MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

Dar Hi, Nefta

 

 

Cette architecture en pilotis permet d’élaborer les différents scénarios de vie proposés à la Dar HI. En hauteur, les pilotis portent les toits des terrasses pour s’élever au-dessus du mur et venir chercher différents points de vue : la palmeraie de Nefta, la ville ou encore le Chott el-jerid… Plus bas, ces mêmes pilotis organisent la cour intérieure, traversent les étages et dessinent les espaces.

Trois types d’espaces sont proposés – les pilotis, les troglodytes et les dunes – pour trois possibilités d’être dans la Dar HI. Chaque type propose un niveau d’interaction avec le lieu, la vie de l’hôtel (terrasse intérieure, piscine, hammam…) et ses hôtes. L’ensemble permet de moduler librement son séjour.

Les espaces en pilotis offrent des panoramas exceptionnels et pour chacun différent. Les uns s’élèvent pour profiter de l’horizon irisé du lac salé, les autres donnent sur la corbeille et son paysage varié. Tous offrent deux expériences de vie possibles, l’une plus intime en partie haute avec une vue panoramique sur l’extérieur, l’autre davantage publique et collective sur la terrasse ombragée située en partie basse. En partie haute, la vie s’organise autour du bow-window, comme si la vue elle-même était intégrée.

Une petite table pour grignoter ou travailler, un vaste lit qui vient masquer la partie douche et les toilettes composent l’espace. En bas, c’est comme une petite place de village qui se forme à l’extérieur. Chacun a son espace protégé du soleil et pour lequel on organise son envie d’intimité par un jeu de treilles. Mais on peut aussi facilement se sentir tous ensemble. La place, le bar, le point d’eau et les petites fontaines permettent une vie commune simple et calme.

Les trois espaces troglodytes parés de briquettes de Nefta et éclairés par une lumière zénithale sont à la fois indépendants avec chacun une terrasse privative et reliés entre eux par un espace commun circulaire. La vie collective s’organise, autour d’une petite place encadrée d’une cascade d’eau et d’un four à pain. Ces chambres peuvent être louées ensemble, pour un séjour en famille ou entre amis. Leur fraîcheur rappelle la douceur des maisons troglodytes typiques de la région de Matmata. L’impression d’espace permet de faire l’expérience d’un confort épuré.

Les trois espaces dunes sont au niveau du sable. Ils se présentent comme des pièces ouvertes qu’un vent de sable aurait dessinées. Comme si le sable était venu configurer les lieux. A la manière d’un bivouac, les espaces intérieurs proposent un confort informel et modulable. Habiter la dune, habiter le sol, faire son nid en oubliant les critères classiques du confort, c’est ressentir au mieux la proximité du désert. Chaque espace dune est particulier : l’un est doté d’une loggia et d’un puits de lumière avec jardin intérieur, l’autre, très vaste, dispose d’une terrasse extérieure et d’une baie vitrée avec vue sur la corbeille de Nefta, la troisième est aussi très spacieuse et très fraîche. Elle offre une vue sur la palmeraie avec une chambre indépendante et une terrasse-alcôve en bois.

En plus des espaces privatifs, différents espaces communs sont autant de lieux de rencontres et de partages. ”En les laissant les plus ouverts possibles, on a voulu faire en sorte que la circulation soit fluide avec un potentiel d’usages le plus vaste possible.”

C’est un véritable laboratoire dans lequel travaille les cuisinières, toutes habitantes de Nefta, à la vue de tous. L’espace est aussi à disposition des hôtes, à toute heure du jour et de la nuit. Il n’y a pas d’espace dédié au restaurant mais une grande table d’hôte et plusieurs petites tables dispersées qui s’organisent selon les envies de chacun.

En plein désert, une source d’eau chaude naturelle apporte ses bienfaits à la Dar HI. Grâce à un principe de géothermie naturelle, le hammam ne nécessite donc aucun générateur. La piscine est également alimentée en eau naturellement chaude.

Nefta est située dans une corbeille qui épouse une palmeraie et s’étend jusqu’aux portes du désert de dunes et du lac salé. Une lumière extraordinaire, des courbes de paysage qui invitent à la méditation, des parois abruptes qui permettent une vue plongeante… le panorama qu’offre Nefta est unique.

La région est également réputée pour sa palmeraie et ses milliers de palmiers qui donnent l’une des variétés de dattes les plus recherchées dans le monde : les ”deglet nour”. Des sources jaillissent ça et là si bien que la végétation y est facilement luxuriante. Par ailleurs, l’architecture des maisons est typique. Les murs sont faits de briques pleines de couleur ocre.

Les toits et les portes des maisons sont fabriqués en bois de palmier. Ce n’est pas par hasard si cet endroit a inspiré un nombre important de cinéastes, notamment pour deux films cultes : la ”Guerre des étoiles” et ”Le patient anglais” qui a été tourné en partie dans la ville même de Nefta.

