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La Quatrième session de formation du projet Patrimoine Partagé à l'ASM
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18/02/2010
Cette formation a pour thème “l’identification du patrimoine”, elle fait suite aux deux précédentes formations sur le même thème qui se sont tenues à Ramallah (Palestine) en octobre 2009 et à Rabat (Maroc) en novembre 2009.
La Quatrième session de formation du projet Mutual Heritage (Patrimoine Partagé) financé par l’Union européenne s’est dernièrement déroulé à Tunis, au siège de l’Association de sauvegarde de la médina. A côté des travaux sur le terrain, la rencontre a également ouvert des possibilités de débat et de réflexion entre professionnels du patrimoine tunisiens, français, italiens et marocains sur cet héritage architectural des deux derniers siècles, aujourd’hui enfin reconnu et apprécié à sa juste valeur.
Ayant beaucoup souffert des partis pris idéologiques des années 60 et 70, le patrimoine architectural récent, celui-là qui a vu le jour autour des villes méditerranéennes au cours du XIXe et du XXe siècles, a acquis avec le temps une légitimité historique. Longtemps considéré comme l’expression d’une culture coloniale à nier, à surmonter et à combattre, il a été livré, après les indépendances des pays du Sud, à l’oubli et à la dégradation. Avec la distance historique, sa valeur de mémoire apparaît enfin clairement depuis à peu près deux décennies.
Or, on s’est rendu compte que ce patrimoine-là était mal connu, peu cerné, sous-répertorié. Comment donc dans ces conditions réfléchir à des stratégies de sauvegardeet de mise en valeur? D’où l’idée du projet Mutual Heritage (Patrimoine Partagé) coordonné par le laboratoire Citeres du Cnrs et l’Université de Tours (France) et financé par l’Union européenne dans le cadre d’Euromed Héritage IV pour une durée de trois ans (mars 2009-février 2012). Le projet s’est très vite structuré en réseau d’échange d’expériences, de connaissances et de réflexions avec Casamémoire et l’école d’architecture de Rabat, l’Association Riwaq de Ramallah et l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis (ASM). Il comprend plusieurs activités: des publications, la mise en place d’expositions et de neuf sessions de formation.
Singulière, apparaît la médina de Tunis
Son objectif principal ? Aider les populations à s’approprier leur propre patrimoine en le transformant en un véritable moteur pour le développement intégré. C’est en fait le grand thème de la dernière formation de Mutual Heritage qui s’est déroulée à Tunis du 4 au 8 février, au siège de l’ASM dans la médina de Tunis, il y a quelques jours. Dans le cadre du projet, une quinzaine de jeunes architectes, urbanistes et historiens, tunisiens, marocains, italiens et français ont pu travailler sur le terrain à l’identification du patrimoine XIXe et XXe siècles sur un parcours situé dans le faubourg sud de la médina, là où se multiplient des bâtiments dominés par l’Arabisance. Ce style apparu entre 1900 et 1930 dans les pays du Sud de la Méditerranée est influencé par les courants régionalistes, revendiquait la contextualité dans le domaine de la construction en empruntant des éléments essentiellement décoratifs à l’architecture locale et en les transposant sur des bâtiments publics et des logements privés.
Et comme l’a noté Roméo Carabelli, coordinateur du projet Patrimoine Partagé, la situation de Tunis est particulière. Son point de vue: «Dans la plupart des villes marocaines, le développement de la ville à l’époque coloniale, datant de la première moitié du XXe siècle ne touche pas l’intégrité de la ville ancienne mais il se réalise plutôt à partir de certains jalons— portes et murailles — de l’ancienne médina. A Tunis, au contraire, le développement de la ville nouvelle entame plus ou moins en profondeur la ville ancienne». D’ailleurs en une centaine d’années, avec l’apparition de nouveaux modèles culturels et d’autres normes de confort, la médina a vu émerger sur certaines de ses artères (quartier franc, La Kasbah, rues Boukhris et Abdelwahab…) des édifices dotés d’une typologie occidentale et diffusant des transformations radicales du bâti traditionnel. A bien la scruter, la médina ressemble à un patchwork d’influences et de styles architecturaux. L’Association de sauvegarde de la médina de Tunis s’en est très vite rendue compte, elle à qui on a confié, compte tenu de l’expertise qu’elle a accumulée au gré des années, l’opération d’embellissement de l’hyper-centre ainsi que la restauration et la rénovation du marché central.
Des reconversions nécessaires
Dans son intervention, Daniele Pini, urbaniste italien, un des principaux animateurs du réseau Mutual Heritage et grand connaisseur des villes du Sud méditerranéen, a souligné à quel point la démarche de l’ASM coïncidait avec les nouvelles approches, les plus pointues en rapport avec la conservation. Il affirme: «Aujourd’hui, l’intérêt s’est déplacé des seuls monuments à la ville toute entière. L’Icomos parle de “paysages historiques urbains”. Les monuments deviennent des outils pour revitaliser une ville».
Daniele Pini a présenté une lecture pertinente de l’évolution des villes construites à l’époque coloniale.
Une ville n’est pas figée, estime-t-il. Or la vie moderne peut rendre certains équipements aménagés au dix-neuvième siècle complètement obsolètes. Ainsi l’urbanisme de cette époque-là a été conçu en fonction du tramway et des carrosses pour donner des plans et des quadrillages assez complexes. En tous cas, inadaptés aux modes de transports et de circulation actuels.
Il affirme : «Conserver les caractéristiques spatiales d’un tissu du 19e siècle pose un sérieux problème pratique. Il faut repenser l’accessibilité et la mobilité de la ville européenne».
Autre remarque de l’urbaniste : les villes européennes se sont crées autour d’infrastructures ferroviaires et portuaires, qui ont perdu avec le temps leur raison d’être. Des friches ont donc surgi un peu partout. Même chose pour les abattoirs, les halles, certains bains publics…
Leur donner une nouvelle fonction, une autre signification, serait le meilleur moyen de les récupérer.
De les sauver d’une mort certaine. Et de les réintégrer dans un nouveau cycle économique et culturel. Ce qui correspond, d’ailleurs, à l’objectif principal du projet Patrimoine Partagé.
Sources : Mutualheritage / La Presse
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