Aperçu historique
Quelques années après la mort du Prophète Mohammad (570-632 de l’ère chrétienne), les Arabes du désert, conduits par les successeurs du prophète, les califes, commencent à agrandir, au-delà de leur péninsule, l’empire théocratique de l’Islam. L’Islam (abandon, soumission à Dieu) a réuni en une nouvelle grande puissance des peuplades arabes naguère paënnes et ennemies. Convaincus de leurs conquêtes, réalisées au titre de la guerre sainte, les musulmans disposent d’une force de frappe devant laquelle s’écroulent les anciens empires du Proche-Orient. Au milieu du VIIème siècle, ils s’emparent de la Syrie, puis de l’Egypte et de la Perse. Ils étendent enfin leur domination sur toute l’Afrique du Nord, et au VIIIème siècle pénètrent en Espagne et en France.
Introduction aux jardins islamiques
La notion de jardins islamiques révèle un concept d’espace paysager, inspiré de la philosophie islamique et enrichi d’acquis civilisationnels et géographiques rencontrés au cours des différentes conquêtes musulmanes, en Mésopotamie, comme en Asie, en Afrique du Nord ou encore en Andalousie. A Samarkand, à Damas, à Delhi, à Isphahan, à Tunis, à Fès ou à Grenade, le même esprit, la même symbolique, la même gestion de l’espace sont respectés, même si les données matérielles et climatiques différent sensiblement d’un point de l’empire musulman à un autre.
Le Coran décrit le Paradis comme un jardin céleste, où les justes vivent dans la plus grande abondance que l’on puisse imaginer. Aucune autre image ne pouvait mieux sourire aux peuplades arabes qui, environnées par le désert hostile, dépendaient pour leur subsistance de quelques oasis. En Perse aussi, où nous trouvons les modèles de jardins mongols, la plus grande partie du territoire est aride. L’arrosage des vergers et des jardins d’agrément entourant les palais exigeait de grandes dépenses. Les jardins d’Arabie, de Perse et d’Inde dépendaient de l’irrigation ; et le système d’irrigation déterminait à son tour la disposition des jardins. Il y a déjà de célèbres « jardins suspendus » à Babylone qui furent imités par les terrasses arrosées de Persépolis en Perse.
Les hindous et les bouddhistes vénéraient certains arbres et certaines fleurs. Mais jusqu’à l’arrivée des musulmans, l’Inde ne connut aucune architecture horticole. On rapporte que Feyrouz Chah avait aménagé au XIVème siècle « Cent jardins » autour de sa résidence, mais aucun d’eux n’existe encore.
Baber, le premier Grand Mongol, au XVIème siècle, favorisa tout spécialement la création de jardins. La tradition de l’aménagement des terrasses s’était conservée dans son état d’origine le Ferghana. Et un auteur iranien de l’époque nous en donne cette description : « nous autres Persans, installons nos jardins autant que possible sur une pente douce. Dans celui que je vais décrire, deux ruisseaux d’une eau claire comme le cristal se réunissaient devant un bâtiment, formaient là un vaste lac, où s’ébattaient d’innombrables cygnes, oies et canards. Plus bas, il y avait sept cascades –autant que de planètes. Et au-dessous, s’étalait une seconde nappe d’eau, plus petite, devant une porte magnifique décorée de carreaux de faïence bleue. Le lecteur pourrait s’imaginer que cette réalisation serait déjà suffisante : il n’en est rien. Des jets d’eau s’élevaient, non seulement du lac mais aussi entre les cascades et montaient si haut qu’en retombant, leurs gouttelettes faisaient penser à une multitude de diamants. O combien souvent je fus ému par le clapotement des jets et le murmure du ruisseau qui, pressé entre les massifs de rosiers, les saules pleureurs, les platanes, les acacias, les cyprès et les autres arbres, dévalait les terrasses. Alors, je pleurais de joie jusqu ‘à ce que je m’endormisse, accablé par toute cette beauté et bercé par le bruissement de l’élément liquide. Allah soit loué ! En vérité, je crois que ce jardin n’est pas surpassé en splendeur par l’Eram, dont le Coran dit qu’il est orné de hauts piliers. Rien de pareil n’a jamais été crée dans ce monde. »
