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Burj Dubai, inauguré en pleine tourmente, change de nom
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06/01/2010
Burj Dubai devient Burj Khalifa

Le cheik Mohammed ben Rashid Al Maktoum, leader de Dubaï, a annoncé le changement de nom sans émotion, pendant une cérémonie qui attiré plusieurs milliers de personnes au pied de ce géant de verre et d'acier. Peu après son allocution, un gigantesque feu d'artifice accompagné de fontaines d'eau a éclairé le ciel pendant une bonne quinzaine de minutes. Rien d'austère dans cette fête de plusieurs millions de dollars.

La tour Khalifa de Dubaï, la plus haute du monde, culmine à 828 mètres, a annoncé la télévision publique lors de l’inauguration lundi soir de cet ouvrage. Le souverain de Dubaï, cheikh Mohammad ben Rached Al-Maktoum, a inauguré la tour en dévoilant une plaque et en prononçant une brève allocution. Il a rebaptisé Burj Dubai en “Burj Khalifa”, du nom du chef de l’Etat de la fédération des Emirats arabes unis, cheikh Khalifa ben Zayed Al-Nahyane, dont Dubaï fait partie.

La tour Khalifa de Dubaï culmine à 828 mètres
Des parachutistes ont ensuite touché le sol en portant les couleurs des Emirats arabes unis, rouge, vert, noir et blanc, tandis qu’un portrait géant de de cheikh Khalifa se dessinait sur un mur d’enceinte. Un spectacle pyrotechnique a ensuite suivi, illuminant la tour comme un sapin de Noël sous les vivats d’une assistance nombreuse. Pendant de longues minutes, la tour a craché des gerbes de lumières de toutes les couleurs illuminant le ciel de Dubaï.

Cheikh Khalifa est également le souverain de l’émirat d’Abou Dhabi qui est venu au secours de Dubaï lors de la crise de sa dette lui avançant 10 milliards de dollars pour sauver Nakheel, une firme de son conglomérat Dubai World. Les 25 milliards US injectés par Abou Dhabi pour sauver son voisin Dubaï au cours des derniers mois avaient finalement un prix. La tour Burj Dubaï, inaugurée en grande pompe hier soir, a changé de nom à la surprise générale.

Le gratte-ciel de 828 mètres, de 1,5 milliard US, a été renommé Burj Khalifa, en l'honneur du leader d'Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis, le cheik Khalifa ben Zayed ben Sultan Al Nahyan. Un lourd tribut symbolique, qui vise selon plusieurs observateurs à compenser - du moins en partie - toute l'aide financière apportée au projet.

«C'est l'incarnation de tous les excès de Dubaï», a confié à La Presse un analyste spécialisé dans la région, qui a demandé à garder l'anonymat. Depuis 2008, avec plus de 800 mètres, elle est le plus haut bâtiment du monde. Avec une année de retard, le chantier est désormais terminé et l'émirat vient de l'inaugurer en grande pompe, mais en plein marasme économique.

828 mètres ! La tour taïwanaise Tapei 101, avec ses 508 mètres, est largement dépassée. Au 164ème et dernier étage, la vue s'étend sur près de cent kilomètres... Pour accéder aux 800 appartements, aux cinquante étages de bureaux et à l'hôtel de luxe, une cinquantaine d'ascenseurs foncent à 40 km/h. Commencé en 2004, ce projet pharaonique dirigé par Emaar Properties (dont l'Etat est copropriétaire), a fait travailler 12.000 ouvriers et coûté 1,5 milliard de dollars, soit plus de un milliard d'euros.

A l'époque, l'ambiance était à l'euphorie. Les Emirats arabes unis profitaient encore de la manne pétrolière et s'étaient engagés dans de multiples programmes immobiliers titanesques. Burj Dubai (burj signifie tour) n'est que l'élément le plus visible d'un centre commercial qui sera, une fois terminé, le plus grand du monde.

Grandeur et décadence
Pour attirer les touristes et les financiers les plus aisés de la planète, les Emirats arabes unis ont misé sur des programmes immobiliers titanesques. Le fleuron reste l'hôtel Burj al-arab, en forme de voile de navire et présenté comme le seul sept étoiles au monde. Construites par l'entreprise Nakheel (copropriété de l'Etat elle aussi), les îles-palmiers, 300 structures artificielles pour résidences de luxe, sont visibles depuis l'espace.

