MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 


Ghada CHERIF
Architecte Doctorante à l'ENAU

Même si le concept « écologique » nous parait si évident et si familier pour désigner un certain type d’architecture ou de produits, il nous est primordial de chercher sa signification et les circonstances de son apparition.


Pourquoi parler d’architecture écologique et non d’architecture vernaculaire ?
Qu’est ce qu’un tourisme écologique ?
Comment concilier architecture et tourisme écologique ?

Il faut reconnaître que pendant des siècles, l’Homme dit « Civilisé », n’a pas été clément avec son environnement naturel. La planète Terre représentait pour lui une source d’énergie et de ressources inépuisables et un gigantesque dépotoir « non polluable ».

Depuis quelques décennies, (à partir des années 1960) une élite intellectuelle et scientifique s’est caractérisée par sa prise de conscience de l’état future et inévitable de la planète et ses conséquences fâcheuses sur la survie des espèces marines et terrestres y compris l’Homme. Cette élite surnommée « The Green » (les verts) ou « The Ecologists » (les écologistes appelés parfois les écolos), ont adoptés une philosophie et une hygiène de vie caractérisées par le respect de la nature, le recyclage des déchets et de l’eau, l’utilisation des énergies propres et leur économie.
Malheureusement au début, cette élite était pour la plupart marginalisée et ridiculisée par les différents gouvernements et leurs suggestions très rarement pour ne pas dire jamais prises en considération.


C’est à partir des années 90, et suite à la rupture au niveau de la couche d’ozone, (causé par les gaz à effets de serres) et le réchauffement de la planète avec toutes les conséquences fâcheuses qui en découlent, que certains états ont pris conscience de l’état critique de notre planète. Une prise de conscience très tardive par ces états « industrialisés ».


Quoi qu’il en soit, cette prise de conscience à permis de relancer des études scientifiques sur la création des énergies propres, les meilleures méthodes pour minimiser les rejets de gaz à effets de serres et économiser et recycler les énergies dites propres et les déchets industriels et ménagers.
Lors de ces études, il y a eu une analyse des systèmes architecturaux dits « vernaculaires ». Ces derniers, ont toujours été efficaces pour faire face aux contraintes physiques de l’environnement naturel et répondre aux besoins culturels et sociaux des différentes communautés. Ces différentes analyses de ces différents systèmes architecturaux, étaient à l’origine de découvertes importantes dans différents domaines comme par exemple celui de l’énergie : les procédés pour réaliser une économie de l’énergie à l’aide d’une isolation thermique adéquate, l’utilisation maximale des éclairages naturels, les systèmes de climatisation et de chauffages naturels, la collecte et le recyclage de l’eau,… Ces dernières découvertes ont permis le développement de ces procédés pour pouvoir répondre aux besoins de nouvelles architectures contemporaines qui sont les résultantes de nouveaux besoins humains, sociaux, culturels et économiques.

C’est toujours dans cette atmosphère de prise de conscience écologique que les principes écologiques ont été propagés et améliorés dans différents domaines et aspects de la vie humaine y compris le tourisme. Même si le principe est vieux de plus qu’une trentaine d’années, les termes « écotourisme » ou « tourisme écologique » sont récents.
« La définition qu’en donne la TIES (Société Internationale de l’Écotourisme) date de 1991: « L’écotourisme est un voyage responsable dans des environnements naturels où les ressources et le bien-être des populations sont préservés ». » [http://fr.wikipedia.org]
Pour parler d’un « tourisme écologique » deux paramètres sont primordiaux :
- Un comportement écologique des touristes (un écotourisme)
- L’existence d’une structure planifiée et adéquate

Ainsi, chez chaque station touristique écologique que ce soit un hôtel, une auberge, une maison d’hôtes, un camping-car, … les règles du comportement écologique du touriste sont rigoureusement enseignées. Pendant leurs séjours, les touristes déjà initiés, ne font qu’appliquer les principes de leurs vies quotidiennes. Quand aux touristes non initiés, ces vacances sont pour eux des séjours d’initiation à un mode de vie plus sain et plus respectueux de la nature. Cette activité touristique représente pour ces derniers une intervention ponctuelle pour la sauvegarde de notre planète et un apprentissage interactif pour une meilleure hygiène de vie.


Et pour que le tourisme soit écologique, il faut qu’il y est les critères suivants :
- Une économie de l’eau
- Un recyclage de l’eau
- Une économie des énergies
- Utiliser des énergies propres et renouvelables
- Recycler les déchets.
- Laisser le moins d’impacts possibles sur l’environnement naturel.

