MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 


Ghada CHERIF
Architecte Doctorante à l'ENAU

Depuis quelques années, on a commencé à parler du tourisme de santé et de soins. Qu’est ce qu’un tourisme de santé ? Quand peut-on parler de tourisme de soins et non de tourisme de santé ? Quels sont les besoins architecturaux pour chacun de ces deux types de tourisme ?

On entend par « tourisme de santé » un ensemble de services touristiques offerts pour une catégorie particulière de touristes qui choisissent un pays qui n’est pas le leur pour aller à la fois se soigner et se reposer. Ces touristes pour une raison ou l’ensemble des raisons suivantes viennent ce soigner en Tunisie :
1. La bonne qualité des soins médicaux en Tunisie.
2. Les longues listes d’attente pour avoir une intervention chirurgicale ou une simple consultation chez le médecin, dans leurs pays d’origine.
3. Le coût des soins en Tunisie y compris les frais d’hébergements et de transports est beaucoup moins cher que chez eux.

Suite au succès de cette catégorie de services, certaines agences de voyages se sont spécialisées dans ce type d’activités touristiques. Ces agences avaient au début le rôle d’organiser la venue et le départ de ces touristes. Ensuite, leurs activités se sont diversifiées et ont évoluées vers la préparation du programme du séjour du touriste depuis son arrivée, à la visite médicale chez le médecin, jusqu’à l’acte chirurgicale et son rétablissement.
L'acte chirurgical  

Pour ce touriste/patient, il ne suffisait alors plus d’avoir à louer la salle d’opération, le lit de réanimation postopératoire et la chambre de la clinique, il fallait aussi avoir une structure d’accueil qui va prendre en charge le patient pour son rétablissement, mais aussi prendre en charge les personnes saines qui l’accompagnent.

C’est alors que deux paramètres entrent en jeux : les paramètres culturels et économiques. Il est évident que chaque patient a des besoins médicaux particuliers indiscutables pour son rétablissement et sa rééducation. Un rétablissement dont les charges peuvent être financièrement plus ou moins lourdes suivant l’état de santé du patient ;

La réanimation  
mais aussi possible grâce à un état psychique propice qui est dicté par les paramètres culturels. En effet, certains patients ne pourront jamais se rétablir s’ils restent dans un cadre médical ; parce que ce cadre représente pour eux « la maladie et la mort » ; par contre d’autres se sentent en sécurité s’ils restent dans un cadre médical ou paramédical. La présence des familles de ces patients ou leur absence peut aussi jouer un rôle primordial pour leurs rétablissements.
Maison de convalescence  


Préparation des repas des patients

C’est ainsi que certaines structures hospitalières ont évolués au niveau de leurs architectures et services vers un aspect plus luxurieux et plus personnalisé. On arrive même à assimiler certaines cliniques tunisiennes à des structures hôtelières. Chaque chambre de ces cliniques est équipée par un condensateur d’air indépendant et a l’aspect d’une suite d’hôtel. En effet, nous pouvons identifier trois différents espaces constitutifs de cette « suite » : un espace de repos équipé de deux lits (un pour le malade et un autre par un accompagnateur), d’une télévision branchée sur différentes chaînes satellites, d’un petit salon pour les visiteurs (il peut être réduit à un simple divan ou deux chaises et une petite table basse) et d’une salle de bain bien équipée et d’une armoire dressing. Outre l’aspect de confort et de luxe que peuvent revêtir ces chambres de cliniques viennent s’ajouter la qualité du service médical (nombre de visite du cadre médical par patient et rapidité de la visite suite à un appel, l’aspect comportemental de ce cadre soignant, la propreté des lieux et des draps,…) mais aussi, la qualité culinaire de la nourriture présentée aux patients et aux membres accompagnants (des plats cuisinés par des traiteurs en sous-traitance avec la clinique et qui préparent des plats diététiques et savoureux).

Pour résumer la situation des cliniques tunisiennes, ce sont des hôtels spécialisés qui offrent des services de soins médicaux et n’ont rien à envier aux autres hôtels que la désignation des « étoiles de luxes ».


Façade d'une clinique tunisienne affichant un certain luxe hôtelier

En complément à ce tourisme de santé, vient le tourisme de soin. Contrairement à se premier, le tourisme de soin ne nécessite pas d’interventions lourdes et profondes mais des interventions légères et superficielles. On parle alors de cures de remise en forme de thalassothérapie et de thermalismes.

Le rythme accéléré de la vie quotidienne, le stress, la pollution et la fatigue, font que les gens sentent le besoin vital de se reposer, se ressourcer et se remettre en forme et surtout de se débarrasser de toutes les toxines accumulées au cours de l’année. Par ce fait leurs vacances doivent leurs apporter le maximum de confort mais aussi de bien-être par un apport naturel. En effet, suite à la multiplication des maladies respiratoires, cardiovasculaires et cancéreuses ; les hommes ont senti le besoins de rendre leurs vies plus saine, de s’occuper plus de leurs santés et de leurs bien-être en faisant des produits naturels leurs sources « énergisantes et revitalisantes ».
L’aspect naturel des soins thérapeutiques de la thalassothérapie et du thermalisme, ainsi que les sensations agréables de remise en forme qu’ils procurent ; sont à l’origine du développement du tourisme dit de « soins ». Les cures hydrauliques, à base de boues, d’algues et d’autres produits naturels, ne sont plus un phénomène traditionnel régional ou national, mais, il est devenu un phénomène international. Les centres de thalassothérapie et de thermalisme, ont été alors multipliés, développées et spécialisé pour faire en fin partie du système touristique Tunisien. Ce qui a fait de notre pays, l’une des destinations privilégiées pour ce type de tourisme.
Qu’est-ce que la thalassothérapie et qu’est-ce que le thermalisme ?
Quels sont les besoins spatiaux pour ce type de tourisme ?
Et quelle architecture en est la conséquence ?


