MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

La ville de Sabra al Mansourya risque d'être perdue à jamais

29/12/2011

A une année à peine des festivités de la capitale de la culture islamique, les constructions anarchiques s'étendent sur le site califal de Kairouan, et risquent de le faire oublier à jamais...

Située à deux kilomètres du Centre-Ville de Kairouan, Sabra Al Mansourya, la prestigieuse ville édifiée par l'Emir fatimide, Al Mansour, n'est plus qu'une vaste étendue de terre où quelques vestiges sont encore visibles et quelques rares fragments de carafes en verre et plats en argile sont dispersés ça et là. Le reste de «la ville» est encore enseveli et s'étend sur 50 hectares.

Mais il est regrettable de constater que beaucoup de citoyens indélicats, profitant du chaos ambiant après la révolution du 14 janvier, n'ont pas hésité à envahir Sabra Al Mansourya pour y construire des baraques et des logements.


Chantier VIII (nord du site).État actuel de conservation d’un sondage pratiqué en 1979.

Ils ont même bouché les sondages des fouilles pour former de nouveaux quartiers anarchiques jouxtant ceux qui ont été créés, il y a plusieurs années, par d'autres citoyens, encouragés par l'impuissance des responsables à tous les niveaux de prendre les mesures qui s'imposent pour stopper cette hémorragie.

Notre espoir est de voir le ministère de la Culture et les institutions du patrimoine clôturer ces 50 hectares dans l'attente de l'exploration de leur sous-sol.


Palais sud-est. Hypothèse de restitution par E. Galdieri.

Voici une description experte faite en 2004 : On le voit, Ṣabra al-Manṣūriya est un site archéologique maltraité par l’histoire et aujourd’hui sinistré. La reconstitution de son antique splendeur passe par le traitement de données extrêmement fragmentaires, voire disparates. S’il est fort douteux que l’on puisse un jour le restaurer, même partiellement, dans sa matérialité, l’espoir est grand cependant de le faire de manière virtuelle et d’accéder ainsi à un plus haut niveau de compréhension du fonctionnement de la ville califale, de ses spécificités (en particulier à partir du cadre de vie du calife et de ses gens), de la nature de ses productions artisanales. C’est en tout cas la tâche à laquelle nous nous sommes attelés.

De (Première campagne de fouilles à Ṣabra al-Manṣūriya (Kairouan, Tunisie)
Patrice Cressier et Mourad Rammah

la ville de Sabra Mansouriya fut créée en 947 par le calife fatimide Al-Mansour. Elle se situe à 1,5 km au sud-est du centre de Kairouan. Elle fut construite selon un plan de forme circulaire, à l'image de Bagdad, la capitale des Abbassides et défendue par un mur en pisé épais de cinq mètres. Plusieurs palais furent édifiés, dont le plus grandiose était le Qasr al-Bahr (le château de la mer) (Daoulatli, 1995a). Après sa destruction, causée par les invasions hilaliennes en 1060, Sabra a servi de « carrière de briques » pour la reconstruction de la ville de Kairouan (Zbiss, 1956).

En ce qui concerne le site de Sabra Mansouriya, des fouilles archéologiques entreprises à partir de 1921, puis en 1951 et pendant les années 1970 (Mrabet, 1997) n'ont livré que peu de structures architecturales mais beaucoup de matériel : céramique, verre, stuc, qui témoignent d'un grand raffinement artistique (Zbiss, 1956 ; Daoulatli, 1995a). Sabra est considérée également par les archéologues comme un centre de production de céramique (Daoulatli, 1980). On note la mise au jour de vestiges d'un four en 1973 à Sabra Mansouriya, malheureusement sans aucune précision ni données bibliographiques (Soustiel, 1985).

La céramique glaçurée à décor vert et brun de Sabra Mansouriya présente une certaine continuité avec la céramique aghlabide de Raqqada (Mouliérac, 1995 ; Rammah, 1995). Les mêmes couleurs et formes florales sont reconduites bien que le décor paraisse moins fourni qu'à l'époque antérieure. La céramique de Sabra Mansouriya présente cependant certaines transformations en rapport avec les développements techniques et l'évolution artistique. Une nouvelle couleur est introduite, le bleu turquoise, ainsi qu'un vert plus clair (Mouliérac, 1995 ; Rammah, 1995).

Ayed Ben Amara, Max Schvoerer, Gisela Thierrin-Michael et Mourad Rammah, « Distinction de céramiques glaçurées aghlabides ou fatimides (IXe- XIe siècles, Ifriqiya) par la mise en évidence de différences de texture au niveau de l'interface glaçure - terre cuite », ArchéoSciences [En ligne], 29 | 2005, mis en ligne le 31 décembre 2007, consulté le 28 décembre 2011. URL : http://archeosciences.revues.org/458

8-9 décembre 2011
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