MAGAZINE D’ARCHITECTURE EN LIGNE

La formation professionnelle et l'internationalisation dans le bâtiment

29/01/2009

Le secteur tunisien du BTP réalise en moyenne un chiffre d’affaires de 5.000 millions de dinars par an. Il contribue à raison de 7% dans le produit intérieur brut (PIB)et se place au 4e rang dans l’économie nationale après le textile, l’industrie agroalimentaire et l’agriculture.

Le nombre des entreprises dans le secteur organisé dépasse les 2.000, et il y aurait plus de 15.000 entrepreneurs opérant dans le secteur informel.Les entreprises sont dans leur majorité des petites et moyennes entreprises, essentiellement familiales, une cinquantaine d’entreprises représentent une taille respectable en proportion relative au marché tunisien (chiffres d’affaires > 30 millions D.T.).Le nombre d’emplois directs est d’environ 300.000 dont 50.000 emplois salariés, et le reste correspondant à des emplois occasionnels, et à durée déterminée par l’activité du chantier. C’est dire, au delà des antiennes du genre «quand le bâtiment va, tout va»,toute l’importance de ce secteur tout autant que les difficultés auxquelles il est confronté. C’est dire surtout son formidable potentiel de développement et de croissance non seulement à l’échelle nationale mais aussi en tant que prestataire de services à l’exportation.
«Un potentiel de croissance et de compétitivité largement tributaire néanmoins d’un investissement significatif dans la formation des ressources humaines. C’est,en l’occurrence, le premier défi que le secteur est appelé à relever avec l’ambition de contribuer significativement aux efforts nationaux de l’exportation. Les mesures ordonnées par le Président Ben Ali durant l’été 2008 ont à cet égard permis aux entreprises du BTP de reprendre espoir et de se relancer activement dans le secteur», souligne M.Chokri Driss, président de la Fédération nationale des entrepreneurs de bâtiment et de travaux publics.

Le secteur du BTP a connu durant les cinq dernières années beaucoup de difficultés,résultant d’un cumul de handicaps,dont notamment,les textes réglementaires pour l’exercice de la profession,ainsi que les textes régissant les marchés publics favorisant une concurrence très agressive entre des opérateurs n’ayant pas le même niveau de qualification, les retards de paiement des marchés publics,les retenues fiscales avec des crédits d’impôt,auxquels s’est rajoutée la flambée des prix de l’énergie et des matières premières,et aussi le manque accru de main-d’œuvre qualifiée,ce qui a considérablement affecté la santé des entreprises et l’efficacité du secteur. La profession a été heureusement secourue par les mesures ordonnées par le Président Ben Ali qui a décrété durant l’été 2008 une série de réformes qui ont permis aux entreprises du BTP de reprendre espoir,et de se relancer activement dans le secteur. Le secteur de la construction et surtout le bâtiment est resté, rappelle M. Driss, fortement traditionaliste en Tunisie. Or,la Tunisie est aujourd’hui engagéé dans de grands projets de construction très ambitieux, avec les projets du XIe Plan de développement économique et aussi les projets d’investissements étrangers,principalement émiratis avec plusieurs milliards de dollars,et dont certains ont déjà posé leurs premières pierres. Mais aussi, à nos portes se trouvent de grandes opportunités pour exporter nos services. C’est ce qui pose un double défi aux entreprises du BTP : la formation professionnelle et l’exportation des services.

Culture de la formation

Certes, il n’est pas toujours facile de mobiliser les professionnels de la construction aux questions relatives à la formation, qui n’occupent pas forcément une place prioritaire dans leurs soucis quotidiens et dans leurs stratégies de développement, de rentabilité et de compétitivité considérant, très souvent, que la formation est la vocation exclusive des institutions d’éducation et de formation professionnelle. Mais personne ne conteste aujourd’hui que sans l’implication et l’engagement fort des professionnels,les objectifs de formation,d’emploi et de competitivité ne peuvent être atteints. Cette culture de la formation est un devoir que nous devons assurer, diffuser, car nous sommes convaincus et persuadés que l’investissement dans les ressources humaines est une priorité pour une entreprise du secteur de la construction, qui se distingue essentiellement dans son milieu professionnel et par rapport à la concurrence, par la qualité de son potentiel humain, la qualification de son staff technique et opérationnel, l’innovation de ses cadres et la clairvoyance de son management. Le message que nous transmettons est le suivant : la formation est une action permanente et continue, et avec ou sans grands projets, doter notre secteur du BTP des ressources humaines qualifiés et performantes,c’est doter nos entreprises et nos bâtisseurs d’un vrai capital et d’une richesse humaine indispensables pour réaliser tout projet,et atteindre les objectifs de coût.de rentabilité et de délais.mais aussi d’une force d’intervention à l’extérieur de nos frontières et exporter un savoir-faire. Il faut souligner à ce niveau, le grand intérêt accordé par l’Etat depuis plusieurs années particulièrement aux programmes de formation professionnelle.
L’Agence française de développement (AFD) en collaboration avec le ministère de l’Education et de la Formation et ses structures et centres sectoriels sont les éléments moteurs des programmes de formation,et avec lesquelles la Fédération nationale des entrepreneurs de BTP travaille concrètement pour adapter la formation aux besoins spécifiques des grands projets,mais aussi les nouveaux métiers qu’imposent les nouvelles technologies de la construction, l’industrialisation des bâtiments, l’ utilisation de nouveaux matériaux par respect des impératifs d’écologie et d’économie d’énergie.

Exportation : nécessaire appui bancaire

La structure de nos entreprises de construction est dominée par des entreprises familiales de taille petite ou moyenne. Ces entreprises ont contribué positivement à la construction du pays, et on peut