturelle devient alors disponible à tous moment et à n’importe quel espace géographique grâce à l’ingénierie des connaissances et les performances des systèmes de recherche d’information actuels.
Réalisée dans le cadre d’une recherche en post graduation 1, cette étude propose une contribution à la réalisation d’un langage documentaire sous forme d’un thésaurus pour la description des éléments physiques et morphologiques de l’architecture néo mauresque en Algérie.
Cela a été pour nous une opportunité pour découvrir et pour la première fois, un domaine méconnu pour nous en tant qu’architectes, « La bibliothéconomie », les tâches des documentalistes, les outils documentaires utilisés dans la gestion des services d’archives notamment les thésaurus à facettes et leur intérêt dans les technologies de l’information pour la documentation et leur exploitation dans la gestion du patrimoine architectural.

Au bout de cette recherche, nous avons aboutit à l’intégration d’un thésaurus de description de l’architecture néo mauresque à un logiciel de recherche d’information utilisant l’image comme support de l’information sur le vocabulaire architectural des édifices arabisants en Algérie, le thésaurus comprend le vocabulaire d’indexation des images et la description sémantique du contenu de celles-ci, un outil qui servira aux corps chargés de la réhabilitation et la restauration intervenant sur ces édifices historiques pour la prise des décisions.

RESUME n°19
La villa Rais Hamidou dite villa Pouillon : intégration ou falsification de l’image d’une demeure du Fahs algérois
par: Halet Katia, Architecte/ Enseignante Maître Assistante, Classe A. Doctorante, EPAU : Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme.

Après l’installation des colons, en 1830 et surtout la destruction massive des édifices (habitats, lieux de cultes, caravansérail, kessaira), le départ des ottomans, la perte d’un savoir faire (suppression des corporations de métiers en 1868), l’avènement de l’architecture moderne où le béton, l’acier, avait une place prépondérante, les architectes prirent référence à l’organisation spatiale, aux éléments architectoniques des édifices traditionnels afin d’édifier de nouvelles constructions.
Les demeures (celles qui restaient encore debout) et les palais ont été le référentiel pour la construction de villas de villégiature pour les européens. Maison à patio au milieu de la verdure, dans le fahs (banlieue d’Alger). Il est connu, à Alger, un site particulier : le Chemin des Crêtes, ou les anglais construisirent des maisons de campagne de style néo mauresque, afin d’y séjourner l’été.
Nous mettrons à votre connaissance dans l’environnement immédiat de la villa Rais Hamidou dite villla des Arcades , dites aussi villa Pouillon, classée monument historique en 1945, une extension, construite par l’architecte Pouillon, avec toutes les caractéristiques de l’architecture traditionnelle, coupole, voûtes, fenêtres barreaudées, céramiques, colonnes, menuiserie, poutre en bois, carreaux de sol.
Pour un profane, la demeure apparaît comme un tout, il faut s’approcher de près ou bien l’avoir visitée pour se rendre compte de l’utilisation du béton, du fer. Matériaux d’utilisation courante pour les nouveaux édifices, mais incompatibles avec les matériaux traditionnels (brique, terre, bois de thuya)
Au jour d’aujourd’hui, ces matériaux posent des problèmes (dégradations, pertes de substances,) qu’il est nécessaire d’étudier afin d’en limiter les dégâts.
Ces architectures comme les habitations, les hôtels, les mairies, les tribunaux font désormais partis de notre paysage urbain et sont considérées comme un patrimoine à préserver, et dont l’exemple le plus marquant est la Grande poste d’Alger.

