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Maroc : Philosophie - L'architecture et le design en question

«Design, architecture, philosophie : un jeu de construction » est le thème qu'a retenu le Centre d'analyses socio-économiques de la Fondation ONA pour initier ses premières rencontres qui visent à « investir le savoir dans la détermination du devenir ».

Ali Benmakhlouf, professeur universitaire de philosophie à Nice et Giuseppe Fabris, ont ainsi pu aller à la rencontre du public marocain pour lui donner des éléments de réflexion sur les enjeux de la conception d'objets et d'habitations.

La philosophie, le design et l'architecture sont des disciplines très liées en ce qu'elles impliquent un effort de conceptualisation, de conception intellectuelle.

A ce sujet, Giuseppe Fabris a pris soin de démontrer combien l'esprit des designers pouvait jouer avec les différentes variables d'un même objet pour parvenir à des résultats absolument différents.

De même l'architecture est la concrétisation d'une réflexion, d'une idée, parfois d'une philosophie toute entière.

Les deux spécialistes ont pour illustrer leur propos, exposé au public, la maison unique qu'a conçue le philosophe autrichien Wittgenstein dans les années 20.

Pour Ali Benmakhlouf, c'est l'archétype d'une « idée faite maison ». Wittgenstein a concrétisé dans la maison qu'il a construite à Vienne pour sa soeur son rejet total de l'ornementation et sa recherche radicale de l'épure.

Contrairement à ses immédiats prédécesseurs, les architectes de l'Art Nouveau, que les deux intervenants n'ont pas manqué d'égratigner, Wittgenstein affirme son attachement au dépouillement.

Il oppose à leurs courbes organiques sa vision rectiligne, totale presque totalitaire de l'architecture.

Ainsi Wittgenstein a dessiné le moindre détail de sa maison, de la forme des clefs, aux mécanismes des ascenseurs en passant par l'assemblage des dalles. La neutralité de la façade et la géométrie brutale de la structure ont constitué un véritable choc dans Vienne du début du siècle, poussant ainsi à la réflexion sur l'habitat.

On ne peut cependant pas ignorer le versant angoissant de cette architecture avant-gardiste. Les plans de la maison laissent transparaître une conception tout-à-fait individualiste de la vie en société. Chaque pièce est conçue comme une sorte de module, ayant son autonomie.

C'est probablement avec l'école du Bauhaus le début de la standardisation architecturale. Malheureusement, les « logements standards » répondent difficilement aux attentes et aux modes de vie des individus qui ne sont en rien « standards ».

Cette façon de concevoir des logements destinés à des « individus-types » déconnectés de la réalité matérielle mène insensiblement à ce que l'on pourrait appeler l'aliénation architecturale. La philosophie, mais aussi la sociologie doivent donc toujours être présentes et fournir leurs éclairages aux travaux des architectes dans les grands programmes de construction. Cette nécessité s'impose particulièrement au Maroc où le besoin urgent de logements sociaux doit être géré en relation avec les modes de vie des futurs habitants. On l'a vu en Francce, la construction de grands ensembles ex nihilo est facteur d'exclusion sociale, véritable bombe à retardement. Les intervenants ont donc rappelé l'importance des sciences sociales et notamment de la philosophie qui doivent trouver toute leur place dans le système universitaire marocain dans lequel elles ont, selon eux, trop longtemps été marginalisées.

Ali Benmakhlouf a d'ailleurs souligné l'extrême modernité de l'architecture marocaine, sur laquelle il y a besoin de réfléchir pour faire naître une architecture sensée et cohérente.

Regrettant le temps perdu, il s'est dit confiant dans les potentialités du Maroc.

En sortant de la conférence, Mounir, jeune étudiant en architecture glisse pourtant : « Il faudrait être plus proche des jeunes générations la réflexion sur comment partir de l'architecture traditionnelle pour aboutir à une architecture contemporaine, c'est le sujet de ma thèse ! »

La nouvelle génération d'architectes parviendra-t-elle à prendre de vitesse les plus sceptiques ?



 

   
   
   
 
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