
Le Conseil de l'Ordre des Architectes de Tunisie a organisé du 24 au
31 janvier 2006 une rencontre internationale à l'intention des instances
internationales et régionales des Architectes à la Résidence
" Diar El Médina à Yasmine Hammamet ". Cette rencontre
a vu deux actions principales : - Le 28 janvier 2006, un colloque sur l'Architecture
et l'Artisanat'' qui a été inauguré par Monsieur le
Ministre du Commerce et de l'Artisanat auquel ont participé les invités
et environ 400 Architectes Tunisiens, plusieurs conférenciers ont présenté
des thèmes afférents au Colloque. - Le 29 janvier 2006, une journée
d'information sur le projet de programme de la formation continue des Architectes
(CPD) à l'intention des pays de l'Afrique du Nord. Ce Colloque a été
également le cadre des réunions du : - Conseil de l'Union Internationale
des Architectes (UIA) - L'assemblée Générale élective
de l'(UMAR) : Union Méditerranéenne des Architectes - Réunion
jointe de l'UIA région V et la réunion sous-régionale Nord
de l'Union des Architectes d'Afrique (UAA) · Réunion de l' l'Union
des Architectes Maghrébins (UAM) Ce colloque a été une
occasion et une opportunité d'échange d'idées et d'expériences
entre professionnels de diverses régions.
Programme du colloque
Le Conseil de l'Ordre des Architectes de Tunisie a organisé du
24/01/2006 au 31/01/2006 une manifestation internationale à El Medina Yasmine
Hammamet, avec la participation de : · L'Union International des Architectes
UIA · L'Union des Architectes d'Afrique UAA ·
L'Union Méditerranéenne des Architectes UMAR ·
L'Union des Architectes Maghrébins UAM · L'Office National
de l'Artisanat ONA 
PROGRAMME DE LA MANIFESTATION
Mardi 24/01/2006 Arrivée
des de l'UAM et l'UMAR Mercredi 25/01/2006 Arrivée l'UAA Réunion
du Bureau de l'UMAR Jeudi 26/01/2006 Assemblée générale
de l'UMAR Vendredi 27/01/2006 Assemblée générale
de l'UMAR.(le matin) Arrivée UIA Réunion jointe UIA région
5 et réunion sous régionale de l'UAA région nord Réunion
de l'UAM Samedi 28/01/2006 Conférence : Architecture et Artisanat Réunion
du Bureau de l'UIA Dimanche 29/01/2006 Journée d'information
sur le programme de la formation continue pour les architectes. Réunion
du conseil de l'UIA Départ de l'UAA, l'UAM et l'UMAR Lundi 30/01/2006 Réunion
du conseil de l'UIA Départ de l'UIA (1er groupe) Mardi 31/01/2006 Départ
de l'UIA (2ème groupe) PROGRAMME DU COLLOQUE
DU SAMEDI 28 JANVIER 2006 09h00 : Allocution de bienvenue du Président
du Conseil l'Ordre, Mr Karim ELLOUZE. 09h15 : Ouverture du colloque par Monsieur
Mondher ZNEIDI, Ministre du Commerce et de l'Artisanat. 10h00 : Pause café 10h15
: Interventions des conférenciers M. Serge SANTELLI "L'artisanat,
élément constitutif des maisons d'Harar, Ethiopie" M.
