MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

Le nouvel an voit l'application de la règlementation thermique dans les bâtiments neufs

16/12/2009


La Tunisie a pris conscience très tôt de l'importance de la maîtrise de l'énergie dans tous les secteurs en promulguant le texte législatif et en créant les mécanismes et les structures en vue d'encourager les particuliers et les chefs d'entreprises à utiliser les énergies renouvelables qui permettent de réduire la facture tout en participant à la diminution de l'émission de gaz à effet de serre.

L'effort se poursuivra au cours de la prochaine étape pour atteindre un nouveau pallier à la faveur de nouveaux programmes qui intéresseront, entre autres, le secteur résidentiel collectif.

Lors de la journée de sensibilisation sur l'application de la réglementation thermique dans les bâtiments neufs à usage résidentiel, organisée hier à Tunis, davantage de détails sur la future stratégie de maîtrise de l'énergie ont été donnés.

Dans une allocution prononcée à cette occasion, M. Slaheddine Malouche, ministre de l'Habitat, de l'Equipement et de l'Aménagement du territoire, a mis en exergue l'importance de l'entrée en vigueur des mesures techniques relatives à l'utilisation d'un minimum de moyens de maîtrise de l'énergie dans les bâtiments à usage résidentiel. Il a rappelé que lors d'une précédente conférence similaire débouchant sur des recommandations pertinentes qu'il serait intéressant de voir dans quelle mesure elles ont été concrétisées. D'autant plus que les prévisions portent sur la réalisation de 70.000 logements à efficacité énergétique à l'horizon 2014.

Exploiter les résultats de la recherche

Un arrêté définissant les critères techniques à prendre en compte dans les nouveaux bâtiments à usage résidentiel est en cours d'élaboration. Le permis de bâtir nécessite la présentation d'un dossier qui comporte en plus des autres documents requis cette note technique. Le but étant d'économiser l'énergie et de diminuer le gaz à effet de serre. Le ministre a indiqué que ces orientations s'inscrivent dans le cadre du programme d'avenir du Chef de l'Etat 2009/2014. «Il s'agit d'améliorer les conditions de l'habitat au nivau national, régional et local», a-t-il souligné. Les 1700 promoteurs immobiliers recensés actuellement doivent se conformer aux nouvelles mesures.

Le ministre a mis en relief le rôle des promoteurs immobiliers qui procèdent à l'édification des logements conformément à la réglementation en vigueur en respectant le cachet et les spécificités architecturales, esthétiques et durables des villes. Il a appelé, cependant, les intervenants dans le secteur du bâtiment à exploiter les résultats des recherches - et les expériences - effectuées notamment par l'Agence nationale de maîtrise de l'énergie, le centre technique des matériaux de construction, de la céramique et du verre ainsi que le centre d'essai et des techniques de la construction. À la faveur d'un cadre juridique approprié, il est tout à fait possible de bénéficier du confort dans les bâtiments à usage résidentiel et de diminuer les émissions du CO2. L'architecture doit être adaptée également au climat avec utilisation des matériaux contribuant à l'économie d'énergie.

Il est possible d'économiser jusqu'à 50% d'énergie en prenant les dispositions nécessaires comme l'isolation thermique à tous les niveaux du bâtiment. Un guide technique sera édité et mis à la disposition des intervenants. En plus des réformes législatives, la politique tunisienne en la matière se distingue par des encouragements financiers et fiscaux susceptibles de réaliser le saut qualitatif escompté, à savoir une diminution de la consommation d'énergie de 20% d'ici à 2011. «L'effort va se poursuivre, souligne l'orateur, avec le lancement de projets dans des régions au sud et au centre, entre autres, qui seront édifiés dans le cadre de l'efficacité énergétique. L'Etat doit être la locomotive dans ce genre de projets même si le secteur privé est intéressé par ces nouveaux procédés de construction». Des équipes de travail sont mobilisées en vue de revoir les cahiers de charges conformément aux nouvelles mesures.

L'auto-production de l'électricité

De son côté, M. Afif Chelbi, ministre de l'Industrie, de l'Energie et des Petites et Moyennes entreprises, a fait remarquer que des matériaux de construction et des solutions de maîtrise de l'énergie sont disponibles et permettent d'économiser jusqu'à 50% d'énergie dans les bâtiments. Il a appelé les intervenants dans le secteur du bâtiment à consulter le guide de maîtrise de l'énergie édité. À noter que le secteur est classé en troisième position en matière de consommation d'énergie après l'industrie et le transport avec un taux de 27%. «En 2030, il est prévu que le secteur du bâtiment occupera la première place», estime le ministre.

En plus du programme d'audit obligatoire, la Tunisie a procédé à la certification énergétique du matériel électrique et à la généralisation des chauffe-eau solaires pour atteindre une superficie de plaques photovoltaïques de 80.000m2. Cependant, les nouvelles constructions et les bâtiments en restauration doivent se conformer à la nouvelle réglementation. À partir de l'année prochaine, les particuliers et les entreprises seront encouragés à l'autoproduction de l'électricité avec la possibilité de revendre le surplus à la Steg. Un programme d'économie et de maîtrise de l'énergie concerne aussi les établissements hospitaliers et hôteliers à l'instar du programme qui touche le secteur résidentiel.

