DAR
CHERIF, Un essai d'analyse Ghada CHERIF et Nawal BENHSAIN, architectes 
Situation
: C'est la plus grande demeure située à la rue Sidi Maouïa.
Cette ruelle tournant à l'angle droit, débouche d'un côté
sur la rue Achour et de l'autre sur rue El-Monastiri. Cette demeure à
proximité de la madrassa voisine (construite aux alentours de 1159 de l'Hégire
/ 1746-1747 par Ali Pacha), on y est séparée par la rue Achour et
à proximité de la mosquée de Sidi Mehrez. 
Configurations de la demeure :
Entrée : Elle a l'aspect
moderne en particulier Italien du début du XXème siècle.
Elle est composée d'une driba et de deux skifas qui conduisent à
la cour intérieure. La cour intérieure : Elle est à
la fois représentative de la cour traditionnelle des demeures tunisienne
et une copie des patios italiens.
Les appartements : Rez-de-chaussée
: A l'exception du salon européanisé qui donne sur le premier
portique, les trois autres chambres - appartements, on a gardé la traditionnelle
morphologie, en y conservant la disposition en T. Etage : " L'étage
possède comme le rez-de-chaussée, une salle d'apparat plus spacieuse
et mieux décorée que les autres, bît bel-kbü ü mkäser,
dans laquelle les panneaux de faïence tunisoise et les frises de stuc servent
également de cadre à un mobilier étincelant de dorures glaces
verrerie. " " De même s'est-on enhardi à une certaine excentricité
dans la forme de l'ornementation des plafonds de bois peint : plat et parsemé
d'étoiles sur fond bleu dans la salle longue, disposé en ombrelle
(skef-sahaba) ornée de motifs italianisants au-dessus du kbü. "
(3). Communs : Au-delà de l'habitation des maîtres se trouve
celle des domestiques donnant sur la courette barreaudée de la dwiriya.
Celle-ci dispose de bït al-müna, des cuisines et d'un hammam (pour les
maîtres de la maison.). 1- Cette famille CHERIF n'a pas de liens de
parenté prouvés avec les autres familles CHERIF de Tunis et de Tunisie
qui ont des origines arabo-andalouses. Le nom CHERIF chez les turques est un nom
de noblesse donné aux familles qui comportes de grands Imams et n'explique
pas forcément la descendance de la ligner du prophète Mahomet. 2-
Informations extraites du livre de J REVAULT " PALAIS ET DEMEURES DE TUNIS
". 3- Citation de J REVAULT extraite de son livre " PALAIS ET DEMEURES
DE TUNIS ". Méthodologie : Description poétique
(subjective) C'est une description qui rend compte des premières
impressions qu'on peut avoir dès la première confrontation avec
un espace donnée.
Description objective C'est la description
des lieux, la plus objective et la plus fidèle de la réalité
des lieux. Cette description tient compte des configurations de l'espace à
décrire de leur position dans l'entité qu'on analyse (maison d'apparat),
ainsi que leur position par rapport aux autres conformations (les différentes
unités) de la même entité. Cette description regroupe
toutes les unités de l'entité qu'on a choisis pour analyser (Entité
2: Maison d'apparat), à savoir : o La cour o Le Bit 1 o Le Bit
2 o Le Bit 3 o Le Bit 4
Identification des articulations C'est
l'identification de l'ensemble des articulations de l'entité à analyser.
Cette identification donnera un premier aperçu sur les différents
modes d'articulation qu'on peut avoir au sein d'une même entité.
Analyse des articulations L'analyse de l'ensemble des articulations
sera établit pour rendre compte des différentes oppositions homologues
tel que : intérieur / extérieur ; espace homme/ espace femme ; espace
privé / espace publique ; clair/ obscure ; cette analyse sera le résultat
de l'usage des espaces, de leur conformation et configuration spatiale (Ambiance
lumineuse, qualité physique de l'espace) .
Le modèle
de Dar Chérif: un système de manifestation L'établissement
du système de manifestation, va nous rendre compte des différents
effets de sens, liéaux références du modèle lors de
son élaboration comme système de représentation et d'expression.
Ce modèle sera élaboré par rapport aux écrits de U.
