Rym Ben Younes
Architecte
Le tourisme, défini comme activité socioéconomique liée au déplacement des personnes pour le plaisir, a des origines très anciennes. A travers l’histoire, il s’est vu se transformer d’une activité spontanée et limitée à un mouvement ouvert et organisé. Il avait connu une extension géographique qui s’est suivie d’une autre sociale essentiellement après la deuxième guerre avec l’établissement du concept de démocratie dans le monde. Et, dès lors, les habitudes et les activités liées au tourisme et aux loisirs se sont répandues dans les couches sociales moyennes comme les ouvriers et les agriculteurs ainsi que les retraités et les étudiants.
Le tourisme, un besoin
Ainsi, Le phénomène du tourisme s’était développé dans le temps pour finir par toucher toutes les classes sociales et d’influencer les domaines économiques, éducatifs et sociaux.
Le développement économique et démographique de certaines villes et essentiellement des capitales a eu pour conséquence la naissance de villes polluées, bruyantes où les embouteillages et le stress sont monnaie courante. Ces villes poussent leurs habitants à les quitter pendant leurs congés ou vacances pour chercher des lieux plus calmes, moins stressants et où respirer n’est pas un danger pour la santé.
C’est suite à ce développement économique et social de la société de consommation contemporaine que le tourisme n’est plus une complémentarité mais un besoin essentiel et une pratique impérative. En plus, le développement du cadre de vie et des technologies a instauré un nouveau tourisme accessible à tous dont ce que l’on appelle « le tourisme familial » appelé « Khlaa » à la tunisienne.
Tourisme à la tunisienne
Le tunisien d’aujourd’hui ne conçoit plus de ne pas se donner le plaisir de vacances pendant sa période de repos estivale en général. Le besoin de se déplacer pour en profiter devient une habitude et un droit et chacun s’éloigne de sa région proportionnellement à ses moyens financiers. Mais quel est le type de tourisme familial à la tunisienne ? La réponse réside d’abord dans la définition de la notion de loisir chez le tunisien et dans la classification des priorités de ses préoccupations et de son attente.
Politiquement, l’Etat essaye par le moyen de grands investissements, d’installer dans la société tunisienne de nouveaux services touristiques dépassant le simple logement ou la balade et la baignade pour appuyer les activités culturelles et sportives. Mais, la réalité actuelle présente toujours et encore le tunisien flâneur, fêtard, bon vivant qui consomme et aime sortir seul ou en famille dans les lieux de consommation alimentaires essentiellement comme les cafés et les fast-foods.
Cette réalité n’est que la sédimentation de siècles de pratiques semblables dont un grand héritage de la société romaine antique connue par son amour des fêtes accompagnées du plaisir de manger et de « lézarder » paresseusement. Cet héritage d’un peuple méditerranéen s’est vu encouragé par la politique de l’Etat qui, pour des raisons sociales et économiques, établie le « tourisme interne » en Tunisie.
C’est ainsi que le phénomène social de « Khlaa », présent dans notre société depuis l’ère coloniale, se trouve amplifié et généralisé dans les différentes classes sociales et régions du pays à des degrés différents. Le visage de ce tourisme reste lié à la flânerie et à l’envahissement massif et bruyant des plages nuits comme jours et des cafés de tout genre. Pourtant quelques changements commencent à se faire sentir avec l’accroissement des visites des galeries d’art, des musées et des théâtres.
Ce phénomène de tourisme familial s’installe en s’accompagnant de l’ habitude : choix habituel des mêmes zones et régions selon des critères basés sur l’accessibilité et la popularité. Ce qui fait de certaines régions des icônes de ce tourisme comme La Marsa, Le Kram, La Goulette, Hammamet, Sousse, ou Djerba. Ce phénomène s’affiche selon une image représentative et presque unifiée des petites villes de « Khlaa ».
Tourisme familial et conséquences
Les conséquences en sont diverses et multiples sur différents plans. Au niveau économique, on note la flambée des prix de l’immobilier et du marché des loyers et des locations, avec la croissance des prix des produits de consommation du quotidien vital.
Au niveau urbain, on remarque facilement la transformation du visage des villes à destination de Khlaa avec la surdensité des lieux de loisir comme les plages, les cafés ou les esplanades et les embouteillages à longueur de journée. Le paysage environnant et urbain en est profondément bouleversé, surtout avec les taux de pollution qui s’accroissent et les poussées en champignon des studios et des appartements faits à la hâte et sans goût, pour location saisonnière.
Les conséquences touchent aussi le social positivement avec le dynamisme qui se crée dans les villes économiquement et culturellement mais aussi négativement vu que les limites morales des mœurs se relâchent en période de vacances et quelques interdits deviennent permis et parfois même souhaités et encouragés.
Bibliographie :
- SETHOM Hafedh, « Le tourisme en Tunisie », édition Cérès, Tunis, 1994. (texte arabe)
- BERGAOUI Mohamed, « Tourisme et voyage en Tunisie », imprimerie Simpact, Tunis, 1996.
- « Alhayet ethakafia » ; Dossier du numéro 182 sur le patrimoine, Avril 2007, p-p : 29-45. (texte arabe)
La banlieue Nord : exemple représentatif du phénomène
L’un des meilleurs exemples des cités balnéaires avec sa connotation de « bled khlaa » est la banlieue nord de Tunis qui soutient cette réputation depuis le début du XXème siècle et qui la maintient en présentant des manifestations de khlaa à des degrés différents et à travers des images diverses.

La plage de Salammbô

La plage du Kram

La plage de la Marsa
Le paysage se transforme avec le début de la saison estivale de khlaa, avec de nouvelles activités, de nouveaux équipements et une nouvelle population. Les plages désertes en hiver regorgent de vie nuit et jour.
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