Le directeur de l'Agence française de développement (AFD) a indiqué que le sujet abordé est important «car l'efficacité énergétique permet de réduire la facture, d'une part, et de diminuer l'émission des gaz à effet de serre, d'autre part». Le bâtiment étant le troisième consommateur d'énergie, il est impératif de prendre les mesures qui s'imposent surtout que la Tunisie «est vulnérable aux changements climatiques». Selon les prévisions, la température va connaître une augmentation d'ici à 2030. L'engagement de l'AFD, dans ce domaine «est stratégique», selon l'orateur qui a cité les différents projets tunisiens - comme le réseau métro au niveau du Mourouj, la ligne TGM et un projet à la Steg - auxquels l'agence participe au financement. Un accompagnement dans le domaine législatif est également mené.

Révision des plans d'aménagement

La mise en place d'un crédit bancaire pour accompagner le projet d'efficacité énergétique dans les bâtiments est à l'ordre du jour. Dans le domaine de la formation, un appui est fourni à un centre de formation en bâtiment.

M. Néjib Snoussi, directeur de la construction et de l'habitat au ministère de l'Equipement, de l'Habitat et de l'Aménagement du territoire a parlé, de son côté, de la situation et des perspectives su secteur du logement en Tunisie qui offre 300.000 emplois. Les structures mises en place ont été suivies par des réformes en profondeur. Le Fonds de promotion de logements sociaux a été d'un grand apport pour les catégories à revenu limité. Cet effort est accompagné par d'autres offres de la Banque de l'Habitat et des autres banques qui disposent de leurs programmes spécifiques. Le Fonds de solidarité nationale a contribué aussi à cette dynamique en construisant des logements pour les citoyens à revenu limité.

Un programme a été lancé par l'Etat pour éradiquer les maisons rudimentaires. Parmi les points positifs de cette politique de logement l'autorisation des privés à effectuer l'auto-construction, l'intervention dans 82 quartiers pour améliorer le cadre de vie et l'option pour les constructions verticales dans le cadre d'une utilisation rationnelle du territoire. Les plans d'aménagement ont été revus dans plusieurs zones.

M. Mounir Bahri, directeur à l'agence nationale de maîtrise de l'énergie a rappelé que certains bâtiments ont été construits sans tenir compte de l'efficacité énergétique. D'où la stratégie mise en place pour maîtriser l'énergie et la mise en place d'un Fonds national de maîtrise de l'énergie. Le deuxième programme qui s'étale de 2008 à 2011 vise à réduire la consommation énergétique de 20%. Une Charte d'économie d'énergie a été signée avec les différents ministères. L'orateur a évoqué aussi le plan solaire qui prévoit plusieurs projets visant à réduire l'émission du C02. Les grands consommateurs font l'objet, quant à eux, d'un audit périodique et obligatoire. Actuellement, on est en train de mettre en place un programme d'isolation thermique ainsi qu'un mécanisme pour l'habitat individuel.

A partir du 1er janvier 2010, l’arrêté du 1er juin 2009, fixant les spécifications techniques minimales de maitrise de l’énergie dans les projets de construction et d’extension des bâtiments à usage résidentiel entrera en vigueur.
Cette nouvelle règlementation a fait l’objet d’une journée d’information organisée par l’ANME, l’Agence nationale de maitrise de l’énergie et elle a eu pour thème : l’application de la réglementation thermique dans les bâtiments neufs à usage résidentiel.

Domaines d’application ?
Ce nouveau texte offre la possibilité d’utiliser deux approches :
Une 1ère approche qui consiste à fixer la limite supérieure du besoin énergétique annuel du bâtiment du chauffage et de refroidissement en kWh/m²/an.
Dans le cas de l’utilisation de cette approche, le projet du bâtiment à construire ou les extensions à y introduire doivent être soumise à une étude technique et ce dans le but de s’assurer de la conformité du bâtiment aux spécifications techniques minimales.
Et une 2ème approche prescriptive qui ne s’applique qu’aux bâtiments résidentiels collectifs composés d’un R+4 ou plus.
Les types de bâtiments à usage résidentiels non concernés par les dispositions de cet arrêté : sont les bâtiments résidentiels individuels construits par les privés, les bâtiments résidentiels construits par les promoteurs immobiliers et financés par le fonds de promotion du logement pour les salariés.
D’ailleurs, un autre texte spécifique à la règlementation thermique dans les établissements hospitaliers et hôteliers sera promulgué au cours de l’année 2010.

Le secteur du bâtiment : 3ème consommateur d’énergie !


Le secteur du bâtiment vient au premier rang des secteurs énergivores, il est considéré comme le 3ème grand consommateur de l’énergie (27% de la consommation nationale), il est censé rafler la deuxième position d’ici 2020 et la première à l’horizon 2030. Jusqu’à aujourd’hui, 44 opérations pilotes ont été achevées à travers le territoire, dont 36 projets au niveau du logement résidentiel et huit bâtiments destinés au secteur tertiaire (une clinique, deux hôtels, deux écoles…). Par ailleurs, un nouveau centre spécialisé dans la création des matières de construction à vocation énergétique a été créé. Le secteur du bâtiment bénéficie depuis des années d’un dispositif règlementaire et incitatif visant la rationalisation de la consommation d’énergie et portant sur un projet de réglementation thermique des bâtiments à travers la conception de bâtiments adaptés à notre climat national et l’utilisation de matériaux et de techniques de construction énergiquement efficaces.
Notons à la fin que l’octroi des permis de construire sera dorénavant conditionné, par l’obligation de respecter des spécifications techniques minimales de maîtrise de l’énergie dans les bâtiments.


Sources: La Presse, Bourseimmo

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