MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

Symposium International : Mémoires Andalouses

ORDRE DES ARCHITECTES DE TUNISIE
SYMPOSIUM INTERNATIONAL 20-27 JUIN 2009


MEMOIRES ANDALOUSES
Commissaire: Hichem MEHDI


SOUS LE PATRONAGE de M. Raouf EL BASTI
MINISTRE de la CULTURE & de la SAUVEGARDE du PATRIMOINE
OAT - ENAU – INP – AMVPPC – Ambassade d’Espagne & AECID Tunisie – ASM Zaghouan
A LA CITE DES SCIENCES – TUNIS


EXPOSITIONS (du 20 au 27)


Samedi 20 Juin 2009
09h00 : Cérémonie d’Ouverture par M. le Ministre du Tourisme (en attente de Confirmation)
10h30 : Présentation des Produits de la Région EstremaDure & Cocktail

CONGRES (du 25 au 27)


Jeudi 25 Juin 2009
09h00 : Cérémonie d’Ouverture par M. le Ministre de la Culture & de la Conservation du Patrimoine
09h45 : Pause Café (pâtisseries de Zaghouan)
10H00 : Conf. Pr. Raja El Bahri (Université Manouba) « Histoire des Morisques de Tunisie »
10H45 : Conf Dr. Syrine Ben Moussa, Musicologue « le Malouf Tunisien »
11H30 : Conf Pr. Jomâa Chikha & Ahmed Hamrouni « Us & Coutumes Andalouses »
13h00 : Déjeuner
14H30 : Conf. Pr. Olate Villanueva, Architecte « Stratégie de mise en œuvre de la Restauration de Testour »
15H15 : Conf. Mme. Faouzia Ben Zahra, Architecte INP «Mode & Technique de Construction Andalouse à Testour - Restauration de la Grande Mosquée »
16H00 : Conf. Pr. Antonio Almagro « La Quobba de Sidi Kacem El Jélizi & ses Précédents Andalous »
16H45 : Pause Café (pâtisseries de Testour)
17H00 : Conf. Mohamed Sadok Chaïeb, Architecte «Mosquées andalouses en Tunisie»
17h45 : Conf. Pr. Mohamed Hachicha Dir. Ecole de Céramique Sidi Kacem Jélizi « la Céramique Andalouse »
18h30 : Conf. Pr. Mounir Dhouib, Dr. Architecte « Architecture Mauresque de Soliman »
19H30 : Visite de Sidi Bou Saïd & Cocktail Offert par Monsieur le Ministre du Tourisme
21H00 : Concert Palais du Baron DERLANGER - Chouyoukh El Malouf & Syrine Ben Moussa, Invité d’Honneur Dr. Salah El MAHDI de Musique Arabe

Vendredi 26 Juin 2009
09H00 : Conf. Pr. Luis F. Bernabe Pons « Testour, une Ville & une Culture Morisque »
09H45 : Conf. Hayet Badrani, Architecte « La Route des Andalous »
10H30 : Pause Café (pâtisseries de Zaghouan )
10H15 : Conf. Pr. Inchirah Hababou-Allagui, Architecte « Typo-Morphologie de l’Architecture Andalouse »
11H00 : Conf. Mme Myriam Ben Rachid, Architecte « Le Vocabulaire Architectural Andalou»
11H45 : Conf. Pr. AbdelHakim Slama Gafsi « Armillaire de la Grande Mosquée de Testour (Hassen El Chaddad 1345) & les autres Cadrans Solaires »
13h00 : Déjeuner
14H30 : Conf. Pr. Fakher Kharrat, Architecte « Techniques de Construction »
15H15 : Conf. Mamdouh Blaïech, Architecte « Projets Réalisés avec les Techniques Traditionnelles »
16H00 : Pause Café
16h15 : Conf. Pr. Javier Galvan, Architecte « Réhabilitation du quartier Sidi El Ouali à Ouahran »
17h00 : Con. M. Lotfi Bouzouita, Architecte Dir. Tech. de l’AMVPPC “le projet de circuit culturel à Testour »
17h45 : Conf. Architecte de Grenade « Gestion des Espaces Publics & Monument Mauresques » (Attente de Confirmation par Junta Andalucia)
19H00 : Visite de la Médina de Tunis & Cocktail offert par M. le Maire de Tunis