 

RESUME n°20
Les tendances arabisantes dans l’architecture italienne de la fin du XIX siècles jusqu'en 1920.
Sonia Gallico & Maria Grazia Turco, Dottore di Ricerca in Conservazione dei Beni Architettonici, Università degli Studi di Roma “La Sapienza” - Facoltà di Architettura - Dipartimento di Storia dell’Architettura, Restauro e Conservazione dei Beni Architettonici

Dans le cadre du développement de l’Art Nouveau en toute Europe (Espagne, Portugal, France, Angleterre, Finlande, etc), en Amérique (Canada, USA, etc.) aussi comme en Afrique du Nord, en Italie on a une importante production d’architecture éclectique (Liberty), qui a vu mêler les styles romanesque, gothique, baroque et arabisante.
Il s’agit en général d’œuvres d’une certaine importance, miroir d’une classe sociale bourgeois et cultivée, qui peuvent être classées :
a) par typologies : établissements balneaires, villas, églises, synagogues mais aussi kiosques et pavillons dans les jardins publiques, serres;
b) par contexte geographique : Milan, Toscane (Livourne, Viareggio, Lucca), Venise, Rome et sa région, Palerme, etc.
La première relation, tenue par Sonia Gallico , aura pour sujet l’architecture arabisante en Italie, surtout certaines constructions à Milan (deux villas de rue Pisacane), en Toscane (Grand Café Margherita de Viareggio, villas de Livourne) et en Sicile (villas de Palerme et de Catania) où l’inspiration orientale est très evidente .
La deuxième, de Maria Grazia Turco, aura comme sujet Rome et la villa Martinori à Narni en Ombrie, ancient couvent du XVII siècle transformé en resideance d’un riche ingenieur passionné de l’Orient avec un clocher devenu minaret.
Les documents seront tirés de l’Archive d’État de Rome, de Livourne, de Catania et du Centre d’Etude du Liberty à Viareggio.

RESUME n°21
Le néo-mauresque à Sousse (Tunisie) entre réflexion et spontanéité
par : Afef Ghannouchi, Assistante, Institut Supérieur des Beaux arts de Sousse, UR « Villes historiques de la Tunisie et de la Méditerranée » (Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba - Tunis)

La construction des villes européennes outre-mer forme une diversité des actions d’applications : les concepteurs reprennent les modèles européens avec plus au moins de souplesse, de plasticité et d’adaptabilité. Ainsi, le modèle européen forme des variations même au niveau des trois pays nord africains, mais aussi et à moindre échelle, au niveau des villes d’un même pays.
Nous prétendons déterminer la particularité du modèle architectural et urbain de la ville européenne de Sousse. Implantée à une dizaine d’années après l’installation du Protectorat, et tout en tenant compte des expériences déjà acquises dans les villes algériennes et à Tunis, le développement de la ville européenne de Sousse avait adopté quelques innovations.
En effet, les Français ont manifesté un vif intérêt pour l’aspect traditionnel : son architecture, sa morphologie urbaine et l’ensemble de ses paysages décrits dans la plupart des récits des voyageurs, des guides touristiques, des tableaux de peinture et des cartes postales de l’époque. Cet intérêt s’est manifesté surtout par le passage progressif du paysage urbain, le long d’une ligne partant de la médina, de style traditionnel local, par la place Pichon de tendance arabisante pour aboutir aux quartiers européens de style éclectique, art nouveau, art déco, etc.
De plus, la plupart des bâtiments administratifs importants étaient couverts d’un décor néo-mauresque, cherchant une meilleure intégration au milieu social et culturel existant. Par contre rares étaient les bâtiments privés qui se souciaient de ce même souci esthétique et politique, elles adoptaient plutôt les styles européens en vogue à l’époque, allant du néoclassique à l’éclectique, et de l’art nouveau à l’art déco.
Par contre les tunisiens les plus fortunés avaient un penchant pour ce style, affirmée par une ornementation recherchée et une tendance exotique
Peut-on prétendre alors que le gout de l’orient, ne répond pas à l’objectif de construire rapidement et à l’économie dans des villes d’intérieures ?
Peut-on confirmer aussi que la volonté d’intégration dans la culture orientale s’atténuait dès que se substituaient les règles induites par un mode de vie importé d’Europe ?
Ou peut-on encore penser que l’application du style néo-mauresque à Sousse répondait à un souci politique, plutôt qu’à un croisé perpétuel qui perdure et se développe ?

