|
L'Association Tunisienne des Urbanistes
(ATU) a organisé du 16 au 19 novembre
un symposium international sur les villes
tunisiennes : quelles transformations
en 2030 ? Des urbanistes tunisiens et
internationaux se donnent rendez-vous
à la capitale jusqu'aujourd'hui
pour célébrer le 25ème
anniversaire de l'association et attirer
l'attention des décideurs quant
à l'implication des urbanistes
dans les plans d'aménagement prévus
lors des trente prochaines années.
Mais il semblerait que cette composante
est absente des plans programmés.
« L'Institut des Etudes Stratégiques
sensibiliser n'a pas pris en considération
l'aménagement, la structuration
et l'organisation des villes »,
déclare M. Morched Chabbi, urbaniste
et président de l'ATU. La formation
dans le domaine fait également
faillite, d'autant plus qu'on la confond
avec d'autres spécialités,
notamment, l'architecture.
« L'urbanisme est une discipline
qui s'occupe de l'aménagement et
de la planification de la ville qui n'est
pas, d'ailleurs, la somme des maisons
», d'après M. Chabbi. «
La ville est un tout complexe »,
insiste-t-il. Par conséquent, l'urbaniste
joue un rôle très important
dans l'aménagement et la planification
des cités qui doivent répondrent
à un ensemble de critères
tout en tenant compte des exigences de
la vie citadine. C'est une profession
qui cherche le compromis des intérêts
publics. « Elle s'inscrit ainsi
dans une phase antérieure à
la construction. C'est une phase qui vient
forcément avant l'architecture
», explique M. Chabbi.
Le spécialiste dans le domaine
a une vision globale de la ville même
à long terme. Il est capable ainsi
de prévoir les changements qui
résultent de la modernité
et de l'élargissement de tissus
urbain. En 2030 les taches urbaines seront
liées, notamment dans la région
du Sahel. « Les périphériques
de la ville s'étendront plus large
pour aboutir à des métropoles
d'ici trente ans », toujours d'après
le spécialiste. Il explique à
cet égard que le rythme de construction
a accéléré depuis
les années 70 ce qui a fait paraître
le problème de maîtrise des
terrains.
Expliquant le modèle de la ville
tunisienne, M. Chabbi a rappelé
qu'il y a 35 ans la ville de Tunis avait
un centre multipolaire. L'évolution
actuelle dont personne n'en prête
attention a changé la donne. L'agglomération
de Tunis est, en fait, en train de se
propager. Son amplitude spatiale qui s'étend
pour le moment sur 50 km sera plus importante.
La carte de construction ne sera plus
la même dans les trois prochaines
décennies. Les citadins du Grand-Tunis
vivront dans une métropole qui
s'étend sur une amplitude de 100
km, d'où l'émergence de
nouveaux rôles économiques
et sociaux. « Cette métropolisation
sera consolidée par les autoroutes
», d'après M. Chabbi. Et
de faire remarquer : « Les besoins
en infrastructure et prestations ne seront
certainement pas les mêmes, d'où
l'importance de prévoir ce changement
dans les plans d'aménagement et
de développement ». «
Cependant, les décideurs sont inconscients
de la future mutation, car ils n'impliquent
pas dans leurs programmes les urbanistes
», explique-t-il.
Autre contrainte qui se pose dans le
domaine est la non adéquation de
la situation actuelle avec les exigences
de la prochaine période. Le président
de l'Association Tunisienne des Urbanistes
précise que la division territoriale
actuelle ne répond pas aux besoins
en la matière à l'horizon
des années 30. D'où l'importance
de prévoir cette mutation en tenant
compte du savoir-faire des spécialistes
et en l'impliquant davantage dans les
programmes d'aménagement. «
Les politiques urbaines doivent être
révisées pour faire des
villes tunisiennes à la fois des
pôles de croissance économique,
des facteurs de développement régional
et local et des acteurs de préservation
de l'environnement de du développement
durable », d'après Mohamed
El Amine Hammas, socio-économique.
L'évolution que connaîtra
la capitale doit être planifiée
au niveau institutionnel et organisationnel.
Il faut ne rien laisser au hasard pour
ne pas avoir des problèmes d'ordre
environnemental. D'autant plus que notre
pays est l'un des adeptes du concept développement
durable.
LAssociation tunisienne des urbanistes
(ATU) a été créée
en 1981. Elle fête, cette année,
son 25e anniversaire. Pour marquer un
quart de siècle dactivités,
les professionnels de la ville ont choisi
de réfléchir sur un thème
passionnant : «Les villes tunisiennes
: quelles transformations en 2030 ?».
Un symposium international, qui se déroulera
les 16, 17 et 18 novembre à lhôtel
Abou Nawas (Tunis), réunira à
cette occasion des urbanistes tunisiens
et dautres venus de France, de Belgique,
de Hollande, dAngleterre, du Maroc
et dAlgérie.
Ce regard croisé nous éclairera
sur les mutations spatiales, démographiques
et socioéconomiques qui touchent
particulièrement notre pays.
«Il existe des horizons dans le
développement des villes. Vingt
ans est une temporalité intéressante
à partir de laquelle on peut voir
se dessiner le profil de lavenir»,
fait remarquer Morched Chabbi, président
de lATU.
Le symposium, qui a vu la participation
entre autres de Pierre Laconte, président
de lAssociation internationale des
urbanistes, débutera avec une balade
guidée par Jamila Binous dans la
médina de Tunis et s'est terminé
par une visite du Grand-Tunis conduite
par Morched Chabbi.