”Nefta qui a longtemps été la première destination d’un tourisme saharien de luxe est une ville qui a un imaginaire fort”, ajoute Patrick. Le Sahara Palace, aujourd’hui fermé, était une halte luxueuse pour les stars des années 1960.

La ville est à la fois apaisante et vivante. On y perçoit très vite son énergie en même temps qu’une douceur de vivre. Ville de spiritualité ancestrale, importante cité religieuse, Nefta est un des centres du soufisme et de ce fait a une dimension poétique et mystique.

Aujourd’hui encore on compte des marabouts célèbres dans cette ville sainte. Il y a donc une onde spécifique, emprunte de spiritualité et méditation.

Sur un terrain exposé plein sud et ouest qui domine la corbeille de Nefta, Dar Hi bénéficie du meilleur point de vue de la ville. Le panorama est exceptionnel : au plus près, la ville historique et animée, plus loin, l’oasis et ses palmiers à perte de vue, et au-delà les irisations de sel du Chott el-djerid qui offrent de magnifiques et mystérieux couchers de soleil.

Tout en offrant un univers protecteur, Dar Hi s’insère naturellement dans le paysage de Nefta. On a d’abord eu l’intention de concevoir une maison nichée dans la ville pour être au coeur de son énergie et de son esprit. Ils n’ont donc pas joué la carte de l’isolement par rapport à la vie locale. Au contraire ils ont voulu inscrire leur projet dans le contemporain de la ville et de son développement. C’est là que le projet entre véritablement dans une démarche de développement local et durable.

Dès les premières ébauches de la Dar Hi et loin de vouloir à tout prix ”faire local”, on a choisi de faire dialoguer une démarche contemporaine avec des codes, des matériaux et des rituels de Nefta. La designer a travaillé avec les artisans de la ville en étant à l’écoute de leur technique et de leurs contraintes.

Elle a ainsi observé les techniques de construction locale comme les structures poutres et les briques qui se retrouvent dans les modules en pilotis de la Dar Hi. Pour les parements des murs elle a adopté les briquettes en argile fabriquées traditionnellement à Nefta.

Le palmier est aussi re-travaillé, ré-interprété dans les éléments d’architecture et de design du lieu. De même, la gouttière et la forme de la niche, très utilisées localement, sont reprises comme référence architecturale.

Et tandis que la lanterne et la paillasse sont des codes que matali a mis en exergue, quelques traces de la vie ordinaire sont symbolisés, à l’exemple du tapis qui sèche au vent et qui est devenu l’emblème de la Dar Hi.

L’écologie et le développement durable sont aux fondements. La palmeraie, véritable joyau local, est un milieu fragile qui a besoin d’être préservé et réhabilité, ce qui est déjà en partie en cours grâce à un projet de développement financé par la Fondation Albert de Monaco.

La palmeraie est particulièrement investie non seulement par un abri, lieu de convivialité pour se mettre au frais, par une cabane à vivre qui offre un confort minimal, mais aussi par un potager bio pour lequel un travail de réflexion sur les espèces à cultiver est mené.

En plein désert, la question de l’eau est par ailleurs décisive. A Nefta, l’eau qui arrive d’une source chaude est ainsi mise en circuit dans l’ensemble de la Dar Hi pour le hammam et pour la piscine. Cette eau qui vient signifier sa présence jusque dans de petites rigoles circulant autour des maisons en pilotis permet également l’irrigation de l’oasis.



A l’ombre d’un mur d’enceinte, un ensemble de maisons sur pilotis se dresse à la manière d’un village du bout du monde. L’ensemble architectural constitue une proposition forte en harmonie avec le site naturel et la vie locale. Dar HI, aux couleurs ocre et sable, est un concept complet de soins corps et esprit qui se développe autour d’espaces privés et collectifs, d’une piscine, d’un restaurant et d’un spa.

Enfin, le projet s’entend dans la durée. Car l’équipe a noué des relations de proximité et de confiance avec les habitants qui seront les responsables de la maison et la feront vivre au quotidien dans le long terme. Les jardiniers cultivent le potager qui est la principale source d’alimentation. Les cuisinières proposent une cuisine locale simple et saine.

Pas de grande gastronomie dispendieuse ni de produits importés de loin, encore moins de pseudo-cuisine authentique, mais plutôt une recherche d’autarcie et de développement local. Ici l’artifice du folklore n’est pas nécessaire.

Créer un lieu dans le désert n’est donc pas anodin et répond au besoin très contemporain de se retirer du rythme du monde pour s’offrir une halte et les vraies conditions pour se ressourcer. ”Le désert, c’est l’espace par excellence du dépaysement, du repos, du ressourcement”.

Le choix de la Tunisie est d’abord pour Patrick l’expression d’un véritable attachement familial : ”Mon père est tunisien et j’avais depuis longtemps le souhait de développer un projet en Tunisie, de travailler avec les Tunisiens et d’y partager des expériences.” En parcourant le pays, Patrick et Philippe se sont volontairement écartés des destinations touristiques les plus courues pour se laisser attirer par le désert. Le tourisme en Tunisie s’est développé autour de hauts-lieux érigés par les tours-operators en ”destinations touristiques” internationales. Elles font peut-être oublier que le pays présente des sites naturels d’exception qui invitent à un voyage intérieur aujourd’hui davantage recherché. Mais jusque-là, le pays ne disposait pas de petites structures hôtelières originales, ni de maisons d’hôtes contemporaines, encore moins de projets d’hospitalité écologique. Avec la Dar HI, le tourisme en Tunisie prend un tour nouveau, à une échelle humaine et raisonnée.