 

RESUME n°22
Patrimoine colonial en zones arides. Cas d’une localité rurale : El Kantara en Algérie
par: Abida Hamouda, UHLBatna, Dpt architecture

Après la colonisation de l’Algérie, un grand nombre d’européens s’y sont installés et où ils ont bâti un environnement à leur image. En s’appropriant l’espace, ils ont imposé le style du vainqueur : attitude dictée par une logique avant tout militaire. Les constructions étaient conçues selon le model occidental. La France avait une préférence pour le style néoclassique dans la tradition académique de l’école des beaux arts.
Le patrimoine colonial existe partout en Algérie surtout dans les grandes villes du nord mais en degrés moindre dans les villes du sud et encore moins dans les villages où l’occupation coloniale était beaucoup plus militaire. Seulement l’action urbaine et architecturale était la même en prenant comme model l’urbanisme haussmannien illustré par l’encerclement des ilots, les percées, l’éjection des indigènes loin des quartiers européens.
El kantara, village aux portes du désert était touché par la politique française en matière d’architecture où un quartier colonial était conçu de toute pièce mais séparé du village autochtone aussi bien physiquement que socialement.
Plus tard après la deuxième guerre mondiale, la France s’était rendue compte du danger politique qui pouvait résulter de la destruction d’une structure sociale basée sur des formes ancestrales d’habitat et de coutumes urbaines. Ainsi elle a opté, en parallèle avec l’action militaire, à l’action psychologique en adoptant une certaine alliance avec les pouvoirs sociaux et religieux locaux par la préservation et la revalorisation des formes culturelles locales. Ce qui a été exprimé en architecture.
El kantara s’était vue ériger ça et là des bâtiments conçus en apparence à l’arabe tout en empruntant un caractère qui fait référence à l’architecture rurale saharienne
L’article tentera d’exposer quelques projets conçus à cette époque et qui illustrent nettement le style d’arabisance dans une localité rurale situé en zone aride.

RESUME n°24
Philippeville, l’autre face de la ville coloniale européenne
par: LAOUAR DOUNIA & AMAROUCHENE REDA SAID, MAITRES ASSISTANTS, DEPARTEMENT D’ARCHITECTURE, UNIVERSITE DE BADJI MOKHTAR, ANNABA.

Depuis le début du XIX siècle, les villes d’Algérie ont subi des phénomènes spécifiques de déstructuration de leurs cadres spatiaux. Si la première période de la colonisation française se caractérisait par l’emploi du style néo- classique, interprétant ainsi la force du style du vainqueur. Le style adopté dans la seconde période semble être celui de la réconciliation avec les populations indigènes. C’est le style néo-mauresque, ou le style protecteur.
La directive de l’administration coloniale qui consistait à adopter le style néo-mauresque comme style de l’Etat est officialisée par plusieurs circulaires pendant le gouvernement de Charles Célestin Jonnart à partir de 1905.
L’adoption du style néo-mauresque comme l’image officielle de l’architecture coloniale aux constructions publiques, se concrétisait par la réalisation de plusieurs édifices dans ce style architectural, un peu partout en Algérie : la grande poste d’Alger, l’hôtel Cirta de Constantine, la medersa de Constantine,…etc.
Le style néo mauresque est une tentative de réinterprétation des valeurs du patrimoine architectural et urbain traditionnel dans les constructions coloniales, une manière d’arabiser le cadre bâti.
Les architectes français ont puisé largement dans le vocabulaire maghrébin. En Algérie, on compte un nombre important des bâtiments arabisés et qui répondent à des besoins moderne, tels que : les gares, postes, hôtels de ville, des fonctions qui n’existaient pas dans la ville traditionnelle.
Ce métissage entre Deux cultures et deux architectures contradictoires a donné naissance un style très raffiné.
La présente contribution portera sur une série de bâtiments publics revenant à la période coloniale dans la ville de Skikda ex Philippeville.
Il s’agit de l’hôtel de ville avec son superbe minaret, qui fait abstraction à la mosquée, le commissariat et la banque centrale qui nous rappellent les demeures arabo-musulmane.
Ceci revient au talent particulier de l’architecte Charles Montaland, et la richesse du répertoire architectural arabo-musulman : les arcs, les coupoles, le minaret, les motifs en bois sculptés, les auvents recouvert de tuile verte,… etc. Tant d’éléments qui font la richesse de la façade de la rue de la république.