Eco de son ouvrage " Le signe ".
Structure du modèle
de Dar Chérif L'établissement de la structure du modèle
sera élaboré par rapport à notre connaissance des maisons
Tunisoises en référence aux travaux de J. REVAULT, et par rapport
aux travaux de M. DHOUIB.
Identification de la prégnance prédominante C'est
l'étape synthétique, où on va essayé d'expliquer par
rapport aux remarques qu'on a relevé lors de toutes les étapes précédentes
, le Comment de Dar Chérif :" La maison Dar Chérif :Un complexe
harmonieux d'une architecture traditionnelle et moderne à la fois "
. La conclusion sera tirée de l'analyse des différentes articulations
pour expliquer toutes les descriptions de Dar Chérif. Description
poétique (subjective) Dès l'entrée, on remarque que
la grande porte de cette maison ne ressemble pas aux portes qu'on a l'habitude
de voir dans la médina de Tunis : où sont ces belles portes peintes
jaune bleu marron avec les clous noires qui marquent dans leurs constellations
le savoir faire du géni humain? cette maison n'est peut être pas
aussi belle et aussi grande qu'on le prétend. Mais non c'est peut être
un autre registre de maisons, toutes les ouvertures qui donnent sur l'extérieur
sont très grandes pour une architecture introvertie. Il vaut peut être
mieux entrer pour juger et puis si le chemin se construit en marchant, comment
le montrer avant d'avoir marché ? Noyé dans l'ombre des skifas,
on imagine le pire au bout de cette obscurité. Mais voilà qu'une
lumière nous ébloui et comme transporté on se retrouve dans
un autre monde, un monde où la beauté, la majesté, l'authenticité
et l'originalité se conjuguent pour donner l'une des plus belles demeure
de Tunis. Face à tant de beauté, on n'a perdu notre sens de l'identification,
un sens si cher aux architectes, et on s'accordait tous pour dire que c'est une
maison riche par tous ses empreints et toutes ses mutations à travers le
temps. Les uns disent : c'est une demeure Tunisoise qui respecte les traditions
ancestrales de l'architecture arabo-musulmane, il vous suffit de voir la cour
et les chambres en T pour vous rendre compte de cette évidence, il y a
aussi les cadrages des portes et des fenêtres. Les autres disent : non cette
demeure ressemble aux palais d'Italie, regardez c'est un patio Italien si ça
se trouve il y avait des statuettes ici devant ces colonnes sur ces socles, et
regardez ces faïences c'est Italien à n'en pas douter. D'autres disent
: c'est peut être une demeure qui était à la base traditionnelle
et qui à force de transformer d'additionner et de soustraire, ses propriétaires
ont fait d'elle une sorte de " maison Hybride " vous savez comme les
êtres mythiques moitié homme moitié cheval ; c'est une maison
magique et envoûtante. Malgré le côté pittoresque de
cette dernière proposition, on s'est tous lancé pour explorer la
maison afin de découvrir ses secrets cachés. Les chambres en
T au nombre de trois offrent le goût le plus prononcé du raffinement,
la mixture la plus équilibrée de dorures de couleurs et de motifs.