Ali DJERBI "De l'artisan architecte à l'architecte artisan" Président
de séance : M. Mohamed Salah CHEKIR 11h30 : M. Said MOULINE
"Entre pastiche et modernité endogène dans la production
architecturale contemporaine" M. Mounir DHOUIB " Mémoires
des Formes, mémoires des Lieux" M. Mahmoud GDOURA "Stratégie
nationale de la préservation des spécificités architecturales" Président
de séance : M. Abderrahmane AYOUB 12h30 : Débat 13h00 : Déjeuner 14h30
: Interventions des conférenciers
M. Tarak BEN MILED "Genèse
d'une Médina" Président de séance : M. Robert
KHAIAT M. David MALLIA "L'architecture autochtone maltaise : bilan
et prospectives" Président de séance : Mme Amel SOUISSI
TALBI 15h30: M. Tarak NAGA "Handicraft and modernisrn: a
conflict or an opportunity" M. Jean Paul GUEZ "Villes méditerranéennes
: art ou artisanat ?" Président de séance : M. Mohamed
YACOUB 16h30 : Pause café 17h00 : M, Mohamed YACOUB "La
mosaïque et le bâtiment, une si longue histoire qui doit continuer" M.
Abderrahmane AYOUB "Espaces bâtis : entre vernaculaire et représentation" Ms.
Mustapha KILANI et Mohamed Salah AYARI "La Calligraphie et l'Architecture" Président
de séance : M. Moez BEN HSSINE 18h00 : Débat 18h30 : Fin du
Colloque Programme de la journée d'information du dimanche 29
janvier 2006 09h00 : Allocution de bienvenue du Président du
COAT M. Karim ELLOUZE. 09h10 : Présentation du programme de la formation
continue pour les architectes. Par le secrétaire générale
du COAT M. Amine TURKI 09h30 : Présentation des grandes lignes du programme
de la formation continue élaboré. Par M. Ali BOUZIRI. 09h45 :
Présentation du portail par M. Amine TURKI et M. Majed LEMKECHER. 10h00
: Pause café 10h15 : Débat 11h30 : Fin de la journée. QU'EN
EST IL DE LA DIMENSION ESTHETIQUE DE L'ARCHITECTURE ET DE L'URBANISME  Dr
Ali Djerbi, Architecte DPLG, Maître de Conférence à l'ENAU
C'est
une question que tout un chacun se pose aujourd'hui car nous sommes tous concernés
directement ou indirectement, en tant que décideurs, concepteurs, réalisateurs
ou usagers par l'acte de bâtir et l'aménagement de l'espace. Cette
question n'est pas nouvelle, elle est récurrente et revêt même
une échelle universelle. Tous les pays confrontés au développement
urbain dans le contexte de la modernité la rencontrent. Elle semble franchir
allègrement l'espace et le temps pour solliciter les cultures en mutation.
Pour en être convaincu et surtout pour en mesurer la pertinence nous nous
référons aux propos de Françoise Choay dans son article,
intitulé " La mutation urbaine 1950-1975 ", dont nous présentons
ci après un extrait paru dans L'histoire de la France urbaine, Tome V,
aux éditions du Seuil, 1985. Il suffit de remplacer les noms de lieux et
les dates pour nous retrouver à notre tour dans une événementialité
similaire. " Au cours de la période 1950-1975, la France urbaine
subit une mutation dans l'organisation visuelle de son cadre bâti... Toutefois
cette mutation n'est synonyme ni d'unité ni de beauté: les formes
architecturales anciennes se dissolvent dans la confusion des pseudo styles, l'urbanisation
se traduit par une perte d'urbanité et, surtout, les records quantitatifs
enregistrés en matière de construction sont accompagnés d'une
production de laideur, également sans précédent... Les architectes
devaient traiter ce programme nouveau hors de toute tradition, sans contact ou
relation avec les habitants. Ils avaient pour unique interlocuteur des administrations
et pour souci unique la réduction du prix de revient qui les soumettait
à la tutelle des ingénieurs. D'où, dans la majorité
des cas et dans le monde entier, l'absence complète des effets esthétiques
que la tradition populaire ou vernaculaire obtenait spontanément et l'absence
aussi complète de la recherche esthétique qui était l'apanage
de l'architecture savante... Appelé a bâtir par procuration, il (l'architecte)
n'est plus généralement en mesure de donner sa dimension esthétique
à une logique constructive qui lui échappe... Parmi les raisons
susceptibles d'expliquer cet extrême dénuement esthétique
du nouveau cadre bâti (...), la plus évidente- et sans doute aussi
la plus superficielle - réside dans le recrutement et la formation des
architectes. Recrutement médiocre d'une profession sans aura et sans travail
dans l'entre-deux-guerres, où se forma la génération appelée
à construire au cours de notre période... La réforme de mai
1968 ne devait rien changer en faisant abandonner le dessin pour l'idéologie
et pour un enseignement des sciences humaines le plus souvent dispensé
par des autodidactes... Cette idéologie de la normalisation et du règlement,
ainsi que le système de marché et de paiement par l'Etat qui le
met en uvre, consacre, en fait, le pouvoir négatif des entreprises
du bâtiment en matière d'esthétique... L'architecte, en particulier,
lui est entièrement soumis, techniquement et financièrement. Il
tend à devenir un 'signeur' de plan et un habilleur décorateur dont
les propositions sont plus ou moins "déshabillées" au
gré de la conjoncture. Davantage, pour accéder à cette liberté
sous conditions, l'architecte doit également maîtriser les contraintes
juridiques d'un droit de la construction et de l'urbanisme toujours plus pesant,
ce qui exige une infrastructure bureaucratique
Il faut enfin signaler
l'impact exercé sur la dimension esthétique de l'urbanisme par une
structure technocratique spécifique, le corps des ingénieurs des
Ponts et Chaussées... Une stricte technique d'ingénieurs prendra
la relève de l'idéologie dans l'aménagement indifférencié
des espaces local, régional, territorial... On voit donc que la dimension
esthétique de l'architecture et de l'urbanisme dépend de la rencontre,
statistiquement peu probable, de praticiens et de décideurs d'exception
dans un cadre institutionnel stérilisant". Françoise CHOAY L'ARCHITECTURE
ET LA REVOLUTION DE L'INTELLIGENCE Dr. Mounir DHOUIB Maître de
Conférences ENAU Université 7 Novembre Carthage La révolution
de l'intelligence est présentée par les spécialistes comme
la troisième grande vague de mutation fondamentale de la civilisation humaine
; La première fut la révolution agraire néolithique qui fait
passer l'humanité de l'âge de la cueillette à l'ère
de la production voici 10 000 ans. La révolution manufacturière
et industrielle du 18° siècle fut la deuxième grande vague de
transformation fondamentale de la civilisation. A partir du milieu des années
cinquante (du 20° siècle) commence la troisième vague, annonçant
l'avènement de l'économie super symbolique, la société
du savoir et de l'information et la civilisation de la connaissance. La principale
caractéristique de la révolution qui se déroule encore sous
nos yeux, est l'apparition d'un nouveau système de création de la
richesse basé non plus sur la force physique, ni sur la matière
et l'énergie, mais sur l'information, le savoir et la connaissance. Avec
la civilisation agraire néolithique apparaissent les premiers villages,
établissements humains stables et la sédentarisation. Si l'on fait
remonter l'apparition des premiers hommes à seulement 500 000 ans, la Ville
nouveau paradigme d'établissement humain elle, n'apparaît qu'il y'a
5000 ans en Mésopotamie; On découvre l'écriture, Commencent
alors la Révolution urbaine et l'Histoire. Il y'a 2500 ans le système
de l'architecture classique en Grèce se présente comme un modèle
à portée universelle, apparaît une nouvelle forme de connaissance
objective : la science. Avec la colonisation et l'exportation des modèles,
démarre l'aventure de l'architecture mondiale essentiellement dans le vieux
monde autour du bassin méditerranéen. Le développement
de la civilisation est porté par un processus civilisateur architectonique
et cognitif: civilisation -culture - architecture - connaissance ; qui au-delà
de la diversité des modèles culturels et des paradigmes esthétiques,
enregistre globalement un progrès ! Ainsi l'architecture a progressé
de manière continue malgré les ruptures et les stratifications,
chaque culture héritant des précédentes et ajoutant son apport
propre et sa vision. Avec la Renaissance apparaît le nouveau métier
d'architecte, tel que nous le connaissons encore aujourd'hui ; les architectes
sont désormais des spécialistes de la conception rangés parmi
les artistes, les intellectuels et les hommes de sciences ; se distinguant ainsi
des artisans bâtisseurs et des maçons, qui eux s'occupent de réalisation
façon. Le projet apparaît alors comme une représentation d'un
modèle réduit de l'édifice à construire, sous forme
de plans d'exécution proportionnels ou de maquettes. Le processus civilisateur,
architectonique et cognitif qu'a connu l'humanité tout au long de son histoire,
était assuré par des mémoires naturelles collectives, corporatives
et individuelles ; avec l'apparition de la culture typographique, la transmission
fut assurée par l'écrit et les images, les livres et les traités.
Aujourd'hui les mémoires artificielles et numériques, remplacent
la mémorisation naturelle, typographique et analogique. En architecture
des bases de données architecturologiques assurent dans l'avenir la transmission
de l'Architecture ; elles contiennent tous les systèmes architecturaux
inventoriés, classés et systématisés ainsi que la
connaissance qui les permet reproduire et interpréter. La Tunisie affirme
tous les jours son engagement ferme dans la civilisation du savoir ; l'organisation
du sommet mondial sur la société de l'information à Tunis
en novembre 2005, est un témoignage, si besoin est, et une reconnaissance
des étapes franchies par notre pays sur cette voie. Les architectes
tunisiens, qui ont été parmi les premiers au début des années
80 à s'engager dans le processus d' " informatisation "(passer
des modes et techniques de traitement conventionnels au médium numérique)
ré étirent leur engagement aux côtés des élites
du pays pour uvrer à l'avènement de l'économie super
symbolique, la société du savoir et la civilisation de l'intelligence
; et travaillent dans le domaine de leur spécialité : L'architecture,
l'urbain et la conception de l'environnement construit et visuel, à mener
à bien les transformations, les adaptations, les mises à niveau
et les formations continues,ainsi que les spécialisations qui s'imposent
pour demeurer concurrentiels et compétitifs sur les marchés locaux
, régionaux et mondiaux. Cette mutation fondamentale est de nature globale,
générale et inéluctable ; ses répercussions n'épargnent
aucun métier ni aucune spécialité. On peut résumer
ses conséquences de manière très succincte : ·
Aucun domaine ne reste en dehors du savoir et de la connaissance. ·
La principale source de création de la richesse est le savoir. ·
La performance de tout domaine et de toute spécialité se mesure
à la quantité et à la qualité de la connaissance (information,
données et savoir) qu'il est capable de générer, de brasser
et de communiquer. · L'ubiquité du savoir impose l'abolition
des frontières et des barrières et l'ouverture des marchés.
· La globalisation et la mondialisation permettent aux plus forts (entendez
les plus intelligents) de divulguer et d'imposer leurs modèles (de pensée,
de culture et de civilisation) aux plus faibles ; ce qui rend la question de l'identité
et de la spécificité de plus en plus cruciale ; ceux qui ressentent
le danger de la marginalisation se réfugient de plus en plus dans leur
passé, leur idéologie et rejettent le progrès. Il s'agit
en tout cas pour les architectes d'uvrer pour se positionner de manière
positive et agressive sur les marchés local, régional et mondial.
Et pour ce faire chercher à améliorer le profil des architectes
que nous sommes en compétence et en spécialisation. Mais surtout
et c'est le plus difficile de percer vers ce qui dans notre culture, nos paradigmes
est incommensurable, irréductible et absolument à sauvegarder et
à continuer, même dans nos édifications les plus à
la pointe et nos conceptions les plus sophistiquées.
|