LAND-ART
ET PAYSAGE Jamel Zekri, Architecte Une étude comparative des
approches entre land art et architecture du paysage. De Kienast à Heizer,
à travers leurs travaux et méthodes d'approche du paysage, ainsi
que leurs productions artistiques. On s'intéressera ainsi à la
" Complex City " de Michael Heizer et le " jardin alpin "
à Graz de Dieter Kienast. Ce sont deux approches différentes
où Heizer fait abstraction du relief, des arbres,
, des composantes
du paysage en général, tandis que Kienast compose avec cela son
paysage. De l'un à l'autre, on distingue un jeu subtil et amusant de la
manière de concevoir et appréhender le paysage.
Complex
City, Michael Heizer Il compte parmi ces artistes qui ont toujours travaillé
le land art. Son travail ne se limite pas à une période de son existence,
mais recouvre toute sa carrière. Depuis la fin des années 60, date
de ses premières interventions dans le désert du Nevada, Heizer
n'a cessé de réaliser des uvres à l'extérieur
dont certaines monumentales comme Double Negatives (1969) ; Effigy Tumuli (1985).
Heizer dit à propos de son travail : " C'est comme construire une
salle, la sculpture produit son propre espace, elle est complètement isolée.
La seule chose que l'on peut voir c'est le ciel. Ce qui coupe court à toute
idée qu'il s'agit là d'un art du paysage destiné à
être vu dans une magnifique partie du monde. L'effet visuel devient ainsi
plus grand car vous ne voyez pas un arbre, pas une colline, pas une vache marchant
dans le paysage. Vous ne voyez rien d'autre que l'art." A première
vue, on voit que Heizer fait abstraction de tout son environnement, pour ne voir
que " l'art ". En réalité il utilise tous les éléments
du paysage, toutes ses composantes, échelles, matériaux, géographies,
par leur présence ou par leur absence dans ses sculptures ; pour ne voir
que l'art. En effet, Michael Heizer est un artiste uvrant pour le land
art. Les années 60 sont marquées par l'anti-art comme le néo-dadaïsme.
Le land art hérite de cette contestation des marchés de l'art. Les
artistes de ce mouvement ont réfléchi sur la capacité des
musées à accueillir des uvres d'un nouveau genre. Ceci les
poussera à créer dans, ou avec la nature. Le père de
Heizer était un ethnologue et un archéologue spécialiste
dans l'architecture précolombienne. Ceci fut une inspiration pour Heizer
qui est fasciné par les grandes tailles et les masses importantes des bâtiments,
plus que par leur fonction ou leur signification symbolique. Heizer travaille
plus sur la taille dans ses uvres que sur l'échelle. Pour lui la
taille est réelle tandis que l'échelle est imaginaire. Dans son
travail, il est plus concentré sur la perte des repères. Dans
son travail dans la " Complex City " dans le désert du Nevada
aux Etats-Unis, il s'inspirât de deux constructions architecturales ayant
appartenu à des civilisations antiques. Il prit comme exemple la pyramide
de Djoser sur le site de Saqqarah en Egypte datant du 3ème millénaire
avant J.C. puis du bâtiment du jeu de paume à Chitchen Itza de la
civilisation Maya au Mexique. 
Le spectateur a facilement du mal à définir si " Complex
City " fait figure de sculpture ou d'architecture. Heizer l'a défini
comme une sculpture, pourtant ses références et sa grandeur font
plutôt pencher la balance pour une uvre architecturale. Comme un grand
bâtiment dans une ville, la construction s'impose au spectateur selon le
vu d'Heizer.

Les inspirations de Heizer lui permirent de faire dans cette uvre une
reprise du mastaba primitif de la pyramide de Djoser et de celle de Chitchen Itza.
Ces rapprochements servirent au " Complex 1 ". Cet édifice n'est
fait que de béton armé et de terre compactée. Ses dimensions
reprennent le goût de Heinzer pour les grandes tailles : 7m de hauteur pour
une longueur de 43m et une largeur de 34m. Les 2 autres bâtiments, formant
une cité, sont construits toujours dans l'esprit de grandeur. Ainsi "
Complex 2 " fait 7 m de haut pour 331m par 28m pour la longueur et la largeur
et " Complex 3 " garde toujours la même hauteur et fait ; dans
le même ordre que le précédent ; 207m par 28 m. Un spectateur
arrivera par un des côtés du désert, et se retrouvera face
à l'une des gigantesques constructions. Celui-ci aura deux choix : grimper
l'édifice ou le contourner. Arrivé de l'autre côté,
il sera à l'intérieur d'une grande fosse encadrée par les
trois " Complex ".