Dans ses mémoires, Baber décrit toujours le climat, les plantes et les animaux qu’il rencontre lors de ses expéditions guerrières. Lorsqu’il eut conquit l’Hindoustan, il constata, déçu : « l’un des plus grands défauts de ce pays est le manque d’eau ». Bien que l’Hindoustan comprenne de si nombreux pays et ville, il n’y a nulle part des canaux d’irrigation. On a recours pour l’arrosage qu’aux seules rivières et à quelques étangs. Même les villes auxquelles il serait facile d’amener un canal, ne sont traversées par aucun cours d’eau. Il doit y avoir à celà plusieurs raisons : les pluies de la mousson arrosent abondamment la future récolte d’automne ; cependant, chose étrange, il y a une autre récolte au printemps sans qu’il ai plu auparavant. Au moyen de bidons de roues à godets, les paysans tirent des puits l’eau qui est nécessaire aux arbres jusqu’à ce que ces derniers aient un ou deux ans. Outre les rivières et les étangs, il y a bien de l’eau courante dans quelques grottes et cavernes, mais ni aqueducs ni canaux ne l’acheminent aux jardins et aux palais. Quand ils construisent des maisons, les habitants ne se soucient ni d’élégance ni du climat, encore moins de l’aspect général ou de la symétrie. »
Sitôt qu’il fut maître du Pays, Baber entreprit d’aménager un Jardin à Agra, sur la rive de Jumna. Ses vastes plans d’eau et ses arbres ombreux devaient tempérer l’insupportable chaleur de cette région, qui avait causé la mort, peu après leur arrivée, de nombreux soldats. Ce jardin d’Agra, qui servira de modèle à tous les suivants, avait été précédé par une autre réalisation de Baber datant de 1508 et située près de Kaboul. Ce « Jardin de la Fidélité » présentait toutes les caractéristiques des jardins des Mongols. Bien plus tard, lorsque l’Empereur Akbar résuma les mémoires de son grand-père Baber, il fit peindre pour ce manuscrit persan, une miniature inspirée par sa description du parc de Kaboul : « Au sud de la ville, en face de la forteresse d’Adinapur, je créai un Tchahar-Bagh en 914 (de l’hégire). Je fis venir des figuiers de paradis et les fis replanter. Ils prospérèrent bien et donnèrent des fruits. L’année précédente, j’avais en outre fait planter des cannes à sucre, qui elles aussi fructifièrent. Dans le jardin, il y a un monticule, d’où coule sans cesse un ruisselet, suffisant à faire tourner une roue hydraulique. La partie divisée en quatre, ou le Tchahar-bagh proprement dit, se trouve sur cette éminence. Au sud-ouest, c’est un bassin de vingt pieds carrés, entouré d’orangers. Il y a en outre des grenadiers, et le sol est couvert de trèfle. Cet endroit représente le joyau de tout le jardin. Quel beau spectacle quand les oranges jaunissent ! En vérité, c’est un jardin merveilleusement planté .»
Quelques années plus tard, de retour à kaboul, l’empereur écrit dans son journal : « Le lendemain matin, j’arrivai au Bagh-e-Vafa » (Jardin de la Fidélité). C’était justement la saison pendant laquelle il fleurit dans toute sa splendeur. Le gazon était couvert de trèfle et les grenadiers avaient passé au jaune .Comme c’était aussi l’époque des grenades, elles pendaient, rouges, dans les arbres. Les orangers étaient verts et frais, chargés d’innombrables fruits, toutefois pas encore mûrs. … »
Du jardin Perse au jardin de Andalou :
L’avènement de l’Islam a constitué un tournant dans l’histoire de l’art des jardins. Le premier Khalifa de l’Islam, Abû Bakr, donna l’ordre à ses soldats de n’abattre aucun palmier, de ne brûler aucun champ de blé, de ne ravager aucun verger, car le Coran enseignait que l’homme se devait de protéger la nature qui était d’origine divine. Les prescriptions religieuses ont certainement joué un rôle positif dans la sauvegarde et la protection des écosystèmes naissants. Mais l’évolution de l’art des jardins reste surtout intimement liée à la révolution scientifique et technique qui a eu lieu en Orient entre le VIIIème et le IXème siècle. Grâce à la maîtrise de l’hydraulique, de l’agronomie et de la botanique, la création des grands parcs est devenue possible.
