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Protestation contre la décision de démolition du théâtre El Moudja à Mostaganem

15/02/2009



Depuis quelques jours, le monde du 4ème art est sens dessus dessous, et pour cause, le théâtre Osmane Fethi, plus connu sous le nom de théâtre d'El Moudja, de Mostaganem, est promis à la destruction. Construit en plein coeur de la petite ville côtière de Salamandre (Mostaganem), ce petit bijou architectural datant de l'époque coloniale est aujourd'hui menacé de disparition parce que situé sur le parcours du boulevard du Front de mer que la wilaya de Mostaganem se propose de construire et devant aller de Salamandre jusqu'à la petite ville de Sablette. Ce projet prévoit également la construction d'une station balnéaire avec des hôtels et des restaurants. A-t-on le droit d'ériger un projet structurant et moderne sur les ruines d'un établissement culturel, alors que le pays a un besoin énorme en infrastructures culturelles et de culture ?

Toute personne raisonnable répondrait par la négative. Et c'est ce que font les gens de l'art en général et du théâtre en particulier. Depuis l'annonce des desseins destructeurs qui visent le théâtre El Moudja, une opposition s'organise et s'exprime. Contacté par téléphone, Djamel Bessaber, l'une des figures emblématiques du théâtre de Mostaganem, commissaire du Festival du théâtre amateur de Mostaganem et fidèle défenseur d'El Moudja, nous dira : «Depuis deux ans, des rumeurs sur un projet de front de mer circulent à Mostaganem, mais aujourd'hui ces rumeurs se sont confirmées.

Les autorités ont déjà procédé à la démolition du côté Est de la ville de Salamandre en attendant qu'ils entament le côté Ouest qui abrite le théâtre El Moudja. Il y a une semaine, un avis de démolition a atterri chez les responsables d'El Moudja leur demandant de vider les lieux. Les artistes se sont mobilisés en rédigeant une pétition et des manifestations ont eu lieu à Salamandre. Mais à mon avis c'est une affaire qui nous dépasse», se désole-t-il.

Le directeur de l'établissement en question, Boudjemaa Djillali, contacté également par téléphone, nous dira : «Les autorités nous ont envoyé un avis de démolition et nous ont promis un terrain pour bâtir un théâtre de 600 places. Nous ne sommes pas des commerçants mais des artistes. On n'a rien à faire des promesses, ce qui nous importe c'est l'histoire, et El Moudja a derrière lui 30 ans d'existence ! Il est témoin du passage des grands hommes de théâtre, Rouiched, Kelthoum, Kaki, etc. Moi, je ne bougerai pas d'ici. Le nouveau théâtre promis doit être construit sur le même lieu qu'El Moudja.

On lance un appel à tous les amoureux du théâtre : Sauvez El Moudja !» Révolté et bouleversé, il ajoutera : «Nous avons reçu plein de lettres de soutien de la part de confrères étrangers mais pas assez des Algériens. Un investisseur étranger nous a même proposé d'acheter le terrain pour sauver El Moudja ! Vous voyez le paradoxe ! Nous sommes vraiment dans le désarroi face à une telle réalité et nous comptons beaucoup sur nos confrères algériens pour qu'ils nous soutiennent et qu'ils fassent entendre leur voix.» A Alger, des gens du théâtre se sont joints au mouvement et s'élèvent également contre la destruction du théâtre de Mostaganem, et cela à travers des pétitions qui circulent ainsi que des SMS :

«El Moudja est un patrimoine culturel historique de la ville de Mostaganem. Le détruire est un crime contre la culture, contre l'histoire et contre cette ville phare de l'innovation artistique.» Ce message est signé M'hamed Benguettaf, artiste et directeur du Théâtre national algérien (TNA).

Mais il semble bien que le compte à rebours pour la destruction d'El Moudja a commencé et que ses jours sont comptés. D'un côté, un immense projet de station balnéaire visant à enrichir le pôle touristique de la ville, de l'autre un petit théâtre amateur qui recèle une page de l'histoire du 4ème art algérien... on devine de quel côté penchera la balance, dans un pays où la culture est encore la 5ème roue du carrosse... à moins qu'une décision, politique, ne fasse contrepoids et commande à Mme la wali de Mostaganem de revoir sa position.

La décision prise par les autorités locales de la wilaya de Mostaganem de démolir le théâtre El Moudja, situé en bord de mer, n'a pas été acceptée par le mouvement associatif et autres férus du 4e art. En effet, cette décision du wali de Mostaganem, Mme Zerhouni, n'a pas été bien accueillie par les locataires du petit théâtre, qui y ont évolué pendant plus de 20 longues années. Il s'agit de l'association El Moudja (la vague) qui fêtera dans deux jours le 30e anniversaire de sa création.

Cette dernière a procédé récemment à un réaménagement des lieux et à une rénovation des sièges de la salle des représentations. Officiellement, la wilaya qui a entamé «une opération d'embellissement et de réaménagement du front de mer, estime que le vestige gêne le plan de réaménagement», nous dit-on. Du côté de l'association et des amis du petit théâtre, on s'indigne de «la légèreté avec laquelle on achève un monument artistique et un témoin séculaire du 4e art dans la ville de Mostaganem».

On nous signale qu'une correspondance a été adressée au président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et à la ministre de la Culture, Khalida Toumi, afin de surseoir à cette décision insensée, dénuée de toute raison. «Au moment où le pays a besoin d'infrastructures culturelles et artistiques à même de consolider notre richesse et préserver ce qui peut l'être, on s'aperçoit que d'autres responsables nagent à contre-courant des réalités et des espérances. Un tel théâtre est à consacrer musée du 4e art dans des pays civilisés», notent d'indéfectibles adeptes du théâtre El Moudja.

En effet, cet édifice culturel a été le témoin de rencontres théâtrales, de représentations données par des géants de la dramaturgie algérienne et même étrangères. On citera le passage des défunts Alloula, Sirat Boumediene, Kaki Abderrahmane, Keltoum, Rouiched et tant d'autres, qui y ont conquis leurs lettres de noblesse. Bien qu'il existe un projet de réalisation d'un théâtre régional dans la ville, les hommes de l'art et de la culture ne comprennent pas comment en est-on arrivé au stade où l'«on prononce aussi facilement une décision de démolir un édifice culturel et historique avec une légèreté aussi insoutenable», s'interroge-t-on.

Les comédiens et autres férus de théâtre nous ont appris que des artistes de renommée, acteurs et comédiens, ont affirmé leur soutien à la position des responsables de l'association El Moudja de préserver ce théâtre. «Où allons-nous partir ? C'est de la folie ! Pourquoi tout ce mépris et cette déconsidération vis-à-vis de ceux qui ont été les pionniers du théâtre dans toute l'Oranie ? On ne le comprendra sans doute jamais», s'insurgent des comédiens. En attendant qu'un responsable réagisse, à Mostaganem on semble décidé à achever El Moudja.

Mohamed Ouanezar / La Tribune

 

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