MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 


Mouna ZERTI BENDIF
Maitre assistante, Département d’Architecture
Université Baji Mokhtar, Annaba, Algérie


Introduction

L’Algérie possède toutes les potentialités, naturelles, architecturales et culturelles ; pour figurer parmi les meilleurs destinations touristiques du bassin méditerranéen, cependant il reste beaucoup à faire pour amorcer le développement et atteindre le but souhaité. Particulièrement au sud, cette immensité territoriale doit être perçue comme l’espérance d’un demain meilleur.

La vallée du M’zab doit figurer en tête de liste des potentialités touristiques de la région de par son originalité exceptionnelle et sa spécificité architecturale, culturelle et ethnique. Malheureusement aujourd’hui son patrimoine (en son sens large) est exposé à la dégradation et l’abandon ce qui menace le développement et favorise le déclin de toute activité touristique. A notre avis, la sauvegarde de ce patrimoine riche et diversifié passe nécessairement par la relance et la promotion du tourisme dans le cadre du développement durable.

Le potentiel touristique de la vallée du M'zab

Qui peut nier son besoin au loisir et à la détente ? Qui ne souhaite pas voyager et visiter les quatre coins du monde ? Ce besoin au tourisme et au dépaysement a changé le monde, il a fait de cette activité un propulseur du développement très important pour plusieurs pays qui disposent de potentialités naturelles, architecturales et culturelles. L’Algérie n’en manque pas, elle a de quoi assurer et satisfaire le tourisme le plus exigent durant toute l’année ; malheureusement, l’absence d’une politique cohérente, la situation sécuritaire du pays et l’insuffisance d’une infrastructure d’accueil tant au point de vue qualitatif que quantitatif positionnent injustement notre Algérie bien loin derrière ses voisins immédiats.

L’économie de notre pays est basée essentiellement sur le pétrole, mais jusqu’à quand ? Le pactole pétrolier n’est il pas tarissable dans le temps ? Il est vrai que notre sud renferme sous son ERG et sous son REG d’énormes gisements de pétrole, de gaz et même de minerais rares ; mais il ne faut pas perdre de vue que notre sud possède aussi des Ksour, des palmeraies, des dunes et des paysages féeriques qui une fois réhabilité, mis en valeur peuvent constituer le déclic d’une relance économique (hors pétrole) sûre solide et durable.

L’ingéniosité humaine associée à l’aridité du lieu et le besoin de sécurité ont crée la vallée du M’Zab ; un établissement humain possédant un cachet spécifique et particulier modelé par le savoir faire des générations qui ont vécu. La vallée est donc un patrimoine hautement qualifié par ses valeurs sociales et sa qualité architecturale et urbaine. C’est le résultat parfait de l’adaptation de la forme au lieu, à savoir « LE KSAR ». Malheureusement les Ksour qui faisaient la fierté et le bonheur de leurs habitants d’hier sont menacés aujourd’hui de dégradation et d’abandon.

Quelles sont les causes de dégradation du patrimoine ksourien ?

Les causes sont multiples mais citons pour l’essentiel: Chaque Ksar disparaît sous un fond de poteau électrique comme une capture de toile d’araignée, des murs percés par de grandes ouvertures, l’installation des climatiseurs et des cheminées de chauffage modifiant complètement l’aspect extérieur ainsi que le microclimat des ruelles ombragées sans énumérer les réseaux d’assainissement à ciel ouvert et sans parler de l’intérieur des maisons qui est partiellement et parfois même complètement modifié avec le changement de mode de vie des habitants.

Etat du cadre bâti dans la vallée, dans le circuit touristique de la ville
© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

L’explosion démographique et urbaine due à la sédentarisation des nomades, l’exode des habitants des différents coins du pays en quête d’emploi, l’aspiration des habitants de la vallée au développement sur tous les plans et à la modernité sont les principaux facteurs du changement du mode de vie et par conséquent du mode d’habiter des mozabites qui ont commencé à adopter des comportements étrangers et non adapter à un environnement aussi fragile que l’oasis.


Les fils électriques envahissent tous les ksour de la vallée (Beni Izguen)
© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Tous les ksour de la pentapole sont étouffés par la rapide et anarchique extension dite « extra–muros », autrement dit tous les espaces inter-ksouriens qui dominent actuellement sont couverts par des constructions de différents usages dont l’inadaptation au lieu est remarquable et frappante et n’a rien de commun avec le cachet ancestral caractérisant les cités de Ghardaïa, Beni Isguen, Melika et Bounoura qui émergent, malgré tout, comme des entités ponctuelles.

Le délabrement résidentiel des ksour s’est accompagné par de profondes mutations dans la société, la stratification sociale a presque disparu, un abandon progressif des traditions et du mode de vie commence à se faire sentir, diminuant ainsi le sentiment de dépaysement et d’originalité tant recherché par le touriste.

Comment peut-on faire de ce patrimoine un facteur de développement tout en lui assurant la durabilité ?

La réponse passe par le tourisme (plus précisément le tourisme durable et l’écotourisme) qui constituent une entrée en devises fortes et une source de richesse non négligeable pour simultanément permettre la revalorisation de la vallée, la protection de son patrimoine (bâti, naturel et culturel) la sauvegarde de son identité et le maintien de l’équilibre de son écosystème fragile.

Afin de promouvoir le tourisme il faut aussi assurer un hébergement suffisant et de qualité, car actuellement l’insuffisance affichée de l’hôtellerie dans la vallée, constitue un sérieux handicap ; entre autres, réaliser de grandes infrastructures d’accueil n’est pas souhaité et rend contradictoire la notion de développement durable puisqu’elles sont génératrices de pollution et grandes consommatrices d’énergie, d’eau, etc.… une autre formule d’accueil doit être envisagée.

Les ksour une fois restaurés peuvent devenir des centres d’accueil des touristes, mais il faut noter que cela ne peut pas être le cas dans la vallée du M’zab puisqu’elle est habitée dans sa totalité d’une part et ses habitants refusent que le visiteur ou l’étranger passe la nuit au sein du ksar d’autre part.

Logement chez l'habitant à la palmeraie d’El Atteuf
© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

 

Cependant il existe un autre type d’hébergement qui n’est pas recensé par la direction du tourisme c’est la location chez le particulier, généralement se sont des maisons dans la palmeraie destinées à l’hébergement temporaire touristique, une initiative à encourager mais qui demande à être répertoriée par les organismes compétents afin que le prix de location demandé ne dépasse pas les limites raisonnables.


Logement chez l'habitant à la palmeraie d’El Atteuf
© Mouna ZERTI BENDIF, mai 2005

Enfin l’épanouissement ou le déclin du tourisme dépend essentiellement de l’état du patrimoine, du mode de vie de ses habitants ainsi que la prépondérance d’une infrastructure d’accueil adaptée.

Compte tenu de ce qui précède, les opérations de préservation et de réhabilitation des ksour sont très attendues et constituent une action salvatrice de grande importance non seulement pour la sauvegarde du patrimoine qui est en péril mais aussi pour l’intégration, de la vallée dans le processus du développement durable.


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- LANQUAR .Robert, 1985 sociologies du tourisme que sais-je ? Edition presse universitaire de France


 

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