Samedi 27 Juin 2009
09H00 : Con. Raja Aouali Arch. ARRU Dir. Conseiller « Restauration des Edifices Anciens-Etudes de Faisabilité »
09H45 : Conf. Walid Ben Moussa, Architecte « Le Plan d’Aménagement de Testour »
10h00 : Pause Café ( pâtisseries de Soliman )
10H15 : Conf. Mme Hamida Rhouma, Architecte INP, Chef de Service de l’Architecure & de l’Urbanisme : «Pour l’élaboration d’un Plan de Sauvegarde & de Mise en Valeur de l’Ensemble Historique de Testour »
11H00 : Conf Pr. Salma Hamza, Architecte « Le réseau du label Maison-laboratoire »
11H45 : Conf. Hammadi Turki, Ing. Agronome « Agriculture Andalouse, Biologique »
12H30 : Clôture par M. Slaheddine Malouch, Ministre de l’Equipement & de l’Habitat & de l’Aménagement du Territoire (Attente de Confirmation) & Lecture des Recommandations
14h00 : Déjeuner Mauresque, Ferme biologique « Dar Zaghouane »
15H30: Visite Guidée « La Médina de Zaghouan » & Inauguration de la Maison-Laboratoire (ex mairie de Zaghouan) – Cocktail & Soulamia à Sidi Ali Azouz
18H00 : Retour à Tunis
21H00 : Dîner Gala – Restaurant « Les Dunes » Gammarth, Orchestre M.B. Three (Smoking & Robe de Soirée)

COMPTE RENDU : Mémoires Andalouses
Olfa Belhassine / La Presse

Pendant trois jours, du 25 au 27 juin, la Cité des sciences a vécu sur le rythme des «Mémoires andalouses». Un symposium scientifique organisé par l’Ordre des architectes de Tunisie. La ville andalouse de Testour et son architecture unique, qui subit aujourd’hui diverses transformations, ont soulevé des débats utiles et passionnants.

Il y a exactement quatre siècles, un peuple en désarroi, déchu, déraciné, débarquait sur nos rivages. La langue latine, les yeux bleus et les cheveux blonds de ses femmes et de ses hommes signalaient une origine étrange et étrangère. 1609 marque en effet une date inoubliable pour tous ces Morisques arrivés en masse chez nous (80.000 personnes en quelques mois). Le roi Philippe III avait décidé leur expulsion totale d’Espagne. Mais un autre roi, de l’autre côté de la Méditerranée a eu l’intelligence de les accueillir à bras ouverts. En bon stratège, Othman Dey avait anticipé sur le développement que pouvaient apporter à la Tunisie ces exilés savants, ingénieux, habiles de leurs mains et tellement raffinés. L’histoire lui donnera raison. Cette histoire, nous la commémorons depuis l’automne dernier. Elle a fait l’objet, la semaine dernière, d’un symposium international organisé par l’Ordre des architectes de Tunisie sur le thème: «Mémoires andalouses». Cette rencontre placée sous le patronage du ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine a été organisée du 25 au 27 juin à la Cité des sciences, en collaboration avec l’ambassade d’Espagne, l’Agence espagnole de coopération internationale, l’Ecole d’architecture, l’INP, l’Amvpcc, l’ASM de Zaghouan et la Junta de Andalucia.
Et si les autres colloques commémorant le quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques d’Espagne ont mis l’accent sur les conditions de leur installation chez nous, leurs difficultés à s’intégrer au début, leur distribution géographique, leurs métiers, le dernier symposium s’est intéressé essentiellement à l’architecture andalouse. Et notamment au caractère unique qui distingue Testour des autres villes tunisiennes.

