MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

Un fait divers instaure la mosquée El Bassi en un musée consacré à l'architecture des mosquées de Djerba

10/11/2009


Alors qu'elle fait l'objet d'une revalorisation architecturale, la mosquée El Bassi de Djerba délestée de son cadran solaire vieux de 250 ans

Un vol odieux d'une rare insolence a été perpétré dans la mosquée El Bassi à Oualagh, dans la campagne djerbienne. Informé, le représentant de L'Institut National du Patrimoine, accompagné du cadre permanent de l'Assidje (Association pour la Sauvegarde de l'Île de Djerba ), s'est rendu sur les lieux pour s'en assurer : à leur grande stupéfaction, à la place du cadran solaire aménagé dans la partie nord de la cour, ils n'ont trouvé que les traces de l'effraction ; la plaque de marbre de forme carrée ( 35x35 ) garnie de pointes de métal destinée depuis sa pose en 1784, date de la construction de la mosquée, à régler le moment des cinq prières quotidiennes, a été descellée par des malfrats sans scrupules agissant pour leur propre compte avec certainement l'intention de s'en débarrasser au plus offrant, ou pour le compte d'un commanditaire en quête d'objets d'art à grande valeur historique dont il veut parer hypocritement sa demeure.


Le cadran solaire de la mosquée el Bassi de Oualagh à Djerba
© Association de Sauvegarde de l'Ile de Djerba, Assidje

Le représentant de l'INP a informé son administration de tutelle; l'Assidje, à son tour, a avisé les autorités locale et régionale, et une chasse à l'homme, croit-on savoir, a été entamée pour arrêter les fauteurs. Les recherches suivent leur cours et il ne nous reste qu'à attendre et qu'à espérer en un aboutissement favorable des recherches.

Il est à signaler que la mosquée El Bassi fut à un certain moment délaissée. Les fidèles, l'un après l'autre, l'ont désertée, et elle ne remplissait plus ses fonctions d'antan, d'où cette léthargie, contrastant avec son rayonnement séculaire de jadis. Et les malfaiteurs aux aguets de profiter d'une telle aubaine pour perpétrer leurs ignobles forfaits dont le dernier en date n'est autre que ce précieux cadran solaire.

Toutefois, et en dépit de cette amère réalité, force est de signaler aussi que l'originalité architecturale de cette mosquée et son statut historique de lieu de culte et d'espace d'érudition et de formation théologique lui ont valu cette sollicitude attentionnée unanime de certains amoureux du patrimoine et inconditionnels défenseurs de l'authenticité, dont l'Assidje. Soucieuse de sauver ce monument d'un délabrement inévitable et dans la perspective de lui redonner âme et vie, l'Association s'est fixé comme objectif la nécessaire restauration du monument. L'avènement de M.Hichem El Bessi, descendant de la famille fondatrice du lieu, à la présidence de la municipalité de la ville de Houmt-Souk n'était que pour la réconforter dans sa louable initiative. En effet, des travaux de restauration ont été entrepris en 2002 puis repris en 2004, financés par ladite municipalité.

En 2006, sollicité par l'Assidje, l'Institut National du Patrimoine et l'Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle ont répondu à sa requête et une subvention a été allouée à cet effet, ce qui a permis aux travaux de restauration d'autres composantes du monument de reprendre. L'année 2009 est d'un apport exceptionnellement salutaire pour la mosquée : au mois de janvier, M. le Gouverneur de Médenine a tenu à s'y rendre et en signe d'adhésion à l'initiative de l'Assidje, outre la subvention attribuée par le Conseil Régional du gouvernorat à ce même effet, il fut à l'origine de la visite du monument au mois de mai par M. Mohamed Abderraouf El Basti, Ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine qui a accueilli favorablement l'idée du projet d'aménagement du monument en un musée consacré à l'architecture des mosquées de Djerba, et une étude muséographique est en cours de réalisation par les spécialistes de l'Institut National du Patrimoine.

CREATION D'UN MUSEE DE L'ARCHITECTURE DES MOSQUEES DE DJERBA

I- L'analyse diagnostic (méthode MARP), nous a permis d'observer à travers l'île de Djerba, différents édifices datant de différentes époques et de dégager immédiatement une contradiction du point de vue formes, espaces, expressions architecturales etc…

Cette contradiction se distingue dans les édifices anciens et les édifices récents : une rupture qu'on a du mal à comprendre.