Ces espaces sentent l'odeur de la richesse. On peut facilement imaginer de belles
femmes, à l'image des peintures orientalistes, rondes et à la fois
raffinée, se pavaner dans les chambres, se regarder dans de beaux miroirs
grands et scintillants, se rouler dans des tissus de sois et de velours. On pourrait
même entendre leurs rires, groupées pour boire du thé ou du
café turc dans le Kbou de la chambre de droite (bit 2) ; on pourrait sentir
leur gène et écouter leurs voix étouffées quand le
chef spirituel de la famille (le père) reçoit ces invitées
dans la belle chambre d'en face ( Bit El Kabîr Bit 3), " mais pourquoi
ne reçoit-il pas ses invités en haut ou alors dans la chambre occidentale
( Bit 4) au lieu de nous importuner et de nous gêner de cette manière
? Oh les hommes, on ne sait jamais à quoi s'en tenir avec eux" disait
l'une d'entre elles. Que voit-on, c'est une autre femme qui veut sortir. Les femmes
avaient-elles le droit de sortir aussi fréquemment autre fois ? Apparemment
oui. Celle-ci se faufile directement par une porte de sortie qui donne sur le
jardin arrière de la maison. Ce qu'elles peuvent être rusées
les femmes ! Et ce petit garçon qui pleure, il veut sûrement dormir
: on peut dormir dans les chambres en T (bit hajem) sur les grands lits (frouchet)
à l'abri de la lumière de la cour du dehors. Dans la Douirya
la trace des servantes, qui ont sué pour bien servir leurs maîtres,
est ressenti à travers les murs en pierres réfractaires et les noirceurs
des fumés. Ces murs S'il pouvaient parler, ils pourraient nous dire combien
de nuits les domestiques ont veillées pour préparer les fêtes
grandioses. Mais que voit-on ici, un talisman enfoui dans le mur du hammam ! Il
faut dire qu'avant, on avait très peur des mauvais esprits surtout dans
les hammams. A l'étage, on découvre une autre ambiance comme
si on avait voyagé dans la machine à remonter le temps pour découvrir
des chambres, tel qu'on les connaît maintenant. Il y a même des journaux
des années quarante qui marquent le passage récent des occupants
de la maison. Une porte magique qui trompe l'il, c'est par là que
cet homme vient de sortir. C'est une réunion secrète. Tous ces hommes
sont regroupés pour discuter de l'avenir de la nation. Envahis par
un sentiment de peur, on a préféré descendre pour ne pas
tourmenter les esprits du passé. Un passé prestigieux qui fait rêver,
qui nous envoûte et qui nous démontre une fois de plus le géni
humain de l'architecture d'autant. Cette maison n'est peut être pas un être
hybride mais c'est une créature tout aussi magique. Cette maison ressemble
à un Félix qui renaît de ces cendres pour nous faire part
d'une leçon d'architecture. 
Description
objective: La Cour Il s'agit d'un patio de forme quadrupède,
orienté Nord-est / Sud-ouest. On rentre par la skifa2 au patio sous
le premier portique, c'est-à-dire par le coté Nord-Est. On se
trouve alors à l'intérieur d'une cour dont les murs se couvrent,
sur son premier niveau, par de la faïence verte à deux plages de motifs
différents, séparées par une frise : -Le premier motif
très dense est de couleur vert Kaki ; présente des arabesques sous
forme d'octogone. Ces faïences carrées sont disposées par rapport
à la diagonale. Et s'arrêtent au niveau supérieur des cadres
des ouvertures en marbre rose. (fig.2) -Une frise de faïence limitée
par deux bandes (lignes) horizontales de couleur noire brillantes séparant
ainsi les deux plages de faïence vertes. La partie centrale de la frise est
composée de carreaux de faïence de couleurs plus claires de jaune,
rose et bleue (couleur dominante est le bleue) disposés cote à cote
en ligne parallèlement aux deux bandes noires. (fig.2)
 fig.2 -La
deuxième plage de faïence disposée comme la première
à la diagonale présente des motifs plus grands de formes carrées
évidés à l'intérieur. Les couleurs sombres de ces
motifs (bleu noir et vert bouteille) sur un fond blanc sale, donne à l'ensemble
une nuance verte. (fig.2) Le patio présente à son rez-de-chaussée
deux portiques symétriquement opposés. À l'étage une
galerie protégée par un moucharabieh jadis bleu en bois et supporté
par des fausses colonnes de bois. Une petite corniche décorative marque
la séparation entre les deux niveaux de la cour. Le parterre de la cour
est dallé en carreaux de marbre blanc de 50 cm de coté et disposés
en biais par rapport aux façades de la cour. Chaque portique est constitué
de deux colonnes soutenant les trois arcs en plein cintre.

Les colonnes blanches présentent des fûts lisses sur des bases
carrées basses (fig.3).

