Les méga-projets qui seront réalisés au cours des prochaines années dans notre pays ouvrent de larges perspectives pour l'emploi d'une main-d'oeuvre spécialisée et compétente.
Si la capacité des centres de formation est en mesure d'accueillir le nombre prévu de cette main-d'oeuvre, le problème est d'attirer les jeunes vers des spécialités liées au bâtiment et aux travaux publics. Mais les pouvoirs publics comptent lancer une campagne de sensibilisation à travers les médias pour intéresser les jeunes, d'autant plus que des avantages ont été prévus à cet effet comme la gratuité de la formation, l'indemnité servie à l'apprenant pour subvenir à ses besoins quotidiens, les frais de transport Mais les grands projets exigent de nouvelles méthodes de travail plus pointues.
Selon M. Néjib Talmoudi, directeur technique au Centre national de formation des formateurs et d'ingénierie de la formation (CENAFFIF), qui est placé sous la tutelle du ministère de l'Education et de la Formation, "deux ingénieurs de notre centre sont allés à Dubaï pour identifier les métiers nouveaux dans le domaine de la construction des grands immeubles. Des travaux d'ingénierie ont eu lieu également au sein du centre pour préparer la formation à ces métiers et répondre ainsi aux besoins qui se présentent".
Au préalable, la demande a été analysée minutieusement. Le ministère de l'Education et de la Formation s'est engagé à revoir son dispositif de formation pour qu'il réponde aux nouvelles exigences dans une perspective de construction de grands projets immobiliers. Des secteurs prioritaires ont été identifiés comme l'électricité, le bâtiment et travaux publics et annexes (bois, ameublement, énergétique...), les mines et carrières, la conduite d'engins sur chantier, le soudage, la construction métallique.
Un rapport technique a été élaboré en collaboration avec les parties concernées. La Fédération nationale des entrepreneurs en bâtiment et travaux publics et toutes les Chambres professionnelles concernées ont été impliquées pour valider la première étude technique et essentiellement les nouveaux programmes de formation.
Concertation continue avec la profession
"Six réunions de travail ont eu lieu, rappelle notre interlocuteur. Il était question de traiter les filières les plus demandées comme celles qui concernent les ferrailleurs, les maçons, les coffreurs, les boiseurs, les étancheurs, les conducteurs d'engins sur chantier et de machines de forage... En trois mois, de janvier à mars 2007, nous avons défini 57 référentiels de formation contre 38 spécialités par le passé".
En effet, traditionnellement, l'ouvrier se charge de plusieurs activités en même temps et cela arrange l'entreprise en bâtiment et travaux publics, car elle gagne en termes de coût. C'est lui qui fait le travail de maçonnerie, de charpente métallique, de boiserie... Or pour les grandes constructions, il est nécessaire de dissocier les activités qui étaient à la charge d'un seul ouvrier. Chacune d'elles doit être considérée comme une spécialité à part entière. L'ouvrier en charpente métallique n'assume qu'une seule spécialité ainsi que le boiseur, le conducteur d'engins et les autres.
Mais, nous rassure-t-on au même centre, si la demande des petits entrepreneurs est toujours exprimée, on poursuivra la formation de l'ouvrier polyvalent en bâtiment. En tout cas, la profession est toujours associée dans les travaux et participe à la validation des programmes de formation.
M. Maâouia Laâbidi est l'un des deux ingénieurs qui ont effectué la mission de six jours à Dubaï. Il a été impressionné surtout par l'aspect sécurité. "Personne n'a le droit de pénétrer sur le chantier s'il n'a pas de badge, explique-t-il. De plus, chaque tâche, aussi minime soit-elle, a son spécialiste. Il n'existe pas un ouvrier chargé de plus d'une tâche. Nous avons visité des chantiers, deux tours de 45 et de 52 étages, l'une en phase de travaux, tandis que l'autre est en phase de finition. Et nous avons discuté avec les responsables concernés avant d'élaborer nos rapports techniques".
Les nouvelles formations devraient durer entre trois et dix mois selon la complexité de la spécialité. L'apprenant peut décrocher, à la fin de sa formation, un certificat de compétence en bâtiment et travaux publics et, s'il le désire, peut poursuivre sa formation pour avoir son certificat d'aptitude professionnelle et les niveaux suivants.
Le conducteur d'engin a besoin, par exemple, de trois mois pour tout apprendre, selon notre interlocuteur. Quinze jours suffisent pour réaliser l'adaptation et la conversion d'un maçon de manière à ce qu'il devienne apte pour les grands travaux. En fait, l'ouvrier qui a des années d'expérience peut les faire valider après un test effectué. S'il réussit, il reçoit le certificat de compétence. Sinon, on l'invite à suivre une formation complémentaire pour améliorer ou compléter ses connaissances et son savoir-faire.
En plus du certificat de compétence, le dispositif est toujours composé des trois niveaux connus, à savoir le certificat d'aptitude professionnelle (CAP), le brevet de technicien professionnel (BTP) et le brevet de technicien supérieur (BTS).
Des opportunités d'emploi à saisir
Le centre a déjà adopté une vingtaine de programmes et référentiels pour trente nouveaux métiers. D'autant plus que, dans les grands projets qui seront réalisés en Tunisie, on a besoin de certains spécialistes comme ceux qui sont chargés du terrassement, de la préparation du béton, de la plomberie sanitaire, de la construction métallique, de l'aménagement des espaces verts, de la gestion de l'approvisionnement, des services de pilotage
Comme tous les projets d'envergure, des appels d'offres internationaux seront lancés pour sélectionner les groupes ou firmes à qui seront confiés les travaux, selon un cahier des charges. Ces derniers travaillent en sous-traitance et font appel eux-mêmes à des entreprises locales - qui doivent répondre à un ensemble de critères - pour effectuer des tâches précises.
Les besoins exprimés sur cinq ans sont de l'ordre de 150.000 ouvriers. Tous les niveaux d'instruction sont concernés par la formation, même ceux qui ont le niveau de la 4e année primaire. Cela fait dire à M. Talmoudi que «des opportunités d'emploi existent aujourd'hui dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ».
Les jeunes formés dans ce secteur ont de fortes chances d'être recrutés, vu les besoins exprimés. En outre, les perspectives de promotion sont réelles, dans la mesure où les jeunes recrutés - qui subissent d'abord un test de la part de l'entreprise - peuvent avoir non seulement la garantie de l'emploi, mais aussi travailler à l'étranger avec les grands holdings de bâtiment et de travaux publics.
La campagne de sensibilisation qui sera menée à cet effet va montrer les avantages que procure un tel secteur en pleine expansion. Des réunions ont été tenues avec les représentants du ministère de l'Education et de la Formation, du ministère de la Défense nationale, de l'Agence nationale de l'emploi et du travail indépendant, de la Fédération du bâtiment et des travaux publics ainsi qu'avec les autres intervenants concernés en vue de traiter du potentiel de la main-d'oeuvre dans le secteur.
Chokri Gharbi / La Presse
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