La région de Fès-Boulemane connaît une croissance démographique assez élevée. En effet, entre 1994 et 2004, le taux de croissance annuel moyen dans la région a été de 1,8%, alors qu’il ne dépasse pas 1,4% au niveau national. Selon une étude menée par la délégation du ministère de l’aménagement du Territoire, de l’Eau et de l’Environnement, ce rythme a imposé de nombreux défis au système productif. Un système déjà fragilisé par l’archaïsme du secteur agricole et la mauvaise gestion des ressources naturelles de la région. Cette situation s’est manifestée, d’une part par un déficit au niveau de la satisfaction des besoins sans cesse croissants de la population, surtout dans le milieu rural, et d’autre part au niveau du secteur industriel qui n’a pas pu s’adapter aux nouvelles exigences du marché, et, par conséquent, renforcer son offre en matière d’emplois. Pour les responsables de la délégation de l’aménagement du Territoire, la résultante est l’apparition de poches urbaines de pauvreté, l’extension de l’habitat insalubre, l’épuisement des réserves foncières au sein des villes, et la progression du déficit en matière d’infrastructures et de services publics. A noter que le taux d’urbanisation est de 72% et que 60% de la région Fès-Boulemane réside à Fès. Il est évident que l’aspect urbain représente un facteur déterminant dans l’évolution économique et sociale de la région. Cependant, le rythme de croissance des agglomérations urbaines connaît certains dysfonctionnements qui entravent cette évolution.
Pour sa part, le tissu industriel de la région, selon l’étude précitée, est devenu incapable d’assumer son rôle traditionnel comme levier de développement économique et social. Ceci est dû à de nombreuses contraintes, à la fois endogènes et exogènes, qui limitent son dynamisme. Sur le plan national, la région occupe le 3e rang en matière de postes d’emploi. Toutefois, la compétitivité modeste de l’appareil productif de la région s’est répercutée négativement sur sa plus-value (6e rang). De même, la concentration de plus de 92% des unités productives dans la ville de Fès révèle une mauvaise répartition spatiale des activités industrielles et de la valeur ajoutée. Par ailleurs, bien que les retombées sociales de l’artisanat soient importantes, notamment en matière d’embauche (3,4% de la population active), ce secteur est confronté à un certain nombre d’obstacles qui limitent sa compétitivité. En effet, la faiblesse des investissements, l’individualisme dans le travail et le recours à des méthodes de production caduques, la difficulté d’accéder aux crédits bancaires faute de garanties nécessaires, sont autant de facteurs qui rendent le secteur de l’artisanat incapable de relever les défis qui lui font face, en tant que principal fournisseur d’emplois et de produits touristiques.
A ces contraintes s’ajoutent les dysfonctionnements de l’armature urbaine, la prolifération de l’habitat insalubre, la dégradation de la médina, et le dysfonctionnement du système d’assainissement. Lequel constitue l’un des principaux problèmes environnementaux urbains de la région. Il reflète les défaillances de ce service dans les anciennes médinas et dans certaines municipalités, ce qui représente un vrai danger pour la santé publique et les ressources hydriques.
A noter que la grande pression exercée par la population et les professionnels de Fès, entraîne l’insuffisance et la dégradation du réseau d’assainissement (rejet de 110.000m3/jour d’eaux usées) et contribue à la pollution des eaux superficielles du bassin du Sebou à hauteur de 40%, sur une longueur de 100 km. Pour remédier à ce fléau, la Radeef a lancé dernièrement ce projet d’une station d’épuration pour un investissement de 700 millions de DH.
Toujours dans les domaines de l’environnement, l’industrie, l’urbanisation, le tourisme et l’artisanat, plusieurs chantiers structurants visant le développement durable, sont lancés au niveau de la région (www.leconomiste.com). Ces projets sont encouragés par une situation géographique exceptionnelle, des atouts économiques, et des équipements et infrastructures susceptibles de réserver à la région une place de choix au niveau national.
Youness SAAD ALAMI, L'Economiste |