MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

Musée du Bardo, Tunis

Architectes: SCPA Pierre-François Codou / Franck Hindley + Amira Nouira ( arch/an )


La rénovation du musée du Bardo est un grand projet qui s’inscrit dans le développement culturel de l’agglomération tunisoise autour de trois pôles principaux - Tunis - Carthage - Le Bardo - et dans la politique environnementale qui fait de Tunis la plus verte des cités méditerranéennes.

Le Bardo est un musée dont le nom, autant que l’institution en tant que telle, est mondialement connu. Son patronyme fonctionne en binôme avec celui de la ville, à l’image du Prado synonyme de Madrid, l’Hermitage indissociable de Saint-Pétersbourg, ou du Louvre qui renvoie inéluctablement à Paris.

Ce nom évoque l’importance historique, patrimoniale et culturelle du lieu. C’est avec le musée du Caire, le plus grand musée d’Afrique, mais aussi avec son corpus de mosaïques le plus important en la matière.

L’Assemblée Nationale, la nouvelle Chambre des Conseillers, le musée de Ksar Saïd, la mosquée et la forteresse constituent un nouvel espace unique de souveraineté politique, culturelle et historique. Avec Manoubia, il était à l’Ouest le lieu de villégiature agreste et champêtre par excellence : le contrepoint de la façade maritime de La Goulette à La Marsa.

Paradoxalement le Bardo est un musée à l’étroit dans son palais. La politique de fouilles, et les découvertes archéologiques constantes ont enrichi les réserves. A cela, il faut ajouter les saisies des douanes, les donations en tout genre, de telle manière que le nombre d’oeuvres exceptionnelles à présenter s’en est trouvé démultiplié au cours des ans.

Comme pour toutes les grandes institutions de sa valeur, le Bardo doit se moderniser pour accueillir un public de plus en plus nombreux et exigeant. Le palais - ou pour être exact, les palais du Bardo - a nécessité une intervention se déclinant à la fois sur la restauration de l’architecture et de celle des décors, ainsi que sur la construction de nouveaux volumes d’exposition et d’espaces dédiés aux services.

LES CONCEPTS D’AMENAGEMENT

a - Le génie du lieu, la magie

Les bâtiments publics, les palais, sont souvent porteurs d’étonnement, et de magie, que ce soit par la noblesse des proportions, la qualité des décors, ou l’ampleur des dimensions. Ainsi, la salle de Sousse ou la salle de Carthage présentent des plafonds exceptionnels, avec des charpentes de très grande portée.


Ces dispositions contribuent à cet émerveillement. Les appartements, le harem, et leurs décors des XVIIe et XVIIIe siècles (de Hussein et de Sadok Bey) oeuvrent tout autant dans cette direction.

Le nouveau Bardo, le nouveau “palais” s’inscrit dans ce concept, avec un porche et un hall d’accueil de 20 mètres par 32 mètres de long recevant la mosaïque des thermes de Sousse. La salle d’exposition temporaire poursuit cette idée de majesté en reprenant les dimensions d’une grande villa romaine de 40 mètres sur 20 mètres, pour une hauteur moyenne de 6 mètres.

b - Morphologie muséale : les inscriptions des Racines de la tradition, la modernité

Le palais du Bardo est une ville, une médina de l’histoire de la Tunisie. Comme pour ces dernières, une Dribba donne accès aux différents palais et isole le pôle commercial au Nord-Ouest des espaces à vocation culturelle, situés au Sud-Est. Les rues, autant horizontales, verticales, que diagonales distribuent les volumes de cette cité et font pénétrer la lumière en son sein.

Le patio des Palais est un puit de lumière climatisant ce lieu aux multiples histoires cette demeure d’Histoire.

Pareillement au patio, le nouveau “palais” est parcouru de galeries, d’escaliers, autant de voies claires et lisibles prenant racine depuis le Hall pour innerver cette ville de résidences princières. Ces chemins divers et variés désenclavent la diversité d’espaces imbriqués aux fins de sécurité et de compréhension des lieux visités.

c - La modernité

Celle-ci s’inscrit dans la fluidité, la simultanéité, la vitesse. Fluidité des espaces, interpénétration entre ancien et contemporain, correspondances des collections, caractérisation de leurs distinctions : telles sont les marques de l’intervention. Cette simultanéité du regard sur la géographie du passé, cette architecture, toutes ces formes d’arts, tous ces âges présentés dans ce cadre fastueux et merveilleux permettent au visiteur de se propulser du passé en s’appuyant sur la présente Histoire pour mieux se projeter dans le futur.

