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Article reportage :

Un café à vocation culturelle : Café Journal, Gammarth

par Rym Ben Younes
Architecte

 

Sur une route bordant la mer dans la région de Gammarth, les habitués bifurquent à gauche renonçant aux tentations de la zone touristique pour rejoindre leur lieu de convivialité préféré ; un café pas comme les autres. Le « café journal » se distingue par sa vocation artistique, affichée depuis l’entrée et dans les moindres détails telle que la liste du menu proposé. C’est avant tout un espace qui soutient les artistes dans les diverses catégories (musique, littérature, peinture…) et qui s’offre pour l’exposition et la rencontre.

Ici le simple citoyen côtoie l’artiste créant une ambiance de club où dynamisme, rencontre, échange et convivialité se mêlent à l’ambiance du bistro. On note d’ailleurs l’absence d’écrans plasma projetant les « clips traditionnels » comme il en est devenu coutume ces dernières années dans les salons de thé et les espaces de loisir à Tunis. Par contre, chacun installé dans le café peut avoir accès aux journaux et quelques magazines et revues disposés à l’entrée pour souligner encore la vocation culturelle de ce lieu. Le projet de cet espace avait débuté en l’an 2000 ; en huit ans « le café journal », assez jeune mais qui s’est déjà tracé sa lignée et son identité, a pu prouver que la passion et la volonté peuvent donner naissance à un lieu riche, tout imprégné de la personnalité de son créateur.

Traitement des détails : vaisselle, menu, meubles.

Dès l’entrée la vocation culturelle et artistique de cet espace est vivement affichée. La tache de couleur attire le regard vers ce coins où journaux et magasines s’entassent pour le bonheur de chacun

Le nom avait été choisit par son propriétaire et gérant monsieur Hédi Guezmir, en le reliant au journal avec sa connotation culturelle et dynamique. Pour cet homme, son espace représente un rêve réalisé avec la croyance en des valeurs qui ont toujours fait son quotidien. L’ambiance d’un monde de culture et d’art dans lequel il avait baigné depuis l’enfance, grâce à son père, grand homme ayant vécu avec des artistes et des hommes de lettres et étant lui-même l’un d’eux, avait sûrement été l’origine d’une telle passion de l’art.

De son retour de France, il avait voulu recréer l’ambiance de la place de théâtre à Montmartre avec l’effervescence vivante du monde des artistes. Son rêve était de fonder un espace pour ces artistes, un lieu, un support, un soutient, surtout pour les jeunes d’entre eux.
Le lieu permet essentiellement la rencontre et la discussion autour d’un café, stimulant la création dans l’échange. Il est ainsi, un terrain de préparation, un « siège » de lancement de carrière artistiques. Il avait déjà été derrière la carrière de plusieurs talons tunisiens dans la peinture contemporaine comme Mourad Harbaoui, pour n’en citer qu’un. Ce café culturel reçoit les jeunes artistes, les encourage en exposant leurs œuvres à un publique varié et important en qualité et en quantité puisque on y dénombre, parmi ses habitués, des grands artistes et des critiques d’art.


Sobriété de la décoration sans exagération dans la thématique ornementale. Murs simplement décorés des œuvres, sans pour autant donner l’impression de nudité. L’harmonie des matériaux et des couleurs donne un tout chaleureux et accueillant.

Pour accéder à ce privilège, l’artiste n’a qu’à se déplacer sur le lieu et y déposer une demande avec des photos et ses coordonnées. Par la suite, « le café » se déplace chez l’artiste pour un contact direct avec les œuvres dans leur atelier de création et si la qualité est estimée d’un certain degré de mérite les œuvres viennent s’accrocher aux murs du café, sans aucune rémunération de location de l’espace ni un pourcentage de vente sur les œuvres. Le « café-galerie-d’art » fait connaître son programme culturel au grand public par ses habitués et «le bouche-à-oreille » très fonctionnel dans le monde des artistes et aussi par des invitations ciblées envoyées et des affiches collées dans les espaces culturels de la ville.

L’espace « café journal » a réussit à recréer l’ambiance des brasseries françaises en ayant recourt à un décor classique et sobre autour de matériaux noble qu’est le bois et en recopiant l’esprit des vitraux avec des fenêtres présentant des verres à dessins colorés. Ce choix est celui du fondateur avec toutefois le recours aux conseils des spécialistes en architecture et en décoration.

Les couleurs chaudes avec l’usage du bois, matériau noble, le vitrail s’intègre pour rendre une ambiance unifiée et un cadre soft et presque neutre pour pouvoir s’adapter à tous type d’œuvres exposées. L’empreint à la culture esthétique des bistros français est très lisible et assez fidèle.

Avec les œuvres qui se renouvellent à chaque exposition, le lieu voit son décor changer se métamorphoser en s’empreignant à chaque fois de la personnalité des artistes et de leurs créations. Ainsi, en se transformant en « galerie d’art », une galerie très différente de celle traditionnelles, puisqu’elle s’installe dans le café et s’y mêle, l’espace revêtit un décor dynamique, vivant, nouveau à chaque fois.


Le décor du café est essentiellement donné par le caractère des expositions. Ici l’œuvre et la personnalité de cet artiste peintre contemporain, empreignent les lieux, qui s’y prêtent à ce jeu relooking à chaque fois.

Ainsi, le « café journal », café-culturel, café-galerie d’art, café des artistes, montre que la vocation culturelle dans ces espaces, dédiés habituellement à la consommation alimentaire et à la flânerie désœuvrée, peut dépasser la simple façade ou affichette d’une thématique à but commercial à une vraie âme de l’espace le faisant vivre et vivant à travers lui, le transformant en un lieu de création, de communication et de consommation intellectuelle.

 

 

 

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Cafés et salons de thé
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