L’émergence d’un nouvel urbanisme
Situé à 70 km au nord de Tunis, Testour est un site vierge de toute construction quand une communauté d’andalous, des agriculteurs en majorité, la choisirent pour fonder le premier noyau d’une médina entourant une petite mosquée. Vers 1610, le quartier de la Rhiba voit le jour. Quelques années après, une seconde vague d’exilés de Castille et d’Aragonite crée le quartier Tagharine avec sa grande mosquée. Très vite le quartier de la Hara élargit encore plus la médina. En l’espace de trente ans une petite ville homogène, semi-rurale émergea sur la rive droite de l’oued Médjerda.
Un siècle après, un voyageur espagnol, Francisco Ximenez, décrit dans son journal Testour. L’historienne Raja Yacine Bahri qui a travaillé sur le manuscrit de Ximenez cite des bribes du document où il compare ces lieux à Grenade. Il y retrouve un quartier appelé l’Halambra et une place où se jouait la corrida. La ville qui parlait toujours espagnol possédait 800 maisons toutes construites en tuiles rouges à la manière espagnole.
Pour l’architecte et urbaniste Inchirah Hababou Allagui, Testour «va profiter de l’envie des Morisques de mettre à nu leur propre culture et leur façon de concevoir la ville qui ont été pendant deux siècles cachées sous la domination chrétienne». L’urbanisme, le vocabulaire architectural et les typologies spatiales qu’ils inventeront seront, selon Inchirah Hababou, liés d’une part à leur identité musulmane (qui donnera une cité compacte et protectrice pour sauvegarder l’intimité des maisons) mais aussi à leurs métiers, l’agriculture et la teinture de la chéchia.
«La morphologie orthogonale et rectiligne des voies et leur largeur permet plus de facilités pour la circulation des nouveaux engins agricoles, comme les charrettes, introduits chez nous par les Morisques. Ville sans impasses, Testour est entièrement rattachée à la Medjerda dans sa partie haute», ajoute l’architecte.

Des maisons au charme discret
L’architecture domestique, suivant cette même logique, a été adaptée aux besoins d’une communauté qui a su tirer les meilleures récoltes des terres environnantes en les plantant d’oliviers, de muriers, de pommiers, d’abricotiers, de pêchers et de cultures maraîchères. Toujours selon Inchirah Hababou, deux typologies apparaissent. Tout d’abord, la maison rurale, qui se construit par addition en s’attachant à la limite de la parcelle fournie. Dans ce cas, le patio sera un espace à la fois de vie et de travail et les espaces rattachés à l’activité agricole nombreux et importants. Les façades ne présentent pas de traitement particulier. Seul signe particulier: leurs toitures en pente recouvertes par des tuiles rondes superposées. Ensuite, la maison de Testour, plus citadine, avec son entrée en chicane et son patio à forme géométrique réservé uniquement à l’habitation malgré son étymologie, Corran (dérivé du mot écuries), ses espaces de service sont placés latéralement. Des éléments de décor apparaissent ici et là: sur les façades, autour du lit, sur les fenêtres (de la ferronnerie)...L’étage fonctionne comme grenier. On y dépose des jarres d’huile d’olive, les provisions de pâtes, de confiture, les fruits, les légumes et diverses autres réserves.
Mais qu’est-ce qui fait le charme des maisons andalouses?
«C’est l’harmonie qui se dégage de tout l’ensemble du quartier», répond Inchirah Hababou.
L’architecte Fakher Kharrat explique ce caractère unique par «les matériaux locaux dont les Morisques ont su tirer le meilleur profit: la tabia, la pierre, les tuiles de grande taille, les troncs de genévrier, la chaux...»
Pour Walid Ben Moussa, architecte et urbaniste, «la simplicité de ces bâtiments mêlée à des techniques constructives très complexes donne une esthétique particulière aux maisons de Testour»