D'une part, on a une architecture ancienne riche en formes et en espaces (autonome en matériaux) et d'autre part, on est devant une architecture que l'on voit partout, parfois reflétant un certain manque de caractère.


Maquette de la mosquée el Bassi de Oualagh à Djerba
© Association de Sauvegarde de l'Ile de Djerba, Assidje

Il existe plus de 300 mosquées à Djerba. Ces mosquées qui constituent une véritable architecture-sculpture, sont toutes très belles et ne se ressemblent pas. Elles sont le plus souvent isolées dans le paysage, leurs silhouettes blanches apparaissent partout au milieu des palmiers. Leurs volumes sont souvent massifs car certaines mosquées furent aussi des forteresses. La variété des minarets est infinie : minaret cylindrique, minaret carré etc.…

Cette richesse architecturale nous a inspiré l'idée de créer un musée regroupant les divers styles de la majorité des mosquées de Djerba.

La mosquée El Bassi située dans la localité de Oualagh, deux kilomètres au sud de la route qui relie Houmet Souk à Midoun, a été choisie comme siège du projet.

Les trois frères El Bassi, fondateurs de ce monument, étaient commerçants en Turquie.

Le minaret de cette mosquée, de forme arrondie mais plus massif et moins élevé que d'autres, et avec un soubassement carré, s'inspire du

style architectural turc. Le motif supérieur, en forme de cône, est orné à sa base d'une collerette de petits triangles en dents de scie. La surface de la mosquée El Bassi est de 2000 m².

II- Idée du projet : Station touristique et culturelle.
Djerba une leçon d'art et d'architecture. Empreinte d'histoire: l'architecture de Djerba obéit à l'instinct de l'Homme et aux conditions du climat et de la nature.

Elle a pu pendant des siècles: servir de cadre de vie quotidien, répondre a des besoins et exprimer des valeurs collectives.

Cette architecture doit susciter un intérêt croissant car elle a su réaliser dans ta modestie et l'austérité l'harmonie entre 1'environnement. et la culture.

Une architecture expressive repose souvent sur un site authentique dont elle est indissociable: Djerba referme plus d'un site. ..calme, possèdent un caractère frappant de lumière, de couleurs et de contraste; son architecture et sa nature sont a la fois reposantes et riches.. Les formes et les volumes se conjuguent et s'intègrent dans un paysage unique. L'architecture de Djerba séduit et instruit en même temps par sa lumière et sa logique.

Ainsi, ceux qui par leurs sens, par la vue, ou par la perception, observe Djerba, ont le sentiment d'être d'une architecture et un art à la mesure de l'Homme.

Les proportions volumétriques, les dimensions spatiales et le rythme des paysages par la synthèse des couleurs et par le jeu d'ombre et de lumière, expriment un art de composition pure et simple. L'ingéniosité extraordinaire du Djerbien se traduit par son savoir-faire de rapprocher la forme de la fonction et de rendre ce qui est esthétique fonctionnel et utile.
Les rapports fonctionnels sont l'âme de l'architecture Djerbienne

- La fonction lumière: la grande luminosité de bâti et l'intensité de la lumière résulte essentiellement de l'ensoleillement important durant tous les périodes de l'année. La fonction lumière par ses effets de réverbération. Met en valeur l'architecture, ressort son caractère diversifié, quantitatif et qualitatif, par le seul jeu de l'ombre et de la lumière, ajoute à la couleur des objets un éclat singulier; l'énergie de rayons réfléchie est ainsi absorbée par le seul ton blanc.

- L'énergie et le rayonnement solaire sont savamment utilisés tantôt pour le réchauffement et l'éclairage de l'espace à l'intérieur tantôt pour son rafraîchissement; la texture des mures, les effets spéciaux dus à la rugosité et aux jeux d'ombre et de lumière, au tamisage, a la filtration ou à la diffusion à travers une architecture qui ne laisse passer que la qualité de lumière et d'énergie nécessaires pour éclairer ou pour réchauffer l'espace de manière à lui garantire l'ambiance voulue en dehors de toute autre sources artificielle. .

- La mesure; en se réfèrent à l'île, aux constructions, aux paysages naturels et humains aux matériaux ou encore à l'homme Djerbiens, tout semble être à l'échelle. L'île le paysage, le matériel et l'homme, tous faits à la même échelle. On retrouve partout présent ce sens de la mesure et de l'équilibre, dans la sculpture des formes et le façonnement des paysages, dans les multiples fonctions du Djerbien ou même dans le mobilier. Ainsi, oliviers, palmier, jenane, ghaba, menbzel, houches, meubles, objets, équipements, ports et fenêtres, doukkana, cedda, tagua, coupoles, ghorfa, cendouk, matbakh, zriba... ..; rien n' est laissé au hasard et tout est à l'échelle de la nature et de l'homme. En somme une échelle d'intégration et non de domination ou d'exagération.

