Compte-rendu couvert par: Rym Ben Younes
Ce colloque intéresse Archi-Mag doublement puisqu’il traite de notre thème d’actualité mais encore plus étant donné qu’il est inspiré directement de notre appel à contribution autour du slogan « repenser le tourisme ». Ainsi, en collaboration avec l’UTC, Archi-Mag avait tenté de regrouper vers une même perspective, des professionnels du tourisme et de l’Architecture. Etaient alors présents des architectes ayant des expériences privées considérables dans le domaine du tourisme (Wassim Ben Mahmoud, Ajmi Mimita, Taoufik Bou Slama et Moez Gueddas) et des architectes exprimant leur expérience au sein des administrations traittant du tourisme dans le contexte de la politique de l’Etat (ONTT avec Khaled Trabelsi, AFT avec Tafida Ben Othmen, APAL avec Afifa Sfaïhi, l’AMVPPC avec Lotfi Bouzouita).
Les différentes communications et les réactions qu’elles ont engendrées lors du débat étaient intéressantes dans le sens où elles ont dénoté d’une conscience collective et d’un regard critique porteur d’amélioration. Globalement, les points traités par les architectes du secteur privé avaient abordé le contexte historique et politique du sujet et ils ont relevé des remarques et des questionnements différents dont on cite :
- La responsabilité de l’architecte dans les différentes étapes de l’œuvre touristique engageant le droit, la formation et l’information. Il est donc responsable de la réussite ou de l’échec du Tourisme.
- La multitude des réponses entre standardisation et innovation. Mais, la question restera « Vers quelle catégorie de tourisme orienter le choix ? »
- Les complexes touristiques et leur autonomie : continuer ou changer ?
- Le produit tunisien par rapport au marché mondial et la concurrence : ouverture ou importation ?
- Tourisme et spécificités régionales : comment interpréter dans le contemporain cette culture locale ?
- L’influence des décideurs et des promoteurs sur le travail de l’architecte : poids et limites.
- La nécessité de définir le produit touristique dans le temps : les différents types de tourisme puisque à chaque type correspond une structure d’accueil adéquate aux besoins.
- L’hôtel et son environnement immédiat représentent une mission complexe pour l’architecte et l’aménageur qu’il faut gérer dans sa complexité pour ne pas créer de rupture.
- L’industrie du tourisme face aux différentes normes et le rôle de l’architecte vis-à-vis de ça.
- Le tourisme et l’environnement entre anciens et nouveaux concepts.
- Présentations de certains projets personnels et d’autres architectes de renommé comme illustrations des idées projetées.
La deuxième séance était consacrée aux architectes représentant les administrations du tourisme dans le pays. Les différentes communications seront publiées dans Archi-Mag lors de la mise en ligne du dossier « repenser le tourisme ». les axes principaux des sujets traités étaient orientés vers certains points et questions tels que :
- Le tourisme de masse : choix ou obligation
- Opposer volé économique et réussite architecturale, le dualisme existe-t-il vraiment ?
- Les dix typologies touristiques présentes en Tunisie entre passé et futur
- Le processus de réalisation d’un projet touristique dans une zone touristique ou en dehors : étapes, paramètres et règlements.
- Le zooning et son développement entre un passé qui trouve logique d’éloigner le touristique des villes et le contemporain où le tourisme change de visage. Ce qui engage la discussion sur la relation étroite entre Architecture et urbanisme, ainsi que l’impérativité d’entamer une étape de PAU plus réfléchie en terme d’ambiances donnant un aménagement plus qualitatif qu’un découpage foncier « bête et méchant ».
- La crise du tourisme tunisien revient à un dépassement du raisonnement par zone et à l’absence d’un produit urbain face à des projets individuels et des produits hôteliers autonomes et fermés sur eux-mêmes. L’hôtel devient sa propre zone touristique. Ce qui souligne la nécessité de changer l’approche et de ne plus se limiter, pour les aménageurs, à créer des termes de référence et de penser la zone urbaine comme un projet de société, un projet pour tous.
- La notion du tourisme durable pour un meilleur respect de l’Homme et de la nature développée sur cinq points au lieu du trinôme classique: le social, le culturel, l’économique, le spatial et l’environnemental.
- Présentation de nouvelles expériences sur le littoral (APAL) reflétant une réflexion en termes de « destination » et non plus en termes de « produit ». Le produit n’est plus le moteur du tourisme, mais son vecteur, c’est le patrimoine global qui en est devenu le vrai moteur.
En fin de matinée, l’ex-ministre du tourisme, le père du tourisme tunisien comme l’a appelé monsieur Ali Djerbi, monsieur Ahmed Smaoui avait énoncé quelques remarques pertinentes émanant de son expérience dans le domaine et en réagissant par rapport aux différentes interventions. Sa position part de la confirmation que le tourisme de masse n’était pas un choix pour la Tunisie ; c’était simplement le tourisme que méritait notre produit à l’époque. Mais, maintenant avec l’option de changer le produit, le tourisme qui va avec pourrait changer. Et c’est depuis lors que l’importance de l’Architecture est soulignée puisque c’est un élément fondamental de ce produit. C’est l’Architecture qui sera la génératrice d’un changement du cadre de vie dans l’intelligence de répondre à l’attente du touriste en lui construisant un cadre de vacance sans renier l’identité du pays. La question tourne surtout autour du produit touristique lui-même, la zone touristique étant morte et la station touristique étant dépassée. Il faudrait intégrer le produit dans la vie quotidienne et c’est les zones urbaines qui devraient donc intégrer le tourisme.
Le tourisme devrait se penser en termes de marché en tant que marchandise et la responsabilité des architectes se situe aussi à ce niveau financier pour chercher à concevoir des produits avec le moindre coût. Cet objectif ne pourrait être atteint que suite à une approche systémique et pluridimensionnelle du tourisme. C’est le profil du touriste qui compte et non la catégorie du tourisme puisque le premier déduit le deuxième. Ainsi, l’évolution des profils retrace schématiquement et clairement le changement et la réorientation continue de notre tourisme et tout ce qui en découle : Les « lézards », qui viennent se reposer, cèdent la place aux « sportifs » qui viennent se fatiguer, puis les «bons élèves », qui viennent s’instruire en suivant un guide, viennent après les nouveaux touristes, « les bisness men » et en fin les « t’as mal où ? », qui représentent les touristes du troisième âge venant pour une thérapie chez nous.
C’est avec ce schéma caricatural et simple que monsieur Ahmed Smaoui avait clôturé la journée du colloque « Quelle Archtecture pour quel Tourisme ? »
Les communications détaillées et présentées lors de la journée seront bientôt publiées sur Archi-Mag.
|