Les
chapiteaux de ces colonnes présente un anneau qui joue le rôle de
transition avec le fût. Sur cet anneau, on trouve un cylindre lisse décoré
par quatre rosasses centrées marquant les quatre points cardinaux de ce
dernier. Au dessus de ce dernier, on trouve une couronne au dessus de laquelle
se trouve la base carrée d'appui de la naissance des arcs supportés
par la colonne, présentant un croissant orienté vers le haut symbolisant
l'appartenance à la religion musulmane. (fig.4) Ce qui persiste de la
façade de la galerie, donne au patio un aspect européanisé
par sa décoration et ses motifs. En effet, elle présente des fausses
colonnes à rainures dans le prolongement des axes de celles du rez-de-chaussée.
Entre chaque deux colonnes de bois, on trouve deux petites fausses colonnades
du même matériau qui soutiennent elles aussi le cadre de bois. Ce
rythme, crée constitue le module des quatre façades de la galerie
du patio. (fig.5) La hauteur du cadre de bois présente trois modules
superposés différents : -Le premier module présente un
cadre carré constitué par la superposition de deux surfaces carrées
de tailles différentes. Le dernier carré est soit positionné
en présentant ses cotés parallèlement au deuxième,
soit en biais. Le deuxième carré est présenté dans
le premier cas en surface biaisé des quatre cotés, soit dans le
deuxième cas en surface carrée plate. L'alternance de ces deux motifs
constitue une frise interrompue de temps à autre par des cadres rectangulaires
au dessous de chaque fausse colonne représentant vases qu'on retrouve dans
les cadres de marbre des portes et fenêtres. (fig.6) -Le deuxième
module présente un cadre de moucharabieh. (fig.5)  -Le
troisième module est un cadre carré d'une verrière bleu composée
d'un grand carré de verre bleu cyan central et de quatre petit carrés
aux quatre angles du grand cadre d'un bleu-roi. Entre ces carrés de verre
se trouvent quatre rectangles de la même couleur de la longueur du coté
du grand carré et de largeur égale au coté du petit carré.
(fig.5) Ces deux derniers modules sont alternés suivant l'orientation
de la façade. Tantôt le cadre de moucharabieh se trouve au deuxième
niveau du cadre tantôt en haut. (fig.5 et 7)

Les façades en bois de la galerie sont protégés par des
plaques de zinc inclinés vers le centre du patio. Vieillies ces plaques
accentues la couleur bleue. Sur chacune des façades du patio, on constate
l'existence de quatre cadres de marbres présentant des motifs identiques.
Chaque deux façades opposées sont presque symétriques. Ainsi,
la façade de l'entrée qui est la plus courte présente deux
cadres de portes, celui de l'entrée et celui du Bit 4, et deux autres cadres
identiques de sa fenêtre et du puit. (fig. 7') Sur la façade
ouest, nous avons deux cadres de fenêtre du Bit 1 et la porte qui se trouve
au milieu. Au bout de la façade se trouve la porte d'entrée de la
douirya. Sur la façade sud à l'endroit où se trouvait
l'entrée du patio dans la façade opposée, on a une fenêtre
symétrique à celle de la Bit 3. La porte de cet appartement est
située dans l'axe de l'arc central du portique. Sur la façade
de l'entrée et à sa gauche se trouve une grande pièce presque
carrée qu'on va appeler Bit4. Du coté est du patio se trouve
un bit en forme de T très luxueux par ses décorations et donnant
accès par l'une de ses maksoura sur le jardin.

À
l'angle Sud-est du patio se trouve l'accès à l'étage et au
jardin par une porte en bois bleue à double battant (fig.8). Face à
cette porte sur l'autre coté du patio, on trouve une porte identique qui
mène à la maison de service " La douirya " (dwirya). (fig.9)
Face à l'entrée et au sud du patio se trouve le deuxième
appartement de la maison (Bit3) par lequel on peut accéder au hammam, ou
à un étage privé. Une partie de cet appartement a une vue
sur le jardin de la demeure. A l'ouest du patio et à droite de son entrée,
se trouve un troisième appartement plus modeste que les deux précédents
par ses configurations spatiales et son décor (Bit 1). * Bit 1 Du
coté Ouest du patio, se trouve le Bit 1 en forme de T. Typiquement
traditionnel, ce Bit présente une configuration spatiale simple composée
de : § Un Oust el bit éclairé par la porte du Bit ouverte
et par une lucarne ou dessus camouflé par un motif de naksh-hadida. A partir
du patio on perçoit le vitrail rouge et bleu qui la décore. Des
solives en bois peint et décoré de motifs floraux et de dorures
constituent la couverture du plafond de la partie longitudinale du bit. §
Un Kbü, présentant un espace central par rapport à l'axe de
la porte, à forme carrée, était couvert apparemment par une
coupole qui n'existe plus. Les murs sont couvets d'une faïence bleue et jaune
du type arabo-andalou jusqu'au niveau de la limite supérieure des cadres
des portes. Une naksh-hadida vient alors couvrir ces murs jusqu'au plafond.