Mais depuis, les prix de l'immobilier ont chuté et les affaires vont mal. L'Etat serait endetté à hauteur de cent milliards de dollars. Les projets sont ralentis et l'immense archipel The World, dont les îlots (artificiels) dessinent la carte des continents de la planète, reste en chantier. L'autre projet de tour géante, mené par Nakheel et qui devait dépasser le kilomètre, est officiellement reporté. La Burj Dubai a d'ailleurs été rebaptisée aujourd'hui Burj Khalifa, du nom du chef des Emirats arabes unis qui a avancé dix milliards de dollars à Nakheel pour la sortir de ses difficultés.

828 mètres, telle est la hauteur annoncée (antenne comprise) de Burj Dubai, le 4 janvier lors de l'inauguration de cette tour à tout le moins inhabituelle, puisqu'elle dépasse de 300 bons mètres Taipei 101, sa petite soeur de Taïwan (508 mètres). Que Burj Dubai relève de l'architecture de combat, de la gonflette urbaine, qu'elle n'appartienne pas (ou pas encore) au monde ordinaire des villes, ne fait guère de doute. Sans même parler d'esthétique, son dessin même est difficile à analyser dans un contexte, qui, crise oblige, est loin de correspondre aux prospectus vantant les mérites de la nouvelle capitale.

On doit le projet original à Adrian Smith, un des patrons du groupe Skidmore, Owings and Merrill (SOM) puissante firme née à Chicago en 1936 et qui, depuis, s'est internationalisée au point qu'on peut lui attribuer nombre des records d'architecture "sportive" dans le monde. Adrian Smith, qui est également le principal concepteur de l'élégante tour Jin Mao à Shanghaï, a quitté la société en 2006.

SOM aimait à évoquer un projet de 1956 de l'architecte Frank Lloyd Wright, la tour d'un mile (1 609 mètres), resté dans les cartons. Son profil de fuseau élancé rappelle celui de Burj Dubai, mais, pour Adrian Smith, le lys araignée, espèce originaire du Mexique et bien adaptée au climat de Dubaï, restait la source d'inspiration. Il y voit le plan en trident de la base de l'édifice et la façon qu'il a de se vriller sur lui-même.

Les constructeurs sont la filiale travaux et investissements du groupe sud-coréen Samsung, le groupe belge Besix et le saoudien Arabtec. L'ingénieur principal en est William Baker, resté pour sa part partenaire chez SOM. Tant et si bien que la firme américaine est restée légalement l'architecte et l'ingénieur contractant du projet.

Main-d'oeuvre bon marché
La prouesse technique reste l'éventuel "mystère" de la tour. Comment, en quelques années, un immeuble de logements et de bureaux (à quoi s'ajoute un luxueux hôtel Armani) a-t-il pu dépasser les tours de télévision, structures simples qui pouvaient atteindre les 600 mètres ?

En fait, tout intervient : le vent (à Chicago, la Sears Tower n'a pu dépasser les 442 mètres) ; les tremblements de terre (Taipei 101 est lestée d'un système complexe censé parer aux risques sismiques) ; la possibilité de typhons - c'est un des risques pour les gratte-ciel de Malaisie ou de Shanghaï comme les Petronas Tower (452 mètres) ou World Financial Center (492 mètres) ; la relative constance de la météo ; la "souplesse" de l'édifice. Aussi, la composition ou la stabilité du sol. A Dubaï, le sable a rendu nécessaire la mise en place de dizaines de piliers d'acier profonds de 150 mètres, sur lesquels ont été installées les structures de la tour, capables de passer des 560 mètres prévus à l'origine à plus de 800 mètres de haut, sans problèmes majeurs pour l'ingénieur Baker. Pas de problème non plus pour le coût de la main-d'oeuvre. Les ouvriers touchaient de 2,85 à 5,5 euros par jour. Un record parmi d'autres.

Jalousement tenue secrète, sa hauteur exacte a été révélée pour l'occasion. L'édifice, qui représente un investissement d'un milliard et demi de dollars, toise de plus de 300 mètres la tour Taipei 101 de Taiwan, qui détenait jusqu'ici le record mondial, et fait près de trois fois la taille de la tour Eiffel. Si certains y voient le symbole de la réussite de cet eldorado du Golfe, d'autres considèrent la tour, d'abord baptisée "Burj Dubai", puis renommée lundi "Burj Khalifa" du nom de l'émir, comme le dernier signe d'une extravagance outrancière.