RESUME n°25
Des influences traditionnelles et patrimoniales sur les architectures du Maghreb contemporain.
Par: Myriam Bacha, Chercheure à l’IRMC, Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain à Tunis

Un large courant de l’architecture contemporaine au Maghreb a été conçu par des maîtres-d’oeuvre1 à partir de modèles de l’architecture traditionnelle et du patrimoine local. Si l’ensemble de la production architecturale des XIXe et XXe siècles ne fait toutefois pas systématiquement référence au passé maghrébin, le phénomène qui voit des maîtresd’oeuvre engager une réflexion sur le patrimoine des pays, des régions, des villes, dans lesquels ils interviennent, est resté une constante pendant près d’un siècle : il semble connaître ses premières manifestations en Algérie dès les années 1870-1880, notamment dans la production de l’architecte Benjamin Bucknall (J.-J. Jordi, J.-L. Planche, 101-107) et il est encore d’actualité aujourd’hui au Maghreb, où les revues d’architecture (Vies de Villes en Algérie, Architecture du Maroc ou encore Archibat en Tunisie) présentent des maîtres-d’oeuvre qui revendiquent s’inspirer de leur patrimoine « national » pour créer une architecture « typiquement » algérienne, marocaine ou tunisienne. Or, comment comprendre cette posture qui consiste à introduire dans la production bâtie tel ou tel référent traditionnel ou patrimonial ? Cette appropriation s’apparenterait-elle à une revendication
identitaire, à l’affirmation d’une idéologie ou serait-elle, plus simplement, le reflet de débats architecturaux visant à produire une architecture adaptée aux attentes et aux modes de vie des usagers ? Ce phénomène, qui se développe dans des contextes politiques, sociaux et culturels bien différents en fonction des époques et des géographies, ne semble pas, a priori, répondre aux mêmes finalités quand il a lieu dans un contexte colonial ou postcolonial. Peut-on lire ce processus de la même façon quand il concerne une société européenne coloniale, qui s’inspire de la culture locale du Maghreb, et quand il touche une société maghrébine contemporaine présidant à sa destinée politique, depuis qu’elle a accédé à son indépendance ?

Après avoir évoqué cette problématique du point de vue historiographique, nous reviendrons dans une première partie sur la pratique qui consiste à s’inspirer de la tradition et du patrimoine dans la production architecturale, en montrant tout d’abord comment elle est, au même titre que le concept de patrimoine, importée par les sociétés coloniales au Maghreb. Cette partie débutera par une mise au point portant sur les phénomènes de patrimonialisation qui ont touché les différents pays du Maghreb ; puis nous analyserons les conditions de genèse et de développement d’une architecture pensée à partir de modèles traditionnels et patrimoniaux, en étudiant les logiques des acteurs qui recyclent le passé matériel dans un dessein politico-idéologique. Dans une deuxième partie, seront évoquées les modalités selon lesquelles, dans le cadre de l’entretien et de la réhabilitation des centres anciens
protégés, maîtres-d’oeuvre et maîtres-d’ouvrage, influencés par des contraintes touristiques et économiques, recréent et inventent une architecture en puisant dans un répertoire patrimonial imaginé.
Enfin, dans la dernière partie de cet ouvrage, nous reviendrons sur une problématique qui fait depuis longtemps débat dans le milieu des praticiens de l’architecture et qui a rejailli dans celui de la recherche : nous nous demanderons si le fait de s’inspirer de l’ancien est une pratique qui a autorisé
l’innovation, si la créativité des maîtres-d’oeuvre en a été stimulée ou si, au contraire, leur inventivité s’en est trouvée bridée. L’analyse des trajectoires professionnelles de plusieurs architectes permettra d’aborder les différentes solutions constructives et décoratives expérimentées par les maîtres-d’oeuvre ayant engagé une réflexion sur le renouvellement de l’architecture par le patrimoine.

