MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

L'ordre des architectes du Maroc fête la journée nationale de l'architecte

14/01/2010


L'ordre des architectes du Maroc fête aujourd'hui le 14 janvier la journée nationale de l'architecte à Tetouan, à la Grande Salle de la Wilaya, sous le thème : L'approche qualitative et environnementale dans la production architecturale et urbaine.

Ces festivités ont commencé hier avec l'arrivée des architectes à la ville de Tetouan, avec une rencontre avec les conseils régionaux. Une conférence d'encadrement a été donnée par Mme Christine DEBUHAN, avec M. BOUHASSOUN Taha comme président.

Il sera procédé aujourd'hui à la signature d'un accord de collaboration avec la trésorerie générale du royaume concernant la formation continue dans les marchés publics. Par ailleurs des présentations sur l'approche qualitative et environnementale dans la production architecturale et urbaine, est prévue ce matin par l'architecte Rasem Badran. D'autres conférences sont prévues cet après midi, en l'occurence celle par Mr Mohamed Baradiy du "CDER", et les architectes Meriem HOUZIR et Pierre BLONDEL.

Compte-rendu de l'événement: Quand architecture rime avec environnement

S'il ya un défi majeur auquel est confrontée l'humanité, c'est bien celui de l'environnement. Ce thème devenu récurrent ces dernières années, les architectes du royaume, réunis mercredi et jeudi à Tétouan, comptent bien l'aborder et l'intégrer de manière plus efficace dans leur pratique.

Messieurs Jamal Lkhnatti, secrétaire général de l'Ordre, Omar Farkhani, président, Abdellatif Hajjami, architecte, monsieur Le Le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement de l'espace, chargé du développement territorial, M. Abdeslam Al Mesbahi. © Salima Naji

Selon les statistiques, depuis 2007, plus de 50 pc de la population mondiale, soit 3,3 milliards de personnes, est urbaine, et dans 25 ans les prévisions annoncent une population mondiale urbanisée à 70 pc. Le Maroc n'échappe pas à la règle, d'où ce souci aussi bien mondial que national à respecter l'environnement et à promouvoir un développement urbain durable.

Disposant d'une richesse en biodiversité importante, le Maroc, comme il a été souligné lors de la journée nationale de l'architecte (13-14 janvier) qui a été placée sous le thème "approche qualitative culturelle et environnementale du produit urbanistique et architectural", est d'autant plus concerné, surtout en raison de la croissance urbaine que connaît le pays ces dernières années et qui ne manquerait pas d'induire des répercussions négatives sur la qualité de l'environnement.

Le contexte du défi urbanistique

En effet, le Maroc, a-t-on relevé, est confronté à de multiples défis qui affectent son environnement telles la désertification qui menace prés de 95 pc du territoire, les agressions multiformes par le bétonnage des côtes et les pollutions marines qui dégradent le littoral menaçant sa faune et sa flore, ou encore la mauvaise gestion des déchets ménagers et les insuffisances en matière d'assainissement liquide et d'épuration des eaux usées menaçant les eaux de surface alors que le pays est constamment en stress hydrique.

Toutes ces dégradations de l'environnement affectent d'une manière critique l'espace des agglomérations urbaines du pays, d'où cet appel lancé par le gouvernement par la voix du Secrétaire d'Etat chargé du développement territorial, Abdeslam Al Mesbahi, aux architectes afin de se mobiliser pour développer leur créativité, en accordant une attention particulière à la qualité urbaine et architecturale et au respect de l'environnement au sein de nos cités.

En fait, si la ville attire de plus en plus, elle est aussi le reflet d'une société, elle cristallise les inégalités économiques, les exclusions sociales et les ségrégations spatiales. Ce sont la autant de conséquences souvent dues à de mauvais choix d'aménagement du territoire, à la rigidité de la planification urbaine, à une croissance mal maîtrisée fondée sur des opportunités foncières périphériques sous équipées ce qui, selon la note de présentation de la rencontre, entraîne souvent des dégradations radicales de l'organisation et de l'environnement de nos villes.

De quoi s'agit-il en fait ? Tout simplement d'une des préoccupations simples mais majeures pour le citadin, comme l'a souligné le président du conseil national de l'ordre des architectes Omar Farkhani.

Selon lui, si l'on interroge aujourd'hui le citoyen marocain, il répondra probablement que c'est d'abord l'accès à un logement approprié à sa condition sociale et à sa dignité, un système de déplacement et de transport public performant, un système d'assainissement (solide et liquide) efficace, une sécurité assurée pour les biens et les personnes, des équipements sportifs et culturels communautaires et des lieux de loisirs et de distraction pour répondre aux besoins de tous (familles, personnes âgées, enfants jeunes..), un mobilier urbain de qualité (poubelles, plans de ville, panneaux de signalisation) ,etc...

La qualité des espaces urbains pour un Marocain est donc d'abord une qualité d'usage avant d'être une quantité d'image (dessin des façades et formes urbaines,...), affirme M. Farkhani selon lequel, le confort de l'espace de vie quotidien intéresse bien plus le citoyen que les prouesses architecturales formelles, qu'elles soient dites modernes ou traditionnelles.

M. Farkhani, qui réclame une "politique architecturale" à l'instar de celle de l'habitat en particulier du logement social, persiste et signe : il faut que le Maroc engage une politique architecturale et urbaine volontariste et ambitieuse à travers le développement d'une politique de recherche institutionnelle dans les écoles d'architecture et dans les universités, la démocratisation de l'accès à la commande architecturale par la compétition basée sur le talent, la multiplication des prix d'architecture et d'urbanisme, et l'instauration d'un débat national sur l'architecture et l'urbanisme, entre autres.