§ Deux espaces
latéraux en alcôve rappellent par leur disposition les bits hajem
mais sont trop petit pour l'être. La trace d'un arc sur chacun des murs
latéraux de la pièce, laisse supposer que ces bits hajem étaient
plus profonds. De anciens cadres décoratifs de bois, qu'on trouve généralement
dans les bits hajem sont encastrés dans ces murs. Ces derniers sont tout
simplement peints à la chaux blanche.
 §
Une maksoura dont l'entrée se trouve sur le coté gauche du bit.
Il s'agit d'une pièce à toiture plate présentant un carrelage
italien et des murs blancs. Une large fenêtre haute se trouve au milieu
de la pièce et ouvre sur la placette. Une deuxième porte de bois
à double battant identique à la première, ouvre sur une petite
pièce couverte de faïence et ouvre sur la douirya. § Sur la
droite, on trouve une deuxième porte verte en bois à deux battants,
identique aux deux autres et présentant quatre grands panneaux et deux
petits sur chaque coté (fig. 12). Un de ces cadres détruit laisse
percevoir un mur de brique obstruant l'accès à la cave du majen.
Le cadre de marbre de cette porte comme celui de la maksoura présente trois
croissant sculptés orientés vers le haut : un symbole d'appartenance
à la religion musulmane.
* Bit 2 C'est un Bit en forme de T " bel-kbü ü
mkaser " dont revetrements muraux sont de type " hispano magrébin
".
 Situé
sur le coté Nord-est du patio, il bénéficie d'une orientation
Sud-ouest (gharbya). Ses conformations spatiales sont traditionnelles sauf pour
une pièce. En effet ce bit comprend : § Un oust el bit éclairé
par deux grandes fenêtres qui ouvrent sur le patio (oust dar) et par sa
porte d'entrée lorsqu'elle est ouverte. Une petite lucarne semblable à
celle du bit 1 est camouflée de la même manière par une naksh-hadida.
Une belle faïence du style andalou présente des motifs bleus, jaunes
et verts sur un fond blanc( fig. 13), disposée par rapport à sa
diagonale, couvre les murs du bit jusqu'au niveau du naksh-hadida. Un joli plafond
composé de solives de bois peint de vert et de dorures avec des motifs
floraux couvre la partie longitudinale du bit (fig.14).

§ Un Kbü parfaitement rectangulaire, dont les murs sont couverts
de faïence et de moquarnas. Une belle étagère de bois de couleur
verte (fig.15) faisait la transition entre la faïence et les moquarnas.

Un revêtement en bois fait transition entre les moquarnas et le plafond
octogonal (fig. 16) en bois (en caisson : " une pseudo coupole ") ,
au milieu duquel suspendait autrefois un lustre (fig. 17).

Le
décor de ce plafond présente des dorures et des motifs floraux bleu
cyan et rouge bordeaux sans faire pour autant dans le figuratif. Deux petites
colonnes avec le même motif de croissant(fig.15), à la mi-hauteur
encastrés dans le mur, indiquent l'entrée vers un espace d'apparat.

§ Bit hajem
situé à l'extrémité sud du bit, présente un
décor riche. Sous un rideau en arc de naksh-hadida on trouve un joli cadre
doré sculpté. Le mur latéral de ce bit hajem contrairement
au précédent est couvert de la même faïence que les autres
murs (fig.18).

