MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE
 
 
   

Jamel Zekri, Architecte
DEA en architecture paysagère, Genève, Suisse

Introduction

Si les villes et les environnements urbains restent dans une certaine mesure les foyers privilégiés des pratiques architecturales, les territoires contemporains sont entrés dans une condition nettement sub-urbaine, où c’est désormais tout le substrat des pratiques traditionnelles de l’aménagement, c’est à dire toute l’infrastructure des sites, des paysages et des écosystèmes qui sollicite les sciences, les arts et les expertises de projet. A cause des territoires naturels et de l’ex-campagne par toutes sortes d’autres économies en développement, les questions liées au suivi des paysages, à la gestion de leurs ressources et de leurs dispositifs et à l’ingénierie de la nature ont fait leur entrée en force dans le champ des préoccupations majeures de notre époque. Cette situation historique appelle une véritable subversion des modes opératoires classiques de l’urbanisme, que l’on peut désigner sous le nom de sub-urbanisme. A l’inverse des pratiques traditionnelles qui s’appliquent à consommer ou à fabriquer le site par le programme, l’effort consiste ici, au contraire à engendrer ou conformer le programme à partir du site.

Le manifeste du professeur Dieter Kienast est la base théorique de son travail à la chaire d'architecture paysagère de l'EPF de Zurich.
En voici un résumé succinct des 10 points qui le composent :
1. La Nature en Ville n'est pas seulement verte, mais également grise. Elle n'est pas seulement arbre, haie ou gazon, mais également revêtement perméable, place, canal, mur, axe, centre et périphérie.
2. La Ville se décompose en une multitude d'unités. Cette apparente diversité doit être prise en compte dans les espaces extérieurs.
3. La limite entre Ville et Campagne devient floue. Cependant, la spécificité de chaque entité doit être maintenue. Il s'agit donc à l'avenir de maintenir la différence entre ces deux pôles, pour une meilleure lecture du monde.
4. Les espaces extérieurs de la Ville dans son ensemble ne sont pas planifiables. Par contre, des interventions ponctuelles, à l'image d'une mosaïque, confèrent un caractère particulier à chaque endroit.
5. Les surfaces résiduelles méritent une attention soutenue. Particulièrement à la périphérie de la Ville, des interventions urbanistiques et paysagères s'imposent.
6. L'architecture paysagère est dans l'esprit du temps. Sa base repose sur les
Evénements sociaux, culturels, et écologiques actuels, placés dans leur contexte historique. Dès lors la collaboration avec les disciplines-soeurs, l'architecture, l'ingénierie et les beaux-arts devient bien plus qu'une nécessité. C'est une évidence, car le travail en commun crée l'innovation.
7. Une autre base de l'architecture paysagère est la référence à l'endroit. Sa lecture et son analyse donnent les idées directrices du concept. L'authenticité du lieu doit être maintenue.
8. Le principe de la transparence est le bienvenu dans le développement des espaces urbains. Elle révèle la différence, l'hétérogénéité de la Ville et ses habitants, intègre le vieux et le neuf et permet à la société et à l'être individuel de se ressourcer.
9. Il faut redécouvrir le végétal en tant qu'élément urbain et ne plus le considérer seulement comme facteur écologique ou élément architectonique.
Le choix d'une plante ne se fait pas seulement en fonction de sa floraison, mais également en fonction de son feuillage, du bruit qu'elle fait au vent, de l'ombre qu'elle projette au sol, de ses branches en hiver. Il faut révéler la symbolique de la plante et savoir ressentir sa sensualité.
10. Les mouvements écologiques ont mis en évidence la végétation indigène. Ils ont dénoncé à raison l'absurdité de l'utilisation des produits chimiques et la monoculture des plantes de couvre-sol. Mais le rejet strict de plantes améliorées ou sélectionnées est également absurde, car on fait ainsi une croix sur un art des jardins vieux de plusieurs siècles. Donnons une chance aux plantes exotiques! La végétation urbaine vit de ses contrastes.

En tant qu’objectif d’étude, le paysage apparaît aujourd’hui comme un enjeu important relativement à la qualité de notre environnement. Depuis une décennie, les questions d’environnement envahissent à peu près tous les secteurs de l’activité humaine. Cette prise de conscience assez soudaine est l’indice non seulement d’une sensibilité nouvelle, mais encore et plus profondément sans doute, d’une compréhension renouvelée du rapport homme-nature. La notion de « développement durable » largement utilisée aujourd’hui, participe de cette attention aux problèmes écologiques qui viennent se greffer aux traditionnels problèmes économiques. Cette mutation porte en germe les conditions d’une nouvelle pensée du territoire et de son aménagement.
De nombreuses disciplines se repositionnent au regard du paradigme environnemental. L’architecture, l’urbanisme n’y échappent pas : les dimensions paysagère et territoriale font désormais partie intégrante du projet et lui donnent une nouvelle complexité. Le paysage est un souci pour le bâtisseur, car il le modifie fatalement, même dans ses plus modestes interventions.

La question est : en quoi l’interrogation du paysage se différencie de la planification traditionnelle ?
Dans cette vaste recherche et discussion sur la notion nature et écologie du paysage, nous pensons qu’il est d’un grand intérêt de saisir ce qui sépare la science (chargée de comprendre la nature), de la sphère politique (chargée de régler la vie sociale). « la nature a toujours constitué l’une des deux moitiés de la vie publique, celle qui rassemble le monde commun que nous partageons tous, l’autre moitié formant ce q’on appelle la politique, c’est à dire le jeu des intérêts et des passions » Bruno Latour
Ainsi ni l’architecture, ni l’urbanisme n’y échappent : la dimension territoriale participe à cet ajustement de critère qui fait du projet une démarche qui contribue à la compréhension de la nouvelle complexité à laquelle nous avons à faire.
Notre cours insistera notamment, sur une compréhension renouvelée du rapport homme-nature, du site (naturel ou construit) comme préalable au projet, puis d’une attention portée aux problèmes écologiques qui viennent se greffer aux traditionnels problèmes économiques. Cette mutation porte en germe les conditions d’une novelle pensée du territoire et de son aménagement.
Ainsi, la notion de paysage prendra aussi bien le sens de paysagisme (jardins et espace verts..) qu’une approche d’appréhender le « Projet ».

Jamel Zekri, Architecte, DEA en architecture paysagère, Genève, Suisse

References: les textes de Sebastien Marot, enseignant à l’IAUG Suisse


 

   
  
   
 
© 2007 Archi Mag. All Rights Reserved