La question qui demeure est de savoir ce qu'on fera de tous ces sites et monuments une fois restaurés. Car la restauration n'est pas une fin en soi, et s'agira-t-il encore d'assurer l'entretien, la préservation et l'exploitation des sites et monuments restaurés. Or, cette mission ne peut être assumée par le seul ministère de la Culture et devra impliquer d'autres ministères, dont celui du Tourisme qui a un rôle important à jouer dans la promotion du tourisme culturel, une des sources qu'on peut exploiter pour les besoins d'entretien des sites et monuments.
L'intersectorialité est le secret d'une réelle prise en charge du patrimoine culturel algérien.
La Casbah d'Alger, depuis longtemps déjà, trop longtemps, abandonnée à toutes les vicissitudes et les attaques du temps, des éléments et des hommes, bénéficie aujourd'hui d'une certaine attention qui, si la prise en charge est réelle, totale et immédiate, pourrait augurer des lendemains meilleurs pour ce site millénaire qu'on a mis du temps à classer.
En effet, la directrice de la culture de la wilaya d'Alger, Mme Badia Satour, a indiqué que, dans le cadre du plan de préservation et de réhabilitation de la Casbah d'Alger, désormais classée périmètre à protéger, les travaux de restauration des plus importants palais de la capitale, dont ceux de Hassan Pacha et Dar Essouf, ont été lancés alors que d'autres ont été finalisés, comme c'est le cas du palais Mustapha Pacha, transformé en musée, ou sont en voie de l'être, comme c'est le cas de la villa Abdellatif, en haut de la salle Harcha, dans le quartier de Belouizdad, dont la restauration en est à 80%.
A propos de cette dernière opération de restauration, Mme Satour dira que c'était un véritable chantier, dans la mesure où la bâtisse et ses dépendances connaissaient un délabrement total. Cet état de fait est l'Å"uvre du colonisateur français qui, dès les premiers jours de l'occupation, a entrepris de détruire tout ce qui pouvait rattacher l'Algérie à son histoire et à sa culture. La villa Abdellatif n'a pas échappé à cette entreprise de déculturation et d'acculturation. Les autorités coloniales ont sciemment détruit ce monument historique. La noria qui tirait l'eau du puits de plus de 40 m de profondeur pour alimenter le système d'irrigation du jardin de la villa, le Ryadh, a tout simplement disparu, comme le jardin. Le palais sera transformé en quartier général de l'armée et les militaires n'hésiteront pas à noyer d'authentiques Å"uvres d'art architectural sous des tonnes de béton. Aussi les restaurateurs, sur le chantier depuis plus de trois ans, ont-ils eu beaucoup de difficultés à réparer les dégâts et redonner à la villa Abdellatif, qui devra être récupérée pour devenir le centre de documentation de l'art national, son lustre d'antan.
Les opérations de restauration touchent également les anciennes mosquées situées dans le périmètre protégé de la Casbah. Mais, déplorera la directrice de la culture, la restauration a été arrêtée concernant certaines mosquées pour indisponibilité de fonds nécessaires aux travaux. Pour l'exemple, la responsable citera «la voûte de la mosquée Ketchaoua qui est dans un état de délabrement avancé et nécessite une intervention rapide de la part de la tutelle».
La direction des affaires religieuses a, pour sa part, affirmé que «13 mosquées situées dans la Casbah connaîtront d'importants travaux d'entretien et de réfection, dont certains ont commencé depuis des années». Il s'agit des mosquées Sidi Ramdane, Sidi Abderrahmane Ethaalibi, Ali Betchine, Sidi Ali Ben Ali, Ben Fares, Essafir, El Barani, Sidi Mohamed Cherif, Ketchaoua, Sidi Ibrahim El Bahri et de l'école coranique Sidi Bougdour. Les travaux de restauration ont été lancés dans certaines mosquées «depuis des années», à l'exemple de la mosquée Ali Betchine, en réhabilitation depuis 5 ans, et de la mosquée Sidi Abderrahmane Ethaalibi depuis trois ans. En outre, des travaux d'entretien périodiques sont entrepris sur les mosquées Djamaa El Kebir et Djamaa El Djedid. Incontestablement, c'est là un véritable grand chantier de restauration qui est lancé dans toute la capitale, dont son noyau originel.
La question qui demeure est de savoir ce qu'on fera de tous ces sites et monuments une fois restaurés. Car la restauration n'est pas une fin en soi, et s'agira-t-il encore d'assurer l'entretien, la préservation et l'exploitation des sites et monuments restaurés. Or, cette mission ne peut être assumée par le seul ministère de la Culture et devra impliquer d'autres ministères, dont celui du Tourisme qui a un rôle important à jouer dans la promotion du tourisme culturel, une des sources qu'on peut exploiter pour les besoins d'entretien des sites et monuments. L'intersectorialité est le secret d'une réelle prise en charge du patrimoine culturel algérien.
Hassan Gherab / La Tribune
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