RESUME n°26
Abderahmane Bouchama ; l’Arceau qui (dé)chante…
Par: Fayçal Ouaret, Architecte, Ecrivain

Abderahmane Bouchama a été l’homme de tous les combats en Algérie, aussi bien politiques que pour tenter de donner droit de citer à une Architecture inspirée du patrimoine architectural du Maghreb pré-colonial, tellement proche finalement de l’Arabisance de l’époque Jonnart. Il a cherché pourtant à s’en démarquer, ne reconnaissant à ce ‘style’ et ses promoteurs aucunement le droit de réécrire le patrimoine maghrébin avec les lettres de l’Occident triomphant.
De 1963 à sa mort, survenue le 5 Juin 1984 à l’âge de 78 ans, il fut l’Architecte de la reconversion de nombreuses églises en mosquées, cherchant la bonne mesure pour passer d’une forme d’espace et d’échelle à une autre, et surtout de construction d’un langage plaqué sur les formes destinées à recevoir un autre. Il construit des mosquées et donne à une Algérie bouillonnante des lieux de cultes à la mesure de ses quêtes et de la multiplicité de ses références, des Instituts islamiques vite reconvertis en lycées ‘ordinaires’, mais marquant définitivement les esprits et les paysages urbains.
Son œuvre écrite (‘L’oasis géante’, ‘L’arceau qui chante’,…) et une attitude militante sans répit au sein de l’Union des Architectes Algériens jusqu’à la veille de sa mort, complètent son parcours.
A la même époque, tournant le dos au seul architecte algérien, le Pouvoir lui préfère Fernand Pouillon pour ‘développer’ des complexes (c’est le cas de le dire !) touristiques qui couvrent désormais le pays, de la Marina et ses hôtels à Sidi-Ferruch à l’oasis de Timimoun et des Zianides de Tlemcen au Rocher de Seraidi. Tous ont pour principale mission architecturale de redonner vie au Patrimoine, revu et arrangé par Pouillon, avec une forte touche méditerranéenne pour faire briller de mille éclats cette Architecture destinée à recevoir les hordes de touristes dans des décors qui leurs laissent à penser qu’ils ne sont pas loin, mais bien ailleurs. Pouillon et ses commanditaires, au sommet de la hiérarchie, voulaient perpétuer la tradition vieille de plusieurs décennies, deux guerres au moins, de la chaîne des Transatlantique et des hivernages à l’orée du Sahara chers aux anglais et André Gide.
Déjà…
Les moyens mis à la disposition de Pouillon étaient sans commune mesure avec ceux jamais donnés à aucun autre architecte travaillant en Algérie, même pas Niemeyer ou Tange, et encore moins à Abderahmane Bouchama. Lui continua à faire œuvre partisane, construisit le Centre des Archives Nationales et surtout l’Institut Supérieur des Etudes Islamiques surplombant l‘entrée Est de la Capitale, pour marquer définitivement le paysage d’Alger de son emprunte, contre toutes les adversités.
A hauteur de la Cité Diar-El-Mahçoul, œuvre de Pouillon la plus proche d’un héritage réinterprété, à mi-parcours entre les grands ensembles de la Modernité vue par Mussolini dont il disait ouvertement s’inspirer, et les réminiscences d’une Casbah ressuscité sous forme de barres et de tours imbriquées pour redonner vie à ses dédales.
‘Jean, que ce pays est tragique !’, avait dit un jour Albert Camus à Jean de Maisonseul.
Il n’a jamais cessé de l’être…