§
Maksoura1 dont l'entrée se trouve sur le coté gauche du bit face
à sa porte (entrée du bit) ne présente aucune fenêtre
ou autre système d'aération. Les murs sont couverts par une faïence
apparemment bien ultérieure à sa construction (faïence récente
de couleur blanche). Le dallage quant à lui représente des motifs
italiens qu'on retrouve dans d'autres espaces de la demeure. Une porte dérobée
au fond ouvre sur la maksoura 1'. § Maksoura 1' est une pièce typiquement
européenne par son articulation avec son bow-window à travers sa
grande fenêtre. Son plafond laisse paraître ce qui reste d'un faut
plafond construit à l'ancienne manière italienne. Une grande porte
à deux battants assure la liaison de cet espace avec le Bit2. On se trouve
alors dans le bit hajem2. § Bit hajem2 n'est plus un lieu de repos où
on a d'habitude les grands lits, mais il est ici un espace tampon entre la maksoura
1' et le oust el bit (fig.18)

§
Maksoura2 est une très petite pièce sans aucune ornementation, qui
ouvre par une petite porte sur le jardin. Cette maksoura se trouve à deux
marches au dessous du jardin. Son plafond présente une voûte croisée
de couleur verte avec une clef de voûte (fig. 19).
 *
Bit 3 Face à l'entrée et au sud du patio se trouve le troisième
appartement de la maison (Bit3).Cette chambre est orienté Nord-Est, elle
devient ainsi bit keblia. On pouvait accéder au puits du majen par
l'intérieur de la pièce. Malheureusement nous n'avons aucune indication
sur le type d'ouverture qui y faussait tampon. Sa conformation spatiale est
constituée de : § Oust el bit éclairé par deux grandes
fenêtres et l'ouverture du puits du majen qui ouvrent sur le patio ainsi
que par la porte d'entrée lorsqu'elle est ouverte. Une petite lucarne semblable
à celles du bit 1 et bit 2 et camouflée de la même manière
par une naksh-hadida. Une frise de naksh-hadida présentait une calligraphie
sur un font coloré en bleu (fig.20). Une belle faïence du style andalou
présente des motifs bleus sur un fond blanc, disposée par rapport
à sa diagonale, couvre les murs du bit jusqu'au niveau du naksh-hadida.
Un plafond composé de solives de bois peint de vert et de dorures avec
des motifs floraux couvre la partie longitudinale du bit.

§
Un Kbü parfaitement rectangulaire, dont les murs sont couverts de faïence
et de naksh-hadida. Un revêtement en bois fait transition entre la naksha
et le plafond octogonal en bois (fig.21), au milieu duquel suspendait autrefois
un lustre. Le décor de ce plafond présente des dorures et des motifs
floraux bleu cyan et rouge bordeaux sans faire pour autant dans le figuratif.

§ Bit
hajem1 situé à l'extrémité ouest du bit Sous un arc
de naksh-hadida on trouve un cadre doré sculpté. Le mur latéral
de ce bit hajem peint en blanc ne présente aucun ornement (fig.22). §
Maksoura1 dont l'entrée se trouve sur le coté gauche du bit, présente
des murs peints en vert pastelle. Le dallage quant à lui représente
des motifs italiens qu'on retrouve dans d'autres espaces de la demeure. Une deuxième
porte face à la première ouvre sur la maksoura 1'. § Maksoura
1' : c'est la pièce où se trouve la cage d'escalier qui mène
à l'étage privé. Ces escaliers par la manière dont
ils sont construits et par l'ambiance lumineuse a l'aspect d'une cage d'escalier
d'un immeuble de style colonial. En effet, les murs dénudés présentent
des briques qui rappel par leurs organisation et la nature des matériaux,
les techniques occidentales. § Bit hajem2 est un espace tampon entre
la maksoura2 et le oust el bit. Malheureusement, il n'existe plus grand-chose
de la toiture à ce niveau ni même du cadre de ce bit hajem. Une porte
à deux battant identique aux autres portes de ce bit ouvre sur une autre
pièce, la maksoura2.
 §
Maksoura2 est une pièce rectangulaire très lumineuse ( fig.23).