Tout au long des trois journées
de débat, les intervenants présenteront
des communications sur «Le rôle
économique des villes tunisiennes
en 2030» (Lamine Hammas), «Villes
étalées, villes compactes»
(Jelal Abdelkafi), «Mutations spatiales
et organisation institutionnelle des villes
en 2030» (Morched Chabbi), «Lévolution
des médinas tunisiennes en 2030»
(Jamila Binous). Mais aussi «Les
urbanistes et le développement
des villes : lexemple français»
(Pierre Pelliard), «Lévolution
récente de lurbanisme en
Grande-Bretagne» (Judith Ryser)
ou encore «La formation des urbanistes
au Maroc» (Abdallah Lahzem).
Le symposium célébrant le
25e anniversaire de lATU représentera
sûrement un cadre de référence
pour analyser le processus de métropolisation
du Grand-Tunis qui connaîtra des
soudures spatiales appelées «conurbation»
par les géographes.
«Or, on ne peut pas gérer
une métropole qui intégrera
50 communes au coup par coup. Il faut
penser dès maintenant aux aspects
institutionnels pour assurer la gestion
dun ensemble urbain de plus de trois
millions dhabitants», avance
Morched Chabbi.
Le métier d'urbaniste en Tunisie
En Tunisie, cest pendant les années
70 que la profession a connu son vrai
essor avec lavènement de
jeunes pionniers qui se sont, à
la fois, préoccupés de la
sauvegarde et de la mise en valeur de
la Médina de Tunis et parallèlement
daménagement du territoire
et des villes.
Depuis lindépendance de la
Tunisie, le taux durbanisation na
cessé de croître, évoluant
de 28% en 1928 à 65 % en 2004.
Le phénomène urbain sest
développé à un rythme
soutenu, nécessitant lintervention
de professionnels de la ville, à
savoir les urbanistes qui étaient,
toutefois, peu nombreux en Tunisie et
formés à létranger.
Doù lappel, au début
des années 80, à la création
dun enseignement supérieur
en urbanisme, susceptible de former des
urbanistes capables de planifier et de
gérer nos villes.
En effet, cinq urbanistes adhérèrent,
en 1977, à lAssociation internationale
des urbanistes (AIU) et constituèrent
la section tunisienne de lAIU. Ils
ont été, dailleurs,
sollicités, dès la fin de
lannée 1977, par le comité
directeur de lAIU pour assurer son
16e congrès dont le thème
était Urbanisme et formation.
Toutefois, la réussite de ce congrès
a révélé aux pouvoirs
publics lexistence dune profession,
encore mal connue à lépoque
et injustement absorbée par dautres
corporations professionnelles.
La réussite du congrès
de lAIU a incité un comité
de 10 membres (Jellal Abdelkéfi,
Wassim Ben Mahmoud, Morched Chabbi, Fethi
Jelassi, Rachid Bellallouna, Ahmed Smaoui,
Massimo Amodei, Abdellatif Barbouche,
Hédi Karray et Tahar Karaoui) à
créer lAssociation tunisienne
des urbanistes en 1981.
Morched Chabbi, lun de ces membres
créateurs, est actuellement le
président de lAssociation.
On était au début
10 membres. Aujourdhui, nous sommes
120 adhérents dont 60 % sont des
diplômés en urbanisme, 30
% diplômés en architecture
et 10 % en sciences humaines.
Il ajoute: La notion durbanisme
se rattache à la ville et non au
bâtiment. Notre travail consiste
à intervenir avant larchitecte
et lingénieur. Par ailleurs,
en Tunisie, lidentité des
urbanistes nest pas claire puisque
nous navons pas de culture en la
matière.
Les objectifs de lATU sont multiples.
Il sagit notamment de la promotion
de lurbanisme et des études
urbaines, lencouragement des recherches
en la matière, la sensibilisation
de lensemble des acteurs urbains
à lamélioration du
cadre de vie, ainsi que la contribution
à la formation dans le domaine
de lurbanisme.
On arrivera en 2007 à former
les premiers urbanistes en Tunisie puisque,
auparavant, ils sont formés à
létranger. Cette formation
concerne deux niveaux : Bac + 3 et Bac
+ 5. Elle se passe à lInstitut
supérieur des technologies de lenvironnement,
de lurbanisme et du bâtiment,
a indiqué le président de
lATU.
Mais vu linsuffisance de la formation
en urbanisme, lATU a présenté,
en 2000, aux autorités un projet
de création dun Institut
national durbanisme, daménagement
du territoire et denvironnement.
Les 200 urbanistes qui existent
ont une moyenne dâge de 55
ans. Dans cinq ans, ils seront à
la retraite et il ny aura plus durbanistes,
car dans létat actuel des
choses, linstitut durbanisme
reste un projet, a souligné
M. Chabbi.
La Tunisie a connu, au cours des cinquante
dernières années, de multiples
transformations. Au-delà
des aspects quantitatifs, les transformations
se sont principalement manifestées
au niveau de lorganisation spatiale
des villes, ainsi quau niveau de
leur contenu et de leurs fonctions socioéconomiques,
a expliqué M. Chabbi, avant de
sinterroger: Ces mutations,
qui ont donné de nouvelles physionomies
et fonctions aux villes tunisiennes, permettront-elles
dexpliquer lévolution
future des villes tunisiennes ?
Ce symposium a enregistré la participation
du Pr Pierre Laconte, président
de lAssociation internationale des
urbanistes (AIU), ainsi que des urbanistes
et des universitaires étrangers
et tunisiens.
Sources : Makalet - La Presse - Le Temps.
|