C'est à l'intérieur de cette cité que Heizer a travaillé.
A plus de 7m en dessous le niveau du sol, le spectateur ne voit plus aucune partie
du paysage. Afin de percevoir la construction, il doit bouger, reculant ou avançant
sans jamais trouver la bonne distance. De plus, les variations de lumière
suivant les heures de la journée et de la saison transforment le site.
Heinzer est allé même jusqu'à refuser que les visiteurs photographient
n'importe comment " Complex City " !

Malgré ses premières intentions, Heizer a réussi à
faire de Complex City une uvre architecturale. Cet artiste, enfant de la
génération Non-Art, a fait de la " non architecture ".
Ses édifices ne sont pas faits pour habiter et ne remplissent aucune fonction,
qu'elle soit sociale ou religieuse, que possède normalement un bâtiment
dans une ville.

De même lorsque l'on dit architecture, on pense le plus souvent à
une construction dans une ville ou à sa périphérie. Ici le
cadre de " Complex City " est le désert du Nevada, lieu totalement
inhabituel pour une construction de ce type. On peut aussi dire que Heizer est
atteint de gigantisme. Complex city s'inspire de grands édifices, et le
goût pour les grandes tailles d'Heizer en on fait une cité impressionnante.
Le spectateur doit se sentir écrasé et complètement déboussolé
au milieu des ces trois gigantesques édifices.

La perte de repère est accentuée par certaines parties de la
structure qui semblent juste tenir. S'avançant dans le vide, on imagine
les peuples égyptiens et mayas avec un progrès technologique architectural
équivalent à celui d'aujourd'hui. Le seul point de comparaison que
l'on pourrait faire avec " Complex City " ne peut-être que les
villes comme Las Vegas qui sont construites en plein désert. Heizer, dans
l'idée du land art a utilisé la lumière et les saisons pour
mieux exploiter les possibilités de son uvre. Il déclare lui
même qu'il espère que ses uvres ne lui survivront pas. Pourtant,
depuis les années 70, et le fait d'avoir utilisé du béton
armé, la construction semble être faite pour durer dans le temps,
laissant de côté l'aspect éphémère que veulent
certains artistes du land art.
Jardins alpins, Dieter Kienast Né
en 1945 à Zurich, Dieter Kienast a grandi dans l'établissement horticole
de ses parents. Après un apprentissage d'horticulteur paysagiste, et divers
stages, Dieter Kienast débute en 1970 ses études d'architecture
paysagère à l'université de Kassel en Allemagne. Il retourne
dans sa patrie huit ans plus tard avec un doctorat en poche. En 1979 débute
sa carrière professionnelle qui va rapidement l'amener à réaliser
nombre de places publiques, parcs urbains, cimetières, jardins botaniques
et zoologiques, aménagements extérieurs de centres thermaux, quartiers
d'habitations, édifices publics, zones industrielles. Dieter Kienast
n'a pas seulement été projeteur. Il a également dispensé
son enseignement à la faculté d'architecture paysagère de
l'université de Rapperswil, puis à l'université de Karlsruhe
pour enfin s'occuper de la création de la chaire d'architecture paysagère
à la faculté d'architecture de l' EPF de Zurich. En 1997,
Dieter Kienast conçoit les aménagements de l'exposition internationale
de jardins " Styrie 2000 ", qui se tient à Graz, en Autriche. Des
quatre jardins thématiques sortis de l'imagination de Dieter Kienast, le
jardin alpin est certainement celui qui interpelle le plus le visiteur. 
Avec ses facettes géométriques en forme de pyramide, le jardin
alpin crée un paysage artificiel où la montagne est réduite
sous une forme stylisée, donnant une impression d'irréel, de jamais
vu. Les surfaces gazonnées inclinées alternent avec des pierriers
abrupts plantés de fleurs alpines et de graminées. Destiné
à perdurer, le jardin alpin restera un point d'attraction de toute l'agglomération
de Graz. Le concept de Dieter Kienast redéfinit l'utilité des expositions
de jardins. 
Ces
expositions doivent être consacrées à la présentation
des branches professionnelles vertes et représenter des enjeux urbanistiques
et paysagers majeurs. De surcroît, les espaces publics qui en résultent
doivent être intégrés à la vie de tous les jours des
citadins et satisfaire aux exigences actuelles en matière de forme et de
contenu.