L'émirat accuse une dette de 100 milliards de dollars qui fait frémir les marchés, mais la compagnie Emaar Properties, commanditaire de la tour et premier promoteur du monde arabe, assure que son inauguration amorce une nouvelle ère. "Vous vous demandez pourquoi on construit tout ça? Pour améliorer la qualité de vie et mettre un sourire sur les visages, et je crois que nous devons continuer à le faire", a expliqué son président, Mohamed Alabbar. Pour David Butter, directeur régional d'Economist Intelligence Unit, Dubaï redoute toutefois "qu'on se souvienne de l'événement comme d'un deuxième accès d'orgueil".

Le premier remonte à novembre 2008. En pleine tourmente financière, deux mois après la faillite de la banque Lehman Brothers, l'émirat engloutissait 24 millions de dollars dans la cérémonie inaugurale de l'hôtel Atlantis. "Les crises vont et viennent. Nous construisons pour l'avenir", a poursuivi le patron d'Emaar, sans toutefois convaincre les investisseurs. Le titre de la compagnie a accusé lundi un recul de 3,4% en bourse.

Ascension de Dubai
Pour Saoud Massoud, responsable de la recherche chez UBS, Dubaï a atteint avec cette tour "le point culminant" de son ascension. "C'est probablement la fin des mégaprojets pour quelques années, dans la mesure où l'émirat s'efforce de rationaliser ses ressources et de reconstruire l'économie d'une façon ou d'une autre", prédit l'analyste. Les investisseurs sont dans l'incertitude depuis l'annonce, le 25 novembre, de la demande de moratoire de Dubai World sur sa dette.

La crainte de voir les problèmes d'endettement dépasser Dubai World, conglomérat qui a piloté l'expansion de l'émirat, a ébranlé la confiance des investisseurs. La firme a depuis entrepris de restructurer ses nombreuses activités, qui vont de l'immobilier de luxe à la maintenance portuaire. Ni la densité urbaine ni la rareté des terrains ne justifient l'existence de son fleuron, qui fait davantage figure de symbole.
Du 124e étage de la tour, dont l'architecture s'inspire de la fleur du désert et des traditions islamiques, on peut voir à 80 kilomètres à la ronde. Les derniers étages du bâtiment, qui en compte 164, ont été affectés à des bureaux et un hôtel de luxe Armani occupera les premiers.

Pour la petite histoire, le promoteur de l'édifice, baptisé Burj Dubai, reste muet sur la hauteur exacte de son gratte-ciel étincelant, un obélisque d'acier et de verre, se contentant de dire qu'il dépasse les 800 mètres. Concrètement, la tour compte 160 étages, pour 330.000 m3 de béton et 31.400 tonnes de barres de fer. Mais plus impressionnant encore, Burj Dubai est visible à 95 kilomètres à la ronde.
Pour l'architecte Bill Baker, ingénieur de génie civil et partenaire de la société Skidmore, Owings and Merrill (SOM, basée à Chicago), Burj Dubai fait figure de nouvelle référence. "Nous avons beaucoup appris de Burj Dubai. Je pense que nous pourrions désormais construire facilement (une tour d')un kilomètre. Nous sommes optimistes sur la possibilité d'aller encore plus haut. C'est sans doute un nouveau point de référence", dit-il. En remportant le contrat, "nous pensions battre de peu le record détenu par la tour de Tapei 101 (508 mètres). Mais le client (Emaar) nous demandait chaque fois d'aller plus haut, sans nous fixer de limite", poursuit-il. "Nous avons pu adapter la structure, comme si nous accordions un instrument de musique."
Symbole de la croissance démesurée de Dubaï
Les travaux de construction, entamés en 2004, ont été réalisés par la compagnie sud-coréenne Samsung Engineering & Construction, le groupe belge BESIX et la société émiratie Arabtec. Burj Dubai - qui compte plus de 1.000 appartements, des bureaux dans 49 étages et un luxueux hôtel Armani aux étages inférieurs - est l'élément central d'un gigantesque projet de 20 milliards de dollars, le nouveau quartier, "Downtown Burj Dubai", incluant 30.000 appartements et le plus grand centre commercial du monde.
Cette tour est le symbole de la croissance démesurée de Dubaï. Mais son inauguration lundi sera assombrie par les difficultés économiques de l'émirat, qui a frôlé la catastrophe financière en novembre . Dubaï avait été sauvé in extremis le 14 décembre par Abou Dhabi, l'émirat le plus riche de la fédération des Emirats arabes unis, qui lui avait apporté une aide de 10 milliards de dollars grâce à laquelle Dubai World a pu honorer une dette de 4,1 milliards de dollars de son géant immobilier Nakheel.
Sources écrites: AFPrelaxnews, 201, Futura Sciences, Le Monde, Le Point.
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