En effet, les deux grandes fenêtres qui ouvrent sur le jardin, permettent
à la lumière du matin d'inonder la pièce. Même si la
faïence présente des motifs hispano-magrébin semblable à
celui du oust el bit, la morphologie de la pièce, son carrelage et son
faux plafond italien renvoient au registre occidentale. Une porte à deux
battant au fond de la pièce mène à la maksoura2' §
maksoura2' c'est une petite pièce éclairée par une grande
fenêtre identique aux deux précédentes. Son carrelage et sa
faïence sont semblables à ceux de la maksoura2. § Maksoura3
est l'espace tampon entre oust el bit et le hammam. Sa porte à double battant,
identique aux autres portes du bit se trouve a mi-chemin entre le bit hajem1 et
le kbü.
§ Bit 4 Cette pièce carrée
présente tous les aspects d'un salon européanisé. Son faux-plafond
en stuc blanc est construit à la méthode italienne (fig.24). Simple
et lisse ce faux plafond finit par une corniche lisse et sans motifs au niveau
des arêtes entre le plafond et les murs. A son milieu se trouve une rosasse
de laquelle suspendait probablement un lustre. Son carrelage aussi italien,
rappelait par ses motifs celui qu'on trouvait généralement dans
les immeubles coloniaux des années quarante cinq / cinquante. Les deux
seules ouvertures de cet espace sont la porte de bois à deux battants et
la fenêtre. Les murs sont peints d'une couleur verte pastelle (qui donne
sur le pistache) et les plinthes sont à motifs semblables à ceux
du carrelage, sûrement de la même époque. - Identification
des articulations Patio / Entrée § Patio / Bit 1 §
Patio / Bit 2 § Patio / Bit 3 § Patio / Bit 4 § Patio
/ jardin § Patio / Etage § Bit 1 / Dwiriya § Bit 2 / Makassers
/ Jardin § Bit 3 / Makassers / Hammam § Bit 3 / Makassers / Etage
- Analyse des articulations Facteur lumière
: - Dualité : Privé/ Public, intime /non intime Planche
1 : Articulations : Cour /Chambres La cour est l'espace ouvert, c'est l'image
du public dans le privé. C'est espace en plus de sa fonction d'usage est
la source primaire de la lumière et de l'air. Toutes ses potentialités
physiques du facteur ambiance sont transmises aux espaces qui se regroupent tout
autour. Les chambres, du RDC, qui sont fermés de l'extérieur reçoivent
par l'intermédiaire des baies (portes ou fenêtres) toute l'énergie
transmise. Cependant par les écarts d'ambiance entre cour et chambres,
les usagers des chambres peuvent voir ce qui se passe dans la cour sans être
vu. Ainsi se résout le problème de vis à vis et chaque chambre
garde son intimité par rapport au tout. A l'intérieur des chambres
par la hiérarchie des ambiances lumineuses (du plus clair au plus obscure),
s'établit un rapport entre lumière et usage : les espaces les plus
clair sont réservés aux activités du jour (le Kbou et l'espace
qui le précède) tel que la réception le regroupement et les
différentes activités " propres " ; les espaces obscures
intimes sont réservés pour les activités de nuit les frouchett
(dormir
.). Cependant avec la multitude des makasser on ne sait pas l'usage
exacte des sous espaces des Bits, notamment Bit 3 avec l'ouverture du Bit Hajem
de gauche pour accéder à la Maksoura 2 (voir planche 3) et du Bit
Hajem gauche du Bit 2 pour accéder à la Maksoua 1' (voir planche
4). Facteur orientation : v
Dualité : Féminin/ Masculin, Intérieur/ Extérieur
Planche
2 : Articulations : Bit 3 /Makasser Planche 3 : Articulations : Bit 2 /Makasser
Par rapport à l'orientation le Bit el kébir correspond au Bit
3 orienté Nord-est kebla: c'est la chambre du maître de la maison,
l'espace masculin. Cette chambre permet l'accès à un étage
supérieur qui pourrait être le compartiment du maître de la
maison, par l'intermédiaire de la Maksoura1 et Maksoura1'. Le Bit 3 permet
aussi l'accès visuel, par l'intermédiaire des fenêtres (Maksoura2,
Maksoura2'), au jardin. Cela nous permettrait de dire que l'homme de la maison
a la possibilité de surveiller ce qui se passe dans le jardin et la possibilité
de contrôler les entrées et les sorties des femmes entre autres.