RESUME n°27
Dualité entre legs colonial et noyau historique: L'Arabisance en question, Autre vision sur la stratégie d’interprétation. Cas : la ville de Kenadsa au sud ouest algérien
Par: BARKANI Abdelaziz, Architecte Chercheur, Magistère en architecture, Département d’architecture, Université de Béchar

Les villes du Maghreb ont connu des périodes coloniales symbolisant un nouveau système politique tout en les dirigeant et en les contrôlant. L’administration coloniale a joué un rôle important dans l’organisation de l’espace qui est caractérisée par plusieurs faits. Différentes stratégies adoptées par les colons se résument en deux visages : « le style de vainqueur » et « le style de protecteur » (François Béguin, 1983). L’espace introduit par les colons a produit deux tissus où se déploient le noyau historique (ksar ou médina) par sa morphologie compacte et introvertie, et un système viaire labyrinthe et hiérarchisé, d’une part et d’autre part la ville coloniale avec ses tracés en damiers réguliers, éclatés et extravertis, et l’apparition du concept de place. Néanmoins, on constate une forte réminiscence du style néo-mauresque « arabisance » dans les édifices coloniaux dont il puisait ses référents dans le vocabulaire architecturel local. Le style adopté dans ces édifices (écoles, hôpitaux, villas…) a une forme d’adaptation et de réinterprétation de l’architecture locale dans la stylisation des formes et l’utilisation des éléments architectoniques. Cette arabisance a été courte dans le temps et marquée le paysage urbain des villes du Maghreb. Mais il faut bien souligner que les signes de l’arabisance se limitaient uniquement à une simple reproduction de quelques éléments spécifiques de l’architecture locale (arcs, coupoles, minarets...) contrairement au langage architectural vernaculaire.
Cette dualité où se jouent les expériences acquise des colons sera présentée succinctement pour le cas du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie), et plus explicitement pour le cas spécifique de Kenadsa (sud ouest algérien). Au siècle dernier seulement, son ksar devait être encore une véritable cité saharienne, elle est considérée parmi les plus importantes cites anciennes de la région sud-ouest par sa dimension culturelle, religieuse spirituelle, et aussi par sa valeur architecturale. Taoufik Souami (2003) a noté que cette ville constituait un cas particulier parmi l’ensemble des agglomérations sahariennes. Dés les années 1940, elle bénéficia d’un traitement spécifique en tant que centre d’exploitation et un plan d’urbanisme et d’aménagement lui fut dessiné en 1941. En face du noyau historique, une cité européenne caractérisée par son plan en damier, constituée de plusieurs îlots réguliers, et des constructions inspirées du vocabulaire architectural du ksar exprimées par un autre langage. En effet, des habitations dotées de jardins, cheminées et fenêtres, sont extraverties, à l'inverse de celles du ksar qui sont introverties…etc. (plus de détails développés dans le contenu de l’article).
Enfin, Le propos de cet article est de s’interroger sur la logique de la production spatiale et le style « arabisance » (neomauresque) adopté dans les édifices coloniaux. Cette lecture critique permet de porter une autre logique de la réinterprétation de notre patrimoine locale, basée sur des concepts abstraits plutôt que sur des archétypes formels. La situation constatée dans les travaux dits d’interprétation n’échappe pas du risque de dévalorisation du patrimoine bâti où « la question des archétypes d’architecture se pose comme élément à copier, le risque de ce "mimétisme" par des archétypes éculés usés et abusés, contribue à vider le patrimoine de sa substance, de sa profondeur historique, de sa richesse sémantique et de ses atouts fonctionnels. » (S.Mazouz, 2009).

Comité d’organisation:


Mohsen BEN HADJ SALEM : mohsenbhs@gmail.com
Nawal BENHSAIN : nabenhsain@hotmail.com
Rym BEN YOUNES : benyounes.rym@planet.tn
Mohamed Sadok CHAIEB : archi_dart@yahoo.com
Chiraz MOSBAH : chiraz_mosbah@yahoo.fr
Ahmed SAADAOUI : saadaoui.aa@planet.tn


 

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