L’architecture des villes arabes, dont quelques-unes furent des métropoles urbaines et des capitales d’empire, semble avoir fait du jardin un concept clé de son développement. D’ailleurs, les historiens qui décrivent ces villes au Moyen Age ne tarissent pas d’éloges pour les promenades, les vergers et les cultures qui les entourent. Partout, le modèle de la cité-jardin semble avoir prévalu. De Damas à Baghdad et de Cordoue à Marrakech, les maisons apparaissent comme des cubes noyés dans un océan de verdure. Il faudra attendre le XIIIème siècle pour qu’un géographe perse, Al-Qazwînî, nous donne le schéma de la cité-jardin en partant de l’exemple de sa ville natale, Qazwîn.
Les Arabes ont su donc associer le jardin à l’urbanisme de leurs villes. Et cette préoccupation est restée vivante bien plus tard, trouvant son illustration la plus éclatante dans l’Inde Monghole. Baber (1483-1530), qui fut roi et auteur d’un traité de jardinage, commença d’abord par dessiner le jardin en fonction duquel il construisit ensuite la ville.
La mode des promenades connut elle aussi un grand succès dans le monde arabe. Quatre parmi elles furent célébrées par les poètes et les chroniqueurs comme étant les plus belles au monde : la Ghuta de Damas, Al-Ubulla dans les environs de Bassora en Irak, le mont Bawwân en Perse et le Soghd de Samarkand en Asie centrale.
Après la phase orientale, deux autres moments sont à retenir dans l’évolution de l’art des jardins arabes : Qaïraouan, avec les grands bassins de la dynastie aghlabide, et Cordoue, avec le complexe regroupant les palais et jardins de Madinat al-Zahra.
Vers la fin du IXème siècle, l’Empire arabe s’étendait à l’Egypte, au Maroc et au reste de l’Afrique du Nord, à la Sicile et au sud de l’Espagne. Les premiers jardins de tradition islamique firent leur apparition à Tunis au IXème siècle, où les sultans établirent de vastes jardins d’agrément qui produisaient aussi des fruits destinés au marché. Ce type de jardin verger s ‘appelait « Aguedal » et était partagé en grand carrés séparés par des canaux d’irrigation, sur un terrain assez plat pour que l’eau puisse circuler aisément. L’étendue de la superficie, l’abondance de l’eau et éventuellement la présence d’un pavillon, leur donnait un aspect esthétique unique.
Le second type de jardin introduit en Afrique du Nord et en Espagne fut le jardin enclos dans les cours des maisons. Les hauts des murs qui les entourent créent la mystique d’un univers absolument privé, paradis artificiel où l’on peut jouir pleinement de tous les plaisirs les plus voluptueux, comme le Coran le promet dans la vie éternelle. Ce sont ces patios, représentés par les peintres orientalistes et décrits dans les fantaisies occidentales, qui distinguent les jardins musulmans de tous les autres. Des precepts islamiques du jardin qui rivalisent avec ceux de « Zoroastre » qui a promit le paradis à tous les jardiniers.
Les légumes, fleurs, herbes culinaires et verger poussaient ensemble, sans distinction ou hiérarchie apparente. Il n’y a pas de pelouse monotone à tondre et à entretenir. Ce type de jardin islamique n’était jamais dominé par des plantes spécialement mises en valeur. Un tracé à angles droits formait un cadre net qui créait un ordre horticole. La forme du jardin en patio était rigoureusement géométrique, comme une succession de pièces en plein air, et il est vrai que l’équilibre et l’unité entre l’architecture et le jardin, dont les rangées d’arbres étaient dans la prolongation des arches d’un pavillon, apportent une harmonie entre ces deux formes d’art comme nous en voyons peu d’exemples dans les jardins contemporains. Quand nous marchons dans les jardins espagnols et marocains, sensibles à cette relation complexe qu’ils ont avec l’architecture, ils nous rappellent les patios des maisons de Pompeï, et il est possible que l’inspiration de ces jardins mauresques remonte à des temps plus anciens que les débuts de l’Empire islamique. Quand les Maures arrivèrent en Espagne, certains aqueducs et des systèmes d’irrigation romains fonctionnaient encore, et les vestiges des jardins des anciennes villas romaines influencèrent peut-être les envahisseurs.