Des règles et des critères auxquels les structures d’accueil touristiques doivent obéir à la fois par leurs architectures et par leurs équipements.

Ces structures d’accueil doivent à la fois avoir les équipements ergonomiques nécessaires pour la réalisation du confort touristique, mais qu’ils soient aussi conformes aux critères écologiques.

Ainsi, pour l’économie de l’eau, les différents robinets sont équipés d’un système de détection de mouvement et de contrôle du débit avec fermeture automatique (les salles de bains, les salles d’eaux, …) ou d’un module permettant l’économie de l’eau pour le rinçage tout en gardant l’efficacité d’un jet d’eau (pour les cuisines, les douches, …) Cette eau utilisée pour le rinçage et l’arrosage est en grande partie l’eau recyclée des pluies ou avec plus de traitement celle de la mer. Cette eau est encore recyclée pour d’autres usages.

LOW-FLOW PRE-RINSE SPRAY VALVE KITCHEN AERATOR WITH TOGGLE

Pour l’économie d'énergie, outre le comportement responsable des touristes « écologistes », les différents espaces internes sont équipés pour l’éclairage de lampes économiques (négaWatt) ainsi que d’un système de détection des mouvements pour l’ouverture et la fermeture des lumières et d’un système de réglage automatique de l’intensité des lumières suivant les besoins en éclairage dans les différents espaces et par rapport à la lumière naturelle existante. La configuration architecturale des différents espaces et leurs orientations ainsi que la nature des matériaux utilisés, participent aussi à la réalisation d’une économie d’énergie au niveau de l’éclairage mais aussi, thermique (chauffage et climatisation naturels).

Energie éolienne
Energie hydraulique
Energie Géothermique


Grâce aux évolutions technologiques au niveau des énergies propres, la palette des procédés de production de ces dernières s’est agrandie. Nous pouvons alors parler d’énergie solaire, énergie éolienne, énergies hydrauliques, d’énergies géothermiques,… Les systèmes de chauffage et de climatisation sont devenus de plus en plus économiques pour un meilleur confort. L’utilisation de matériaux recyclables et biodégradables deviennent des critères indispensables pour la réalisation d’une architecture écologique et fait partie de ses spécificités. (Le principe de minimiser l’impact sur l’environnement).


Un futur hôtel vert en Chine

Il s’est avéré que ce type de tourisme, n’est pas seulement un tourisme dit « responsable », mais il est aussi économique à longs termes. Une motivation suffisante qui a permis à certaines chaînes touristiques d’investir dans ce type de tourisme. Le résultat est un ensemble d’équipements touristiques qui obéissent à la fois à des critères internationaux touristiques mais aussi écologiques. On parle alors non plus d’hôtels à une étoile (*), deux, trois et plus, mais d’hôtels à « Green star » [http://www.greenstarhotels.com]

Pourtant, la répartition géographique de ces hôtels dans le monde reste inégale. En effet, d’après l’association internationale des « Green hotels », il existe 441 hôtels membres aux USA et seulement 17 en Europe.


Green hotel "Atlas Kasbah" au Maroc

Malheureusement, pour l’instant un seul hôtel Tunisien est considéré comme un « Green Hotel » (« The Russelior » Hammamet-Sud). Dans l’espérance que ceci va évoluer dans les années à venir.

diversité biogéographique

Ceci n’empêche pas que la Tunisie est l’une des destinations privilégiées du tourisme écologique. En effet, du Nord au Sud du pays, des parcs nationaux et de nombreuses réserves naturelles sont devenus des lieux de pèlerinage pour les touristes adeptes du tourisme écologique.

Des circuits équestres et pédestres sont financés par l'Office National du Tourisme Tunisien et la Fédération Tunisienne de l'Hôtellerie. Et vu les atouts de la Tunisie (une biodiversité géographique, de la faune et de la flore, un paysages naturels enchanteurs, une douceur du climat, une richesse du patrimoine archéologique...) cette opération a abouti à l'élaboration d'un nouveau produit permettant de diversifier l'offre touristique et de toucher une nouvelle clientèle.

Biodiversité de la faune et de la flore


Nous nous interrogeons alors, sur le devenir du tourisme tunisien. Quel est le devenir des séries d’hôtels inadéquats aux critères des « hôtels verts » déjà existants ? Comment développer ce tourisme écologique pour en faire des projets d’investissement? Quels procédés faut-il suivre pour la restructuration et la réadaptation des équipements touristiques?

 

 

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