Cela nous emmène à supposer que le bit qui permet l'articulation
avec le jardin est peut être l'espace réservé à la
femme. Le Bit 2 permet la possibilité d'accès à l'extérieur,
de la femme sous le regard vigilant de l'homme; une sorte de liberté conditionnée.
A
travers cette multitude d'articulation relevées lors de l'identification
et de l'analyse des articulations, ainsi que les détails de constructions
et les éléments du décors relevés lors de la description
de notre entité, on remarque que Dar Chérif présente le modèle
d'une architecture traditionnelle par sa typologie et moderne par ses empreints
à une architecture occidentale. Pour comprendre ce mécanisme, on
va essayer d'établir un modèle de cette architecture, de monter
sa structure comme système et enfin d'expliquer le tout par rapport à
son réseau particulier des différentes articulations.





Le
modèle de la maison Dar Chérif, dans son système expressif
et représentatif, s'est imprégné, en plus de la référence
traditionnelle (Prégnance 1), d'une référence occidentale
et notamment l'architecture qu'on appelait moderne en Italie (Prégnance
2). Cette dernière ne fait pas de Dar chérif une maison Italienne
puisque la saillante de l'être architectural (La maison Dar Chérif),
s'inscrit par sa typologie dans le registre arabo-musulman d'une architecture
locale tunisoise avec des empreints à l'architecture italienne.
Comment
peut-on déceler et quantifier la prédominance d'une prégnance
par rapport à une autre pour classer un modèle dans sa classe taxinomique
?
Comment peut-on, reconnaître les prestances fixes (qui font la classe
taxinomique d'un modèle) et celles variées (qui font l'évolution
d'un modèle jusqu'à son épuisement et l'adoption d'un nouveau
paradigme architectural) ?
- Identification de la prégnance prédominante La
structure de Dar chérif répond à celle des maisons traditionnelles
tunisoises. La prégnance prédominante est celle du registre traditionnel,
puisque la structure principale du système de représentation et
du système d'expression, répondent à la structure du système
des maisons tunisoises. Les différences sont décelées au
niveau des articulations : Articulations 1
: Entre les différentes composantes de la même classe (classe des
entités des unités et des lieux élémentaires), relation
directe et interne ; la matérialité de cette articulation marque
le passage d'une entité à l'autre (le passage de l'entité
de [l'entrée] et de celle de l'entité [cour+chambres] ). Articulations
2 : Entre les différentes unités,
relation indirecte et partielle ; la matérialité de cette articulation
marque l'interdépendance des différentes composantes du système
de la maison. C'est une articulation externe qui permet de raccorder l'entitée
qu'on a à analyser avec les autres entités de la maison. Articulations
3 : Articulation externe. Entre deux lieux élémentaires
de deux différentes unités, relation directe et sélective
; cette relation n'est pas établis entre tous les lieux élémentaires
mais seulement entre les lieux juxtaposés où la matérialité
peut facilement être marquée. Le système d'articulation
montre l'entrecroisement des composantes du système. Les articulations
externes ont favorisé les empreints au modèle occidental (bow-window)
pour matérialiser les relations intérieur/ extérieur, pour
marquer les espaces Homme/femme, intime/ non intime, privé/public.
Les
empreints à l'architecture occidentale est matérialisé aussi
par tous les détails constructifs (épaisseurs des murs 10cm, les
toitures
..) ainsi que les éléments du décors (faïences
italiennes, faux plafonds
..).
L'exemple de Dar Chérif
marque par son modèle la transition d'une architecture traditionnelle vers
une architecture moderne. La nécessité d'adapter un modèle
occidental annonçait, peut être, déjà l'épuisement
d'un modèle architectural traditionnel tunisois ainsi que la possibilité
de s'approprier un nouveau model. Tout cela coïncidait avec des faits d'un
environnement historique de toute une nation, de la Tunisie, avec toutes les donnés
politiques sociales et économiques. Une fois de plus l'histoire de l'architecture
suit le cours des évènements dans une symbiose qui laisse à
douter qu'une main invisible pousse l'humanité vers l'évolution,
vers une nouvelle ère.
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