Mutations
Natif de Testour, descendant d’une famille de notables morisques qui a longtemps exercé des fonctions juridiques, Walid Ben Moussa tire la sonnette d’alarme.
«Tout se transforme à vue d’œil. Les vagues d’exode rurales et la quasi disparition de la structure familiale patriarcale ont bouleversé les équilibres anciens. Les familles andalouses quittent la médina pour aller travailler ailleurs. Ceux à qui elles cèdent leurs maisons ne portent aucun intérêt à ces typologies arabo-andalouses. On les voit alors se dénuder de leurs toitures en pente et se métamorphoser en villas avec vérandas. D’autres demeures abandonnées s’écroulent les unes après les autres. Les monuments historiques sont en train de subir des dégradations et des agressions continues».
Et à l’architecte de s’interrogerà juste titre : «A quel point les habitantsde la ville, leurs représentants élus et les décideurs locaux et régionaux sont-ils conscients et sensibles à ces problèmes? Y a-t-il un plan de sauvegarde de la Médina de Testour? Quel role joue l’Association de sauvegarde de la médina de Testouret quel pouvoir possède-t-elle pour intervenir ? Où sont les instruments de planification urbaine, tels que le plan d’aménagement de la ville, susceptibles de faire face à ces agressions? Toutes ces questions ont besoin de réponses pour préserver la mémoire de la ville sans entraver son développement».
Les débats qui ont suivi les interventions, la plupart d’un très haut niveau scientifique, se sont révélés d’un grand intérêt.
On s’est longuement interrogé sur la manière dont la municipalité pourrait interdire quoi que se soit si elle n’a pas entre les mains un outil juridique. Une réglementationquelconque?Seuls deux monuments sont classés dans cette ville andalouse, la Grande mosquée et la zaouia Sidi Nasr Garouachi. N’est-ce pas trop peu pour un tel site? Autre problématique: la rupture de la chaîne de transmission des techniques de construction traditionnelle et de la fabrication des matériaux comme la tuile ancienne. La tuile industrielle ne convient point aux opérations de réhabilitation.
«Il ne s’agit pas de prôner une vision passéiste», ont insisté les architectes du patrimoine tunisiens et espagnols au cours du symposium. On ne peut pas aujourd’hui construire comme il y a quatre siècles. Mais ce témoignage du passé, il faudrait le garder au moins dans un îlot de la médina pour qu’il continue à raconter aux générations futures mais aussi aux visiteurs étrangers des tranches de notre histoire faite de métissages et d’identités multiples.

L'esprit des savoir-faire est toujours vivace
Le Symposium «Mémoires andalouses» organisé à la Cité des sciences par l’Ordre des architectes de Tunisie du 25 au 27 juin dernier, (voir notre article publié le 3/07/09), a abordé parmi ses problématiques celle de la réhabilitation des quartiers anciens de Testour. Telle que présentée par les architectes du patrimoine, l’architecture de la ville andalouse semble aujourd’hui subir diverses agressions.

Descendant d’une famille de notables morisques qui a longtemps habité la Médina et ayant exercé des fonctions juridiques, l’architecte et urbaniste Walid Ben Moussa prévient: «Le rythme des transformations dans la ville ancienne va très vite depuis les années 80. Si rien ne se fait aujourd’hui, je suis certain que dans dix ans, il ne restera plus rien de Testour l’andalouse».
La nouvelle municipalité, elle-même, a été construite dans le style Dar Chaâbane (stuc ajouré). Probablement, une fausse note. Une opportunité manquée pour un bâtiment qui aurait pu réconcilier les Testouris avec un patrimoine mal connu et mal exploité sur le plan touristique et culturel. Et cet immeuble qui a été édifié à l’entrée de la ville, cassant complètement la perspective sur le minaret de la Grande mosquée et dont l’arrêt de démolition tarde à être appliqué?

La Grande mosquée pourtant classée et protégée par le Code du patrimoine tunisien (ce document préconise que l’Institut national du patrimoine a un droit de regard sur les bâtiments entourant tout monument classé dans un rayon de 200m). Les derniers maçons maîtrisant la manière de retourner les tuiles pour les aérer, de restaurer les mosquées, de mélanger la chaux, de monter les toitures en pente, de travailler la terre battue sont aujourd’hui très âgés. Un jour ou l’autre, ils partiront. Et tout se perdra...

Il n’est point impossible de ressusciter les techniques de fabrication de la tuile ancienne et de recourir à une semi-mécanisation de ce matériau. Les documents existent sur ses ingrédients et ses recettes. La mémoire des savoir-faire, elle aussi, survit. Il s’agit aujourd’hui de la recueillir urgemment.
Hichem Méhdi, architecte et commissaire du symposium «Mémoires andalouses » attire l’attention sur le plan de la sauvegarde de Testour qui a été réalisé par des architectes du patrimoine lors d’une formation spécialisée à l’Institut national du patrimoine, il y a une quinzaine d’années (le Cours de Tunis). Ce travail, actualisé et affiné pourrait servir de base pour la protection de la ville.
Pour l’architecte et urbaniste Inchirah Hababou Allagui, les outils juridiques ne suffisent pas. Dans toute stratégie de réhabilitation, il faut aussi réfléchir à un montage financier spécifique et à long terme. Et si le projet Hafsia a pu aboutir, c’est grâce, affirme-t-elle, à des lignes de crédit institutionnalisés.
Sauver toujours n’est pas impossible...


 

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