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Le programme «Villes sans bidonvilles» au Maroc, cinq ans après
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03/04/2010
Le Programme d'appui sectoriel à la résorption de l'habitat insalubre au Maroc vient de s'achever aujourd'hui sur une note positive.
L'atelier de ce jour devait permettre d'évaluer les résultats du Programme «Ville Sans Bidonvilles», engagé sous l'égide du ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme, pour la période 2005-2009. Financée à hauteur de 990 millions de dirhams par l'Union européenne, la politique sectorielle menée en matière d'habitat par le gouvernement a permis l'amélioration des conditions de logement d'environ 145 000 ménages et augmenté les opérations de résorption grâce à la mise en place d'équipements sociaux collectifs. «Avec le Statut Avancé a déclaré Eneko Landaburu, ambassadeur de l'Union européenne, nous sommes engagés dans un processus de convergence règlementaire, afin que les réalités sociopolitiques marocaines puissent bénéficier autant que faire se peut du marché européen et inversement». «L'appui budgétaire de l'Union a contribué de façon significative à l'accompagnement et à la réussite du programme », a précisé pour sa part Taoufiq Hejira, ministre de l'Habitat et de l'urbanisme. «65 villes sont d'ores et déjà classées "villes sans bidonvilles" sur les 83 recensées», a-t-il fait remarquer non sans souligner que 22 villes étaient encore en souffrance.
L'axe urbain Kénitra-Khemisset-Casablanca constituait à cet égard un point noir auquel il fallait accorder un intérêt et des efforts particuliers sans quoi la politique de l'habitat ne pourrait avancer. Un million de personnes sur un million et demi ont néanmoins été relogées, ce qui est fortement encourageant du point de vue du ministre. Les 500 mille restants, inscrits dans des programmes à l'étude, devraient voir leur situation évoluer favorablement dans les mois à venir. Le rapport final fait en effet apparaître que le financement des équipements sociaux de proximité a favorisé la dynamique de déplacement des "bidonvillois" dans les sites de recasement.
De plus, les conditions de vie des ménages pauvres concernés par la politique de résorption de l'habitat insalubre ont été notablement améliorées notamment leur sécurité foncière et leur accès aux services de première nécessité. L'évaluation a également mis l'accent sur l'évolution positive de la gouvernance dans le domaine du logement social, en particulier dans le processus de gestion budgétaire à moyen terme et dans la mise en œuvre de la programmation et de la planification interministérielles.
Toutefois, certains aspects de l'opération «Villes Sans Bidonvilles» ont montré leurs limites, en raison d'une perte du dynamisme initial des bailleurs de fonds impliqués dans le Programme, mais aussi et surtout «en raison du manque de mobilisation de tous les acteurs concernés», a tenu à souligner Taoufiq Hejira. Les partenaires engagés dans cette aventure sociale, à savoir les autorités locales, l'Etat, la société civile et la population, elle-même, n'ont pas donné la pleine mesure de leur implication, a poursuivi le ministre.
Les résultats s'en sont fait cruellement ressentir dans ce bilan. «Aussi faut-il travailler en synergie si l'on veut poursuivre avantageusement cette politique, car il ne peut y avoir de politique sans coordination», a insisté l'ambassadeur de l'UE. Autre indicateur qui aurait conditionné pour une partie la réussite totale du projet, le manque d'accompagnement social. Selon le ministre, il faudrait en quelque sorte un maître d'ouvrage social susceptible d'accompagner les populations bidonvilloises déplacées vers leur nouvel habitat et faciliter la réussite de ce passage. «Mais nous travaillons dans la bonne direction pour permettre aux Marocains d'accéder à des conditions de logement plus dignes», a conclu Eneko Landaburu. L'évaluation aura mis l'accent sur des aspects du programme qui devront être améliorés dans le futur, notamment la prise en charge systématique des aspects sociaux dans toutes les opérations de ce type.
Feuille de route UE-Maroc
Dans le cadre de la feuille de route pour le Statut Avancé, l'UE devrait accompagner l'insertion des politiques de logement dans des politiques de la ville consacrées au territoire, répondant à une cohésion sociale équilibrée. Les conclusions de la journée ont porté sur un ensemble de réflexion dans le cadre de ce partenariat UE-Maroc, notamment l'accélération du Programme « Villes sans bidonvilles », l'appui à la régionalisation et la régulation de l'offre de logements.
Le programme «Villes sans bidonvilles» au Maroc, cinq ans après
Cinq ans après le début de la mise en œuvre, seulement 37 villes sur 83 déclarées sans bidonvilles.
Casablanca, Salé, Marrakech et Kénitra n’arrivent pas à réduire le nombre de leurs bidonvilles.
Les problèmes sont nombreux et les autres acteurs publics concernés ne coopèrent pas suffisamment.