Hammam de l’hôtel Didon à Tunis

Si nous cherchons à définir la thalassothérapie, nous pouvons dire que son principe est d’utiliser l’eau de la mer fraîchement pompée en plein mer et de la réchauffer à une température entre 34 et 36°C pour permettre le passage des ions dans l’organisme. Ces soins sont complétés par des bains de boues marines, des masques d’algues, du sable et d’autres substances extraites de la mer. Quant au thermalisme, qu’on appel aussi crénothérapie, son principe est d’utiliser pour des fins thérapeutiques les propriétés minérales des eaux douces pour guérir ou soulager des personnes souffrantes d’affections diverses comme les rhumatismes, certaines maladies dermatologiques, d’autres rénales, cardiovasculaires, respiratoires.


Une salle de soins de l'hôtel Hasdrubal à Djerba. L’espace est composé de quelques paillasses de massages, quelques basins à différentes profondeurs et un espace de repos et de détente.


Même si le thermalisme, l’utilisation de l’eau de mer, des boues, algues marines et autres êtres marins pour des fins thérapeutiques, font parti de notre culture ancestrale, la nouveauté réside dans les équipements et les structures d’accueils qui ont subi d’importantes mutations. Les structures d’accueil ont muté pour devenir des hôtels bien équipés du point de vue médicale (des médecins, des ergothérapeutes, des kinés,…) mais aussi, au niveau des équipements, des ambiances, des services,…
Même si certains de ces soins sont remboursés par la CNAM (la Caisse Nationale d’Assurance Maladie), ils sont pour la plus part considérés comme des soins de luxe.


Les bassins internes de l'hôtel Hasdrubal à Djerba: Il s’agit d’un spa composé de différents bassins à différentes profondeurs où le patient peut nager ou bien profiter des remous et des jets d’eau en position assise ou allongée.

De même, les centres de soins varient de point de vue des services offerts, le luxe et le type d’équipements (hôtel, centre de soins, clinique,…). En effet, certains centres de soins esthétiques offrent des soins à base d’algues, d’argiles, de sables, … mais leurs activités restent ponctuelles. L’espace requis pour ces différents usages sont réduits et limités à quelques cabines de massage, quelques douches et peut-être un mini hammam.

Quand aux hôtels de thalassos, leur architecture est plus complexe. Leur programme architectural comprend à la fois les espaces classiques constitutifs d’un hôtel quatre étoiles ou cinq, mais aussi d’un ensemble d’espaces qui correspondent aux différents usages et activités de soins. Dans le programme constitutif des espaces correspondants à ces dernières activités, on peut remarquer l’existence de différentes piscines et bassins à différentes températures et différentes constitutions minérales des eaux (eau douce, eaux de sources à différentes concentrations minérales, eau de mer,…). Dans ce même programme architectural, on peut trouver des hammams à différentes échelles et styles architecturaux (à l’image des thermes romains, à l’image des hammams tunisiens, marocains, orientaux ottomans,…), des sonnas, des salles et cabines de soins.


Une piscine interne de l'hôtel Hasdrubal à Djerba avec des jets d'eaux.


Dans ces différents espaces de soins, le paramètre « ambiance reposante et relaxante » prend de l’importance. Le but à atteindre devient celui de « déconnecter » le patient momentanément du monde réel vers un « Nirvâna » de sensations relaxantes. Ces cinq sens sont alors stimulés pour atteindre cette plénitude revitalisante.
La vision est chatoyée par l’ambiance lumineuse reposante, les couleurs et le décor de l’espace de soins et parfois, par le paysage sur lequel il peut ouvrir (un paysage montagneux, verdoyant, un paysage marin,…). Le choix du style architectural de ces différents espaces en association avec les ambiances olfactives adéquates, incite le client à faire un voyage mental vers des lieux et des époques exotiques et des souvenirs romantiques.
Les contacts tactiles avec les eaux à différentes températures et flux, ainsi que les différents massages (massages avec des huiles, des boues, des argiles, des pierres chaudes,…) relaxent les muscles et dénouent leurs tensions nerveuses. Le contact avec le marbre (chaud, froid ou tiède), la pierre, le bois et autres matériaux existants dans ces différents espaces, renvoient à des images mentales multiples qui participent au conditionnement du « bien-être » des usagers/touristes. Le sens gustatif peut alors être stimulé par le contact des lèvres avec de petites gouttelettes ou vapeurs d’eau ou bien par simple suggestion d’un goût par des parfums, des couleurs ou des textures (un goût minéral, végétal, doux, sucré,…).
L’architecture dans ces lieux n’y est plus dans ces lieux pour être fonctionnelle ou belle mais, pour faire voyager le touriste dans des mondes de rêves et de souvenirs.


Les piscines externes de l'hôtel Hasdrubal à Djerba

Or, ces équipements touristiques et en particuliers les centres de thalassothérapies laissent parfois des impacts néfastes sur l’écosystème environnant lors du pompage et rejet des eaux de la mer ou de la source, mais aussi lors de leur construction (destruction des récifs rocheux, de corail, les dunes de sables,…). Heureusement, les procédés techniques sont en perpétuelle évolution pour minimiser ces impacts.
Cette dernière réflexion nous pousse à réfléchir sur la qualité écologique des quelques centres de thalassothérapie tunisiens.
Quel est leur impact sur l’écosystème environnant ?
A quel degré écologique correspondent-ils ?
Sont-ils considérés comme des projets touristiques de soins réussis ?
Et enfin, que sera le devenir de l’architecture de tourisme de soins et de santé ?

 

 

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