La Dar Hi… une maison avant tout

C’est en arrivant à pied que le séjour à la Dar HI commence. La voiture a été laissée loin à l’écart. Une porte discrète laisse imaginer que l’on pénètre dans une habitation. L’entrée, un couloir, une rampe, est comme un sas qui permet de laisser ses ”codes” à l’extérieur. On défait ses chaussures pour chausser des babouches. On est chez soi.

Un peu à la manière des foundouks traditionnels, la Dar HI est une maison dans laquelle les haltes se prolongent, aux antipodes du tourisme de passage. Ici, c’est une immersion dans la durée qui est proposée. L’organisation des lieux favorise la possibilité de se retrouver ensemble et de se retirer au calme pour se ressourcer. Les visiteurs peuvent moduler à leur guise leur envie de repos ou de partager des moments de convivialité et de vie commune.

Une architecture intravertie à l’extérieur et extravertie à l’intérieur, c’est-à-dire en explosant les codes. Avec son mur d’enceinte, typique des constructions locales, la Dar HI suit le mouvement du terrain. A l’intérieur, des pilotis qui semblent plantés dans le sable et la dune structurent le lieu. Posés ça et là en fonction de leur exposition au soleil et de leur panorama, ils donnent le rythme architectural et en constituent les clés explicites de lecture.

Equipe

Philippe Chapelet et Patrick Elouarghi travaillent ensemble depuis 20 ans. Après avoir ouvert à Paris L’Épicerie du Monde, le premier concept store de world food, ils décident de s’installer “au vert”. Ils restaurent le Château de la Tremblaye dans la vallée de la Loire, qui devient dès sa première année affilié à Châteaux et Hôtels de France. En 2001, ils se lancent un nouveau défi : inventer un hôtel qui renouvelle les codes et s’affranchisse des lieux communs et des standards des hôtels de luxe. Ils imaginent HI. HI sera urbain, novateur, audacieux. Ils choisissent la ville de Nice, carrefour d’un tourisme international et idéale pour son climat. A la recherche d’un designer, ils identifient très rapidement le travail de matali crasset. ”Si différente, décalée, elle propose un mobilier non décoratif particulièrement attaché à la fonction et à l’expérimentation”. Ils découvrent une personne “accessible”, intéressée par leur envie de proposer une alternative à l’hôtellerie haut de gamme d’aujourd’hui. matali est animée par les mêmes motivations.

matali est designer industriel, formée aux Ateliers Saint Sabin -l’Ensci et par ses expériences auprès de grands designers, notamment Philippe Starck en France et Denis Santachiara en Italie. Elle décide très vite de créer son propre studio et de mettre en cohérence ses principes de vie, son travail et ses visions du futur. Elle développe alors un design global avec une méthodologie faite d’observation fine des usages techniques et sociaux, des comportements humains et des rituels d’ici et d’ailleurs qu’elle propose alors de repenser dans le contemporain. Ses axes de recherche parmi lesquels l’hospitalité, la générosité, l’appropriation, l’amènent à intervenir dans des domaines très différents : le mobilier, la scénographie, l’architecture, l’art contemporain, la réalité virtuelle,… Son travail se déploie à partir de rencontres et de partage avec des acteurs différents : entrepreneurs et industriels, particuliers en quête de nouvelles logiques de vie, municipalités tournées vers des projets de développement durable, associations locales, galéristes, etc.

Fiche technique

Maitre d’ouvrage : Dar HI
Maître d’oeuvre : matali crasset, matali crasset productions assistée de Marco Salgado et Francis Fichot
Architecte d’exécution : Mohamed Nasr
Gros oeuvre / maçonnerie : ELB, Mr Louhichi
Suivi et pilotage : Karconsult, Tunis
Electricité : EBF, Mr Ben Jemaa, tunis
Fluide, climatisation : SBMF, Mr Ben Messaoud, Tunis
Menuiserie : entreprise Mokded, Tozeur
Bureau d’étude : Best engineering, tunis
Bureau de contrôle : Excell control, Tunis
Tapissier : Mr Hsine Azouga
Ferronnier : Mr Samir Cherif
Etancheïté : SNEC, tunis
Céramique : Mr Mourad Hsiki, Nabeul

Superficie bâtie et terrasse : 2347 m2

Conception : 2005
Livraison : juin 2010

Eco-lodge de 17 chambres
Dar HI
9 chambres pilotis
3 chambres dunes pour 4 personnes
3 chambres troglodytes : chambres avec 4 personnes
Dar Malika
2 chambres dans une maison traditionnelle additionnelle


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