En effet, tout est pensé en rapport avec la diversité: ainsi il y a équilibre entre la linéarité du houche et la verticalité de la Gourfa; entre la rondeur de la coupole et l'élancement du minaret ou entre la fawara et l'arc ou encore entre les constrictionset la hauteur des palmiers; tout est conçu dans un même rapport d'égales proportions et d'échelles.

L'art architectural Djerbien reste marqué par son authenticité, son harmonie, sa rationalité, et son intégration à son cadre naturel.

Il puise sa richesse et ses valeurs dans ce que la nature a fait pour l'homme et dans ce que le Djerbien séculaire a fait pour elle.

L'architecture à l'île de Djerba est restée jusqu'à une époque tardive intacte, mais nous ne pouvons ignorer une réalité évidente : notre monde est en pleine mutation. Nous assistons par conséquent à une invasion de nouvelles constructions, de nouveaux aménagements, d'une nouvelle architecture qui vient d'être parachutée sur notre sol.

Stratégie d'intervention :

Le musée El Bassi de l'architecture des mosquées de Jerba se limitera à présenter l'ensemble des œuvres architecturales des mosquées de Jerba. Tous les moyens de communication doivent être mis en œuvre pour mettre en valeur et présenter le produit de la manière la plus appropriée, en utilisant les technologies les plus récentes : supports photographiques, audio-visuels, informatiques etc…

Le Musée comporte :

* Une Salle de prière avec les dépendances nécessaires

* Un Kouttab

* Une Bibliothèque (qui existait initialement et qui était fort réputée)

* Un Musée d'Architecture des mosquées de l'île de Djerba comportant :

. Salle d'exposition des supports graphiques

. Un espace de projection du diaporama

. Un espace de projection des films vidéo

. Un espace de projection des compacts disques sur grand écran

. Un espace de vente des supports écrits, visuels et audiovisuels.

* Une Administration comportant :

. Un espace pour la Direction et le secrétariat (éventuellement)

. Un espace d'accueil avec sanitaires publics.

-CONTENU DU MUSEE

Le Musée l'Architecture des Mosquées de l'île de Djerba présentera l'ensemble des oeuvres architecturales des mosquées de l'île de Djerba.

-Formes de communication

Toutes les formes de communication doivent être mises en œuvre pour mettre en valeur et présenter le produit de la manière la plus appropriée, en utilisant la plus large gamme de choix techniques avec les technologies les plus récentes, exemples :

* Support photographique

. Les photos en noir et blanc

. Les photos en couleur

. Les diapositives

* Support audio-visuel

. Les films vidéo

. Un diaporama sur le thème concerné.

* Support Informatique

. Un Compact Disque
Modes de présentation et espaces

La présentation du support des contenus doit se faire sur des panneaux multicouches mis sous verre et ayant une dimension identique.

* Les panneaux doivent comporter trois colonnes :

- Une première colonne historique

- Une colonne centrale pour le support photographique

- Une dernière colonne pour les éléments graphiques comportant les relevés exacts de l'édifice, tant en plans qu'en coupes et façades, avec une esquisse des techniques de construction.

* Une maquette représentant l'édifice le plus caractéristique peut trouver place juste en face du panneau s'y rapportant
Itinéraire adopté

L'itinéraire qui s'est imposé clairement par la force de sa logique est celui d'un cheminement basé sur une chronologie historique.

Cette démarche impose un inventaire et une sériation méthodique des monuments selon les étapes historiques.

Mode de fonctionnement

Afin d'éviter toute possibilité de dégradation ou de tentative de vandalisme il est impératif de prévoir un poste permanent de gardiennage, d'une part, et de faire payer le droit d'entrée pour les visites afin de permettre de rassembler les fonds nécessaires pour l'entretien, la restauration et éventuellement la médiatisation.

Il est aussi important de prévoir une Administration pour la gestion du Centre avec un espace accueil pour les visiteurs.

ANIMATION MUSEE DE L'ARCHITECTURE DES MOSQUEES DE L'ILE DE JERBA

L'animation du musée peut se faire à travers une série d'expositions dont les thèmes pourraient être :

. Les Minarets ou "Manara".