Quand Abderrahmane (731-788), un survivant de la dynastie des Omeyyades, s’enfuit de Damas en 756, il s’installa finalement en Andalousie, où il devint l’émir de Cordoue. Une de ses premières décisions fut de créer un jardin dans sa nouvelle patrie. Il est impossible de le reconstituer en détail, mais il semble que le nombre des ouvriers, dont on dit qu’il atteignit dix mille, et les quarante ans nécessaires à le réaliser sont vraisemblablement exagérés. Néanmoins, il surpassa toute autre sorte de jardin européen pendant quatre ou cinq siècles. D’après les comptes-rendus contemporains, on y trouvait des canaux, des fontaines et des terrasses plantées d’espèces luxuriantes,avec abondance. L’émir, qui se souvenait des jardins de Damas, fit venir des grenadiers, du jasmin, des roses et une quantité de plantes de l’Inde, de Syrie, et du Turkestan. Après avoir planté les palmiers qui lui rappelaient son pays natal de Syrie et qui maintenant partageaient son exil, il écrivit ce poème nostalgique :
« O palmiers grâcieux,
Etrangers comme moi dans un pays lointain,
Nous languissons ici en Occident,
Loin de nos terres natales. »
Ce n’était ni la première ni la dernière fois que la nostalgie participait aux plans d’un jardin. Un chef maure d’Espagne dont l’épouse se languissait de son pays, tenta de la consoler en faisant planter sur une colline proche, des cerisiers dont les fleurs blanches lui rappelaient au printemps les neiges des cimes de la Perse.
Au Xème siècle, les chroniqueurs mentionnaient l’existence de milliers de jardins privés à Cordoue et dans ses environs. Des lois islamiques durent être promulguées pour réglementer l’utilisation de l’eau. On construisit des bains publics, des aqueducs et des systèmes d’irrigation. Cordoue était devenue un centre important d’études botaniques et on y rédigea des traités progressifs de jardinage, qui furent suivis avec intérêt. Le plus grand nombre de jardins urbains étaient sans doute potagers et nous n’en savons pas grand chose. La plupart étaient sans doute des espaces rectangulaires de dimensions réduites, divisés par une conduite d’eau dans le sens de la longueur avec des embranchements perpendiculaires mais, contrairement aux jardins perses ou mongols, ils n’avaient pas de larges bassins. On plantait des rangées d’arbres fruitiers parallèlement aux canaux d’irrigation et on y plaçait parfois une fontaine centrale abritée par un pavillon.
Les bases qui permettraient de reconstituer exactement un authentique jardin hispano-arabe d’Andalousie sont « ténues à l’extrême », dit James Dickie dans son écrit sur les jardins islamiques d’Espagne. Les jardins restaurés de l’Alcazar de Séville et de l’Alhambra,ont été refaits après la guerre civile de 1936-1939. La bordure de buis, le lierre omniprésent et les longues perspectives dans le style de Le Nôtre à Versailles sont en fait contraires à la sensibilité musulmane, pour laquelle l’intimité est primordiale.
Ces fameux jardins d’Espagne nous sont si familiers, ils nous sont tellement présent comme les survivants des jardins arabes qu’il nous est presque impossible de deviner leur plan et leur caractère originaux après tant de siècles de changements et de destruction, suivis d’innombrables restaurations et reconstructions. Il nous reste les lignes de base, qui sont déterminées par l’architecture qui les entoure.
Quand Cordoue et Séville tombèrent aux mains des chrétiens à la moitié du XII ème siècle, les rois d’Espagne continuèrent à créer et à entretenir leurs jardins dans la tradition mauresque. De sanglantes répressions religieuses n’empêchèrent pas Pierre le Cruel (1334-1369), par exemple, de conserver ses jardiniers islamiques quand il reconstruit l’Alcazar de Séville. La belle cité de Grenade fut le dernier bastion maure d’Europe que les Arabes quittèrent seulement à la fin de la reconquête, en 1492. Malgré le nombre des altérations qu’ils ont subies, l’Alhambra et le Generalife, datant des XIIème et XIVème siècles, demeurent les seuls jardins d’Europe qui aient conservé un caractère un tant soit peu islamique. Plus encore que les remaniements, le caractère inhabituel du site contribue à la confusion. Comme les jardins de Grenade sont situés sur le flanc de collines escarpées surplombant la cité et qu’ils offrent des perspectives à différents niveaux, l’impression qu’ils donnent est relativement différente de celle des jardins islamiques traditionnels, bien que la présence constante de l’eau et l’intimité qu’on y trouve soient assez révélatrices de leurs origines premières.
La cour du long bassin, ou patio de la Acéquia, est le centre des jardins du Generalife. Le niveau des parterres arabes est maintenant recouvert d’une couche de terre d’un mètre d’épaisseur environ, et les plantes sont radicalement différentes de celles qui poussaient à l’origine. La disposition en quatre parties du long canal du jardin témoigne néanmoins de son ancienne généalogie.