Pour sa part, M. Al Masbahi a assuré que le gouvernement en est plus que conscient étant donné qu'il place la problématique de l'accroissement, du développement urbain, de l'environnement et particulièrement celle relative à l'habitat, au coeur de ses préoccupations.

"Nous, les architectes du Maroc, en notre qualité de professionnels de l'environnement bâti certes, mais aussi en qualité de citoyens de ce pays, nous devons être conscients de l'impact de nos actes professionnels sur l'environnement, et prendre toutes les mesures conceptuelles et techniques pour sa protection et pour l'amélioration de la qualité de l'espace de vie de nos concitoyens, ceci est notre responsabilité", lit on encore dans la note de présentation.

"Formulons le voeu que cette journée soit l'occasion de prendre ensemble la mesure de cette responsabilité", conclut la note qui s'apparente à un serment que les autres composantes de la société marocaine doivent faire siennes afin qu'architecture rime avec environnement.

"Totale adhésion" des architectes marocains au nouveau programme de logement social

Les architectes marocains, réunis les 13 et 14 janvier à Tétouan, à l'occasion de la journée nationale de l'architecte, ont exprimé leur "totale adhésion" au nouveau programme de logement social, et leur détermination à y apporter leur contribution, particulièrement en ce qui concerne la dimension qualitative et environnementale.

Dans un communiqué de l'ordre national des architectes, publié au lendemain de ces assises auxquelles ont pris part près de 500 architectes venus des quatre coins du pays, les architectes ont appelé de leurs voeux à "la mise en place d'une politique architecturale volontariste pour accompagner l'ambitieux programme de logements initié par Sa Majesté le Roi Mohamed VI".

Cette journée qui a débattu essentiellement du thème "approche qualitative et environnementale dans la production du cadre bâti", a été marquée par la signature d'une convention de partenariat entre le ministère des finances, à travers la trésorerie générale du Royaume, et l'ordre national des architectes, relative au décret qui régira les contrats publics d'architectes à partir de janvier 2011.

Selon le communiqué, "ce décret très attendu par la profession instaure la transparence totale, la fin du gré à gré et l'équité des chances dans l'accès à la commande publique".

Le nouveau texte, poursuit le communiqué, favorisera la concurrence entre architectes en ce sens qu'il repose sur des critères de compétences, ce qui ne manquera pas de promouvoir la qualité architecturale et urbaine.

Plusieurs exposés ont été présentés lors de cette journée en particulier celui autour du thème "approche qualitative, culturelle et environnementale du produit urbanistique et architectural" de l'architecte jordanien d'origine palestinienne, Raseem Badran, le seul architecte arabe membre de l'académie mondiale de l'architecture qui comprend 80 membres.

La journée nationale de l'architecte a été instituée le 14 janvier 1986 suite au discours de feu SM Hassan II à Marrakech, rappelle-t-on.

Mustapha El Kadaoui/MAP

Echos de la journée, Salima Naji

Lors de la Journée nationale de l'architecte à Tétouan (13-14 janvier), placée sous le thème «approche qualitative, culturelle et environnementale du produit urbanistique et architectural», Salima Naji a reçu un hommage de l’Ordre des architectes, cérémonie du takrim, ainsi que Abdellatif Hajjami.

Lors de ce grand moment annuel de la profession, il a été rappelé les défis immenses à surmonter : produire des bâtiments et des villes dans les règles de l'art, répondant aux exigences de qualité et de sécurité, dans le respect de l'environnement au profit des plus démunis. Le drame de Haïti rappelle combien il est nécessaire de penser la ville dans son long terme, comment la mise en œuvre des matériaux, la réflexion sur les espaces publics est fondamentale pour assurer une qualité de vie au quotidien et surtout prévenir tout drame. Il ne faut pas seulement planter des arbres dans les nouveaux quartiers, mais maintenir des espaces verts comme des espaces de loisirs et de bien être au quotidien, mais aussi des espaces réserves en cas de crise majeure. Ces beaux jardins qui aèrent la ville deviennent les espaces refuges lors de catastrophes sismiques. Si chaque quartier est doté d’espaces verts, de terrains de sport, d’avenues larges, il est alors possible d’envisager des plans d’évacuation d’urgence face aux séismes et des plans d’intervention pour déployer les secours. Agadir, Al-Hoceima résonnent encore dans la chair de la nation marocaine. Ne faisons pas des cimetières nos seuls refuges.

Les architectes en partenariat avec les élus et les autorités doivent repenser la ville, non plus comme accumulation sauvage d’individus mais comme espace à vivre, dans la sérénité du quotidien avec l’assurance de pouvoir faire face à la catastrophe. Cette rencontre, qui s'est déroulée en présence du Wali, gouverneur de Tétouan Driss Khezani et des élus, constitue l’une des nombreuses étapes de la prise de conscience. Elle a été ponctuée d'exposés sur «Le rôle fondamental de l'architecte dans la diffusion et la mise en œuvre de nouvelles pratiques», «L'approche qualitative, culturelle et environnementale du produit urbanistique et architectural», «Les énergies renouvelables et efficacité énergétique dans le bâtiment au Maroc : stratégie et déploiements», «Le durable à travers des projets récents». Mais surtout, elle a accueilli le grand architecte jordanien d'origine palestinienne Rasem Badran.

Seul architecte arabe membre de l'académie mondiale de l'architecture, Rasem Badran occupe le fauteuil du regretté Hassan Fathy, il a exposé son parcours et a donné une idée de ses engagements avant de présenter l'ensemble de son œuvre. Le débat de l'après-midi ezn sa compagnie fut passionnant. Le lendemain, à l'Institut d'urbanisme de Rabat (INAU), il donnait une autre conférence qui réunissait à nouveau beaucoup de membres de la profession et une poignée d'étudiants passionnés.

 

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