. Les Minbar.

. Les Bortal.

. Les Kouttab.

. Les Makhazen.

. Les Madaress.

. Les Mihrab.

. Les Salles de prière.

. L'Eau (Midha, Citernes, etc.).

. Les Equipements Socio-économiques.

. Les scènes de la vie quotidienne (à reconstituer et à consigner en images).

Ce projet constitue une station parmi d'autres dans le circuit touristique et culturel réalisé par l'Association pour la sauvegarde de l'île de Djerba.

Citons à titre d'exemples l'huilerie souterraine d'El Fcily à Midoun, la poterie de Saggal à Guellala, le musée des habits traditionnels Sidi Zitouni à Houmet Souk, certains ateliers de tissage traditionnel parsemés dans l'île.

III- La durée du projet :

La réalisation du projet 5 ans du 1/01/ 2004 au 31 /12/ 2008.

IV- Région du projet :

Le projet du musée est réalisé dans la localité de Oualagh qui est un département municipal situé à 6 Kms au sud de la délégation de Jerba Houmet Souk.

V- Groupe cible du projet :

• Chercheurs.

• universitaires.

• Touristes. (tourisme culturel)

• Ecoliers.

• Citoyens.

VI- Objectif et résultats :

Objectif du projet :

Le musée de l'architecture des mosquées de l'île de Jerba est crée.

Résultats à atteindre :

Lors de cette session de formation, le plan d'opération relatif à chaque résultat pour la période s'étalant jusqu'au 2008, a été élaboré.

Le résultat n°1 s'intitule : Le monument historique est réhabilité.

Le résultat vise la restauration de la mosquée EL BASSI pour servir de siège au musée de l'architecture des mosquées de l'île de Jerba.

Activités :

• Restaurer le monument.

1-1 Former l'équipe de restauration.

1-2 Engager les travaux de restauration.

1-3 Peindre le monument.

1-4 Nettoyer les lieux.

• Suivre les travaux de restauration du monument.

Le résultat n° 2 s'intitule : Des expositions sont organisées.

Le résultat vise la préparation et la conservation de tableaux, de cartes, de photos, de maquettes, de brochures, de documents et de cartes postales afin de les exposer dans le musée.

Activités :

1- Préparer les documents à exposer : Couverture photographique pour les mosquées de Djerba et les différentes caractéristiques architecturaux de ses monuments.

2- Rédiger les commentaires appropriés : préparé un diagnostique sur l'état actuelle de ses mosquées et les classées par catégorie.

3- Préparé des maquette pour les mosquées de Djerba et des maquette partielle pour les éléments spécifiques des mosquées de Djerba ( Les Minarets ou "Manara", Les Minbar, Les Bortal, Les Kouttab, Les Makhazen ,Les Madaress, Les Mihrab, Les Salles de prière, Midha, Citernes, Les Equipements Socio-économiques ….).

Le résultat N°3 s'intitule : Les écoliers sont sensibilisés.

Le résultat vise la sensibilisation d'au moins 50% des écoliers et de la population de l'importance et de la richesse de l'architecture traditionnelle des mosquées de l'île de Jerba

Activités :

1- Organiser des sessions de sensibilisation des écoliers à travers l'animation de clubs de sauvegarde dans les établissements scolaires.

2- Distribuer des brochures et des dépliants

3-Organiser des visites d'études pour les écoliers.

Le résultat N°4 s'intitule : Le tourisme culturel s'est développé

Le résultat vise à faire de ce musée une station parmi d'autres dans le circuit culturel et touristique

Activités :

1- Organiser des visites au profit des touristes.

2- Vendre des brochures, des cartes et des cartes postales.

Le résultat N°5 s'intitule : Une structure de gestion du projet est opérationnelle

Le résultat vise une gestion rationnelle du personnel, du matériel et de budget ainsi que la coordination des activités du projet durant sa réalisation.

Activités :

1- Gérer le matériel et les équipements.

2- Gérer le budget.

• Coordonner les activités du projet.

• Préparer la mission d'évaluation du projet.

• Rédiger le rapport final du projet.


Naceur Bouabid, Djerba

Sources:
Le Temps : http://www.letemps.com.tn/pop_article.php?ID_art=35366
Association de Sauvegarde de l'Ile de Djerba: http://www.assidje.org.tn/index_fr/Patrimoine-4.htm

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