Muhammad Al-Ahmar bâtit la résidence royale de l’Alhambra au milieu du XIIIème siècle. Comme elle servait aussi de forteresse, les jardins étaient enclos de hauts murs. Le fameux patio de los Arrayanes, ou cour des Myrtes, construite par Youssouf 1er un siècle plus tard, est un espace ensoleillé aux proportions superbes, qui domine un bassin central. Des bordures anachroniques de myrtes taillées apportent la seule note discordante de ce parfait exemple de patio islamique.
Le sol du non moins célèbre patio de « los Leonnes », entrepris par Mohammed V en 1377, a été surélevé au cours des siècles, et la différence de niveau entre les parterres et l’allée n’est pas aussi accentuée qu’elle fut ou qu’elle devrait l’être dans un jardin islamique classique. Une différence classique de niveaux est particulièrement importante dans ce type de jardin, où les fleurs, les buissons et même les arbres sont destinés à former un tapis de couleurs en contrebas des allées. De tous les patios islamiques d’Espagne, la cour des Lions est celle qui ressemble le plus à un cloître chrétien. Bien que sa conception soit d’origine perse, cette impression est due aux remaniements ultérieurs. Une fontaine de marbre du XIème siècle, supportée par des lions sculptés, est placée à l’intersection des canalisations, évoquant par la même les concepts musulmans et chrétiens.
Les plantations modernes des jardins restaurés de l’Espagne mauresque ne rappellent en rien la luxuriante variété de fleurs et de plantes si familières aux jardiniers islamiques des XIII ème et XIV ème siècles. La gamme complète de nuances, de textures et de saisons, si importante à l’imagerie d’un jardin, ne peut être recrée. Dans le domaine de la recherche botanique, les documents d’époque attestent que la culture musulmane était alors très en avance à tous égards sur celle d’Europe. Al Himyari, un musulman d’Espagne du XI ème siècle, énuméra les vingt fleurs les plus communes de l’Europe musulmane dans sa « Description des nouveautés printanières », mais la liste établie par John Harvey à partir d’autres catalogues arabes, dans lesquels sont identifiées les fleurs et les plantes dont les couleurs et les parfums faisaient l’envie de l’Europe, contient environ deux cents espèces, qui étaient cultivées au début du XII siècle.
Concernant l’hydraulique et l’animation aquatique des jardins, Le « Livre de système mécanique » (1295), de Ibn al-Razza al –Jazari acquit une renommée indiscutable, au point qu’il a été traduit à la cour de Castille et que même une copie parvint en France, ce qui explique l’origine de l’inspiration du Comte d’Artois vers 1270, et qui avait installé dans ses jardins, un jeu d’eau complexe ainsi que des automates en forme de chouettes d’eau, des jets d’eau surprise, à la manière islamique , un concept mathématique fort complexe, inspiré lui-même chez les arabes, des sciences grecques.
Au VIIIème siècle déjà, Haroun Al Rachid avait réuni des traducteurs arabes travaillant à des textes grecs anciens, des hommes inspirés et instruits par leurs mentors perses. Ainsi, comme exemple, La traduction arabe du « De materia medica » de Dioscoride (vers 40-90), devint en quelque sorte la bible botanique de l’Islam avant que ce texte n’atteigne les cours européennes par le trébuchement des érudits arabes. Ce sont des physiciens arabes qui fondèrent une école de médecine à Montpellier en 1221, qui comprenait un jardin de plantes médicinales, et ils créèrent un centre de recherches botaniques dont les chrétiens s’inspirèrent plus tard. Les potentats maures avaient auparavant possédé des jardins botaniques à Séville et à Tolède. Au XIIIème siècle, Ibn Al Baytar de Malaga, le plus éminent botaniste de son temps, parvint à inclure environ quatorze mille sortes de plantes dans sa « Pharmacopoeia ». Une grande partie de sa recherche et de ses identifications étaient basée sur des sources et des listes de plantes remontant à la Grèce antique.
L’influence de l’Espagne mauresque et les exemples byzantins, qu’avaient observés les croisés et les voyageurs, pénétrèrent peu à peu en Italie du Nord, où la science botanique avait beaucoup à apprendre d’eux. La cité de Venise autorisa la création d’un jardin de plantes médicinales en 1333. Vingt cinq ans plus tard, un jardin encore plus spécialisé fut réalisé dans la ville universitaire de Padoue, sous l’égide de l’empereur Charles IV
Source : Le Mag (Maroc)
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