MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 

Le café-théâtre comme alternative...

Par Mohsen BEN HADJ SALEM
Architecte

Aussi divers soient-ils, les espaces publics de type café, café maure, salon de thé, brasserie, etc., se résument par la possibilité d’y consommer une boisson, d’y passer du temps, sans exigence ni attente particulière pour le motif du séjour. Or, il existait, et il existe encore, des cafés où la consommation du produit est accessoire, des espaces où déguster simultanément l’art, la culture et le café est possible. Dans cet aperçu sur le « café-théâtre », nous tenterons de mettre en avant la cohabitation du café (boisson et lieu) et la culture, à travers un reportage photo sur le café-théâtre de la médina de Tunis.

Histoire et présent de la culture dans l’espace café

Le café-théâtre réunit sous la même enceinte la possibilité d’assister, voire de participer à un spectacle culturel (théâtre, contes, musique, etc.) et de consommer à la suite, ou en même temps, une boisson.
En Tunisie, avec l’occupation française, le café maure arabe, comme le café européen, drainait une certaine forme de culture, celle de la lecture, le journal y occupait une grande place. S’il est vrai que, par le café, le monde rural vient à la ville et y apporte sa marque, repérable au vêtement, au langage, à la musique, il est vrai aussi, et surtout, que le café porte la ville à la campagne. Il y transmet les objets et les valeurs du centre. Il introduit la phonographie, puis la radio, dont l’importance est considérable à partir de la deuxième guerre mondiale. Le café porte donc jusqu’à l’intérieur du pays l’écrit, l’image et le son. La musique garde avec le lieu un lien fait tout à la fois de conservation amoureuse du passé et d’ouverture décidée vers l’avenir. La hiérarchie du chant et du son contribue à fonder celle du lieu.
Aujourd’hui, la dévitalisation culturelle du café est patente, malgré la persistance, jusqu’aux années 1970, d’une sollicitation artistique et estudiantine.

Le public du café-théâtre consommateur et acteur

Le café-théâtre est un lieu qui fonctionne uniquement en période nocturne. On peut y assister à de petits spectacles, monologues, ou monodrames. C’est un espace généralement étroit (50 personnes), point de départ de toute carrière artistique, devenu par la suite un passage obligé de tous ceux qui veulent entreprendre une carrière professionnelle affirmée.
Suivant la réputation du café-théâtre, les artistes qui y présentent leurs créations peuvent être débutants, en manque de notoriété.
Le café théâtre est un espace à hauteur d’homme, l’échelle humaine est une donnée essentielle pour rapprocher l’acteur de son public. Juste une légère surélévation permet de différencier l’aire des artistes de l’aire des spectateurs. Aucune autre séparation physique n’est souhaitable. Le café-théâtre est dénué de tous les artifices d’un grand théâtre, peu de coulisses et de technicité. Le public et le comédien sont sous la même ambiance lumineuse. L’interaction entre les consommateurs émane des proportions de l’espace. L’espace est limité dans sa densité d’occupation.

Au café-théâtre, les intellectuels, les observateurs sont exigeants. C’est un espace qui annonce l’avant-garde de tout art, une sorte de laboratoire d’expérimentation où le retour du public est immédiat. On pourrait même dire que c’est le thermomètre de toute évolution artistique.

Le café-théâtre est citadin, les gens y vont en quête de parole et de sensorialité. Il est même possible de sentir l’odeur du comédien. En fait, il fait partie du public qui déguste le café. Le public est aussi créateur, il ne subit pas, il n’est pas passif. Au sein même de l’espace, il devient partie déterminante de la scénographie que le comédien tente de maîtriser. La création de l’artiste devient alors une re-création par l’interaction du public attentionné et attentif. Le public est alors consommateur mais aussi créateur au même titre que l’artiste ou le comédien, il réajuste le spectacle par ses réactions, par ses attitudes. Il veille sur l’équilibre, voire le déséquilibre de la représentation. Convivialité, et partage des émotions autour du café caractérisent cet espace-temps. Bref, au café-théâtre, on n’y va pas par hasard, c’est le but même de la démarche. On se dit « On est là parce qu’on a sûrement un point commun ». Il y a quelque chose qui nous réunit.

Changeant quelque chose dans le regard, l’écoute, et la perception globale de l’espace-temps vécu collectivement, le séjour dans un café-théâtre est une brèche dans la routine perceptive. Sans ces exceptions provoquées par le geste artistique, le citadin n’aurait sans doute aucune autre alternative pour déplacer le sens du café comme unique produit culinaire.

Aujourd’hui, cafés sans théâtre, sans musiciens, sans peintres, on assiste à une démission presque totale de l’intellectuel qui jadis investissait ces espaces. Aujourd’hui, ces espaces de rencontre se sont raréfiés.


Un escalier central permet d’accéder à l’étage où on trouve un bureau, une petite salle-atelier de 50 places (expérimentations, danse, musique), et une grande salle équipée (vidéo-projection et confort sonore), de 150 personnes.


Au rez-de-chaussée : un accueil, six salons pour le séjour du public, et un coin café. L’accent a été mis sur la convivialité par l’agencement d’un mobilier incitant au regroupement des corps dans l’espace.

 


Un coin « artisanal » pour le café. Le public peut même participer à sa préparation.


Le jardin extérieur est aménagé pour accueillir des représentations théâtrales.


« Du jardin-détente à la scène théâtrale »


 

Dossier :

Cafés et salons de thé
© 2009 Archi Mag. All Rights Reserved