L’EMERVEILLEMENT - UN NOUVEAU PALAIS

Le porche d’entrée
La salle d’accueil
La façade de Jade
Les expositions temporaires
Le grand escalier de Mahdia
La salle de Mahdia et la passerelle galerie
La salle pacifique et le navire
Le patio des Orangers
Le grand escalier de Tunis
Les charpentes
Les citernes


Plan du sous-sol

ENTREE & ACCUEIL

L’entrée principale du musée se fait depuis une grande esplanade créé entre le Musée au Sud et la forteresse au Nord. C’est un portique majestueux qui marque l’entrée du nouveau palais. L’ancien palais est ceint d’une muraille de Jade blanche, percée d’ouvertures diaphanes, dévoilant au visiteur qui a franchi le portique le sublime des Salles, Patios et autres jardins.


Plan du rez-de-chaussée

La salle hypostyle de 25 mètres de long présente dans la lumière toute particulière de la Muraille de Jade : la fameuse mosaïque de Sousse de 13 mètres de haut par ses 10 mètres de large. L’alignement des colonnes se poursuit derrière la mosaïque, elle borde le plafond du Patio, celui-ci aux dimensions d’un “Palace romain” abrite les expositions temporaires à droite.


Plan du premier étage

LA DISTRIBUTION

La distribution de la lumière cristalline vient de l’Ouest et des Jardins.

A gauche, en franchissant la colonnade intérieure où se rejoignent la croisée des Dribba, des rues, et des escaliers de la Médina de l’Histoire. En face, la Dribba du palais de Sadok et Hussein Bey rénové donne accès au musée restauré.


Plan de la mezzanine du premier étage

A droite, le patio des orangers est bordé par l’escalier majestueux qui donne accès à la salle Punique. A gauche, le grand escalier de Mahdia qui nous surplombe avec ses trésors marins.

Ces deux escaliers reliés latéralement à l’étage par de larges circulations muséales, désenclavent l’ancien musée et donne accès aux collections de mosaïques, à la statuaire romaine, aux appartements et aux salles d’apparats des anciens palais. Le grand escalier de Mahdia, après avoir desservi à l’entresol le service pédagogique, donne accès à la Salle des Cinq Méditerranées qui introduit à la visite du Musée. La lumière zénithale baigne cette montée comme dans une rue escarpée de Sidi Bou Saïd.


Plan du deuxième étage

Depuis la Salle des Cinq Méditerranées, après une halte dans les appartements du palais, on rejoint la salle Préhistoire, puis le monde Numide au coeur des Palais pour poursuivre par le monde romain. Enfin les grandes salles d’apparat, du trône et celle de Carthage restaurées, présentées de façon aérée, ainsi que le lapidaire romain viennent s’ajouter à ce circuit.

Après les salles de Marines et celles du mausolée à l’Ouest, le visiteur déboule dans la grande salle punique cerclée de lumière zénithale. En surplomb sur le hall, celle-ci donne accès par une grande veine de circulation à la salle des fouilles marines de Mahdia.

Arrivé à la galerie d’El Jem, cette dernière donne accès à l’escalier de Sousse qui permet d’atteindre les mosaïques du deuxième étage. Enfin, du balcon de la salle de Carthage se découvrent le grand jardin archéologique. C’est le moment du repos.

GROUPEMENT

Maîtrise d’ouvrage : AMVPPC
Maîtrise d’oeuvre : SCPA Pierre-François Codou / Franck Hindley + Amira Nouira ( arch/an )
Programmation : DA & DU - Sophie Besson
Paysage : Christiane Garnero-Morena
Surface : 8000 m2 (rénovation) + 7000 m2 (extension)
Coût : 15M DT
Livraison : courant 2012


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