L'architecture
paysagère en dix thèses, selon Dieter Kienast Le
professeur Dieter Kienast a rédigé un manifeste comme base théorique
de son travail à la chaire d'architecture paysagère de l' EPF de
Zurich. En voici un résumé succinct des dix points qui le composent
: 1. La Nature en Ville n'est pas seulement verte, mais également
grise. Elle n'est pas seulement arbre, haie ou gazon, mais également revêtement
perméable, place, canal, mur, axe, centre et périphérie. 2.
La Ville se décompose en une multitude d'unités. Cette apparente
diversité doit être prise en compte dans les espaces extérieurs. 3.
La limite entre Ville et Campagne devient floue. Cependant, la spécificité
de chaque entité doit être maintenue. Il s'agit donc à l'avenir
de maintenir la différence entre ces deux pôles, pour une meilleure
lecture du monde. 4. Les espaces extérieurs de la Ville dans son ensemble
ne sont pas planifiables. Par contre, des interventions ponctuelles, à
l'image d'une mosaïque, confèrent un caractère particulier
à chaque endroit. 5. Les surfaces résiduelles méritent
une attention soutenue. Particulièrement à la périphérie
de la Ville, des interventions urbanistiques et paysagères s'imposent. 6.
L'architecture paysagère est dans l'esprit du temps. Sa base repose sur
les Evénements sociaux, culturels, et écologiques actuels, placés
dans leur contexte historique. Dès lors la collaboration avec les disciplines-soeurs,
l'architecture, l'ingénierie et les beaux-arts devient bien plus qu'une
nécessité. C'est une évidence, car le travail en commun crée
l'innovation. 7. Une autre base de l'architecture paysagère est la
référence à l'endroit. Sa lecture et son analyse donnent
les idées directrices du concept. L'authenticité du lieu doit être
maintenue. 8. Le principe de la transparence est le bienvenu dans le développement
des espaces urbains. Elle révèle la différence, l'hétérogénéité
de la Ville et ses habitants, intègre le vieux et le neuf et permet à
la société et à l'être individuel de se ressourcer. 9.
Il faut redécouvrir le végétal en tant qu'élément
urbain et ne plus le considérer seulement comme facteur écologique
ou élément architectonique. Le choix d'une plante ne se fait
pas seulement en fonction de sa floraison, mais également en fonction de
son feuillage, du bruit qu'elle fait au vent, de l'ombre qu'elle projette au sol,
de ses branches en hiver. Il faut révéler la symbolique de la plante
et savoir ressentir sa sensualité. 10. Les mouvements écologiques
ont mis en évidence la végétation indigène. Ils ont
dénoncé à raison l'absurdité de l'utilisation des
produits chimiques et la monoculture des plantes de couvre-sol. Mais le rejet
strict de plantes améliorées ou sélectionnées est
également absurde, car on fait ainsi une croix sur un art des jardins vieux
de plusieurs siècles. Donnons une chance aux plantes exotiques
! La végétation urbaine vit de ces contrastes. Elle pousse librement
ou est taillée; elle est multicolore ou monochrome, exubérante ou
maigre; indigène ou étrangère. Les plantes sont utiles pour
le climat et l'être humain, et elles répondent aux aspirations d'un
retour à la nature des citadins. Cet aspect revêt une importance
particulière dans notre vie de tous les jours. Les biotopes naturels appartiennent
à la campagne, disait-il. En ville, le paysage doit être redessiné
à l'image du citadin qui s'y identifie et se l'approprie. Le paysage
urbain est un espace aux formes épurées et sobres, où les
idées conservatrices d'un retour au passé n'ont pas leur place.
Un jour, le futur appartiendra aussi au passé. C'est pourquoi les lieux
en ville ne doivent pas seulement raconter l'histoire du passé. Ils doivent
également raconter de nouvelles histoires qui sont le miroir de notre société
actuelle.
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