MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 

Pensez-vous ce que j’en pense de l’espace « café » et de l’espace « Salon de Thé » ?

Ghada CHERIF
Architecte Chercheur

Les espaces « café » et les « salons de Thé », sont perçus différemment par les femmes. Face aux « cafés traditionnels » considérés comme des lieux typiquement masculins et interdits à la femme, les « Salons de Thé » viennent concilier la femme avec l’espace public et deviennent les lieux de rencontre des deux sexes. Mais aussi, lieu de rencontre « entre filles » où les jeunes filles et les dames se sentent en sécurité. Elles peuvent ainsi prendre un café ou un thé en dehors de chez-elles. Etre entre amis (amies) ou se voir en couple, devient possible, naturel et courant faisant face à des préjugés sociaux traditionalistes.

Le « Salon de Thé » comme lieu ouvert à la femme, prend des fonctions multiples pour la gente féminine et celle masculine. Il devient un lieu paisible et convivial pour discuter affaires et conclure des marchés, s’isoler en lisant un journal, une revue ou même étudier, tout seul ou en groupe. Cet espace représente à la fois un lieu public, un abri et surtout « un espace neutre » dans la perception sociale. C’est ainsi, que même s’il devient symboliquement l’extension d’un « chez-soi ». La jeune fille ou la femme peut se permettre ainsi, de rester « tête-à-tête » avec un collègue ou des collègues pour discuter ou travailler sans être gênée ou sévèrement et injustement jugée par la société. Enfin, si la société le veut bien !

Dans les cafés traditionnels, la femme est confrontée à un rejet social d’un lieu étonnamment « public ». S’il existe un lieu qui divise les deux sexes, c’est bien le café. Le comportement même de la femme et de l’homme est différent dans le contexte urbain par rapport à ces deux lieux.
En effet, jusqu’aujourd’hui, lorsque l’espaces de café envahi l’espace public urbain qui est la rue et en particulier le trottoir, il représente pour la femme un obstacle à détourner. Elle se trouve alors obligée de marcher sur la chaussé ou de la traverser pour marcher sur le trottoir parallèle. La cadence de sa marche change et devient plus accélérée, comme si cet espace n’est pas seulement un obstacle mais une zone de danger à dépasser rapidement. Le passage d’une femme devant un café devient un évènement, les regards dirigés vers elle ne jugent pas seulement son physique mais aussi son comportement (« sa moralité »). Le simple fait qu’elle « ose » marcher sur ce trottoir « colonisé par les tables et les chaises » ou encore pire passer entre deux tables pour poursuivre son chemin et même si elles sont vides, ceci sera socialement considéré comme une agression et une provocation immorale de ces gentilshommes. La répression par rapport à « un tel acte » sera immédiate, verbale ou même actancielle en accentuant pour elle la perception d’obstacle.
Par contre, même si un « Salon de Thé » envahi le trottoir, le comportement des hommes et des femmes n’est plus le même. La femme va considérer le passage à proximité ou entre les tables comme évident et logique. Une chaise ou une table vide considérés dans le cas précédent comme obstacles à détourner, ne l’est plus. Il suffit de la déplacer pour poursuivre son chemin. La progression de la femme va même être facilité par les occupants de l’espace qu’ils soient hommes ou femmes et qui vont même s’excuser pour l’avoir ralentie et obstrué un passage.

Cette mutation dans le comportement social par rapport à « l’espace café » et « Salons de Thé », est étroitement liée à une mutation de l’espace lui-même. Même si dans les « Salons de Thé » on ne sert pas que du Thé, la notion de Salon est représentée, par le décor, les meubles et leurs dispositions. Pourtant, parfois la limite entre l’espace « café » et le « Salons de Thé » devient architecturalement parlant imperceptible ; la seule différence est que l’accès est interdit à la femme pour le premier et acceptable pour le deuxième.

Nous pouvons néanmoins supposer que l’introduction de la femme dans ces espaces publics était à l’origine de sa mutation architecturale. C’est peut-être une hypothèse à vérifier mais, très probable. En effet, ce que les hommes cherchaient et cherchent dans un Café, se sont les amis (habitués), le besoin d’appartenir un quartier particulier ou à une population particulières (les intellectuels, les artistes, les étudiants d’un collège, une confrérie professionnelle ou religieuse…) et les habitudes acquises, le service et le décors n’entre pas alors dans le choix de fréquentation de ces espaces. Par contre, la femme cherche dans les lieux qu’elle fréquente la qualité de l’espace, son décor, son confort au niveau de la sécurité, du service et de l’ergonomie de ses meubles, de ses ustensiles, ainsi que son ambiance. La nouveauté pour la femme est une notion importante dans son choix des espaces et lieux qu’elle fréquente. Ainsi, un lieu qui n’offre plus cette notion, est rapidement délaissé par la gente féminine au risque de devenir tout simplement un « Café ordinaire ». Mais aussi, être délaissé par une certaine catégorie d’hommes habitués à cette ambiance luxueuse.

 

Dossier :

Cafés et salons de thé
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