Le nombre de ménages logeant dans les baraques augmente.
Cinq ans après le lancement en 2004 de l’ambitieux programme «Villes sans bidonvilles» (VSB), l’Etat se rend compte que l’opération n’est pas aussi simple qu’elle ne l’était parue de prime abord. Certes, des réussites retentissantes ont été enregistrées puisque pas moins de 37 villes sur les 83 concernées ont d’ores et déjà été déclarées «villes sans bidonvilles», mais il y a des retards sur la réalisation du programme dont la fin est prévue pour 2012.
«Au départ, lorsque nous avons lancé ce programme, le Maroc comptait près de 1,5 million d’habitants dans des bidonvilles, soit plus de 266000 ménages. En 5 ans, nous avons démoli plus de 140 000 baraques et recasé près de 700 000 habitants, mais le nombre de ménages qui habitent dans les bidonvilles ne cesse d’augmenter sans aucun contrôle dans certaines villes comme Casablanca, ce qui retarde la réalisation du programme», explique Fatna Chihab, directrice de l’habitat social et responsable du programme Villes sans bidonvilles au ministère de l’habitat.
En effet, à elle seule, la capitale économique regroupe près du tiers des bidonvilles du pays. Chiffres à l’appui, Mme Chihab explique que la métropole comptait, en 2004, près de 80 000 ménages habitant dans des baraques. A aujourd’hui, près de 17 000 baraques ont été démolies et 12 000 unités de relogement sont en cours de construction. «Le manque de foncier urbanisable et l’augmentation incontrôlée des ménages qui habitent les baraques ne nous permettent pas d’avancer rapidement dans cette ville», argumente le ministère de l’habitat.
Il n’empêche que sur les 80 000 ménages concernés par ce programme, 58 000 se sont déjà engagés avec l’Etat pour un relogement ou un recasement.
Les 22 000 restants attendent une solution qui tarde à venir. «Nous travaillons actuellement pour trouver du foncier urbanisable dans les quartiers périphériques de la métropole, dans l’attente de l’entrée en vigueur des plans d’aménagement», rassure Mme Chihab.
En plus de ce goulot d’étranglement, le blocage du programme VSB à Casablanca tient au coefficient d’occupation du sol jugé trop faible surtout pour une métropole et à l’incapacité du ministère de tutelle et des autorités locales à mobiliser les terrains privés. «Dans une ville où le foncier souffre d’une rareté jamais égalée, il est presque impossible pour les autorités locales de trouver et mobiliser un terrain privé pour un programme public», fait savoir le ministère de l’habitat. Après la métropole, c’est la région de Skhirat-Témara qui abrite la deuxième plus grande colonie de bidonvilles au Maroc avec un peu plus de 30 000 baraques. «Témara a toujours été un grand réceptacle de bidonvilles. Mais le programme avance bien dans cette préfecture où nous avons atteint un taux de réalisation de 74% cette année», se félicite Mme Chihab. Casablanca et Skhirate-Témara sont suivies par Marrakech (19 066 ménages dans des bidonvilles), Rabat-Salé (14 700 ménages), et Kénitra (13 442 ménages).
L’accompagnement social fait défaut
Le ministère de l’habitat stigmatise d’autres blocages notamment d’ordre financier. Au départ, le programme qui visait à recaser 266 000 ménages était doté de 25 milliards de DH, dont une subvention étatique de 10 milliards. Mais le nombre des ménages habitant dans ces baraques n’a cessé d’augmenter au fil des années pour atteindre 298 000 en 2006 et 310 000 cette année. De plus, l’on doit souvent faire face à l’insolvabilité des ménages même après l’obtention de la subvention qui peut atteindre 40 000 DH par ménage. «C’est pour ces deux raisons qu’il faudra certainement débloquer des fonds supplémentaires pour recaser les augmentations de baraques», estime la directrice de l’habitat social.
Au facteur financier, les autorités chargées de mener à bien ce programme ajoutent la non-généralisation des structures qualifiées en matière d’accompagnement social, dont la mission est d’assurer un suivi du programme de recasement ainsi que la faiblesse de la réalisation des équipements de proximité.
«Le programme Villes sans bidonvilles ne concerne pas que l’habitat. Il s’agit d’un programme de convergence par excellence qui doit regrouper et les autorités et les institutions pour réussir», argumente Fatna Chihab. Allusion faite à l’assistance aux ménages les plus vulnérables lors de leur transfert (logement provisoire, moyens logistiques), à la prise en charge des branchements aux réseaux d’eau et de l’électricité, ou encore à la période post-aménagement avec la réalisation des équipements de proximité (centre culturel, maison de services publics, centre d’apprentissage...).
Sources : La vie éco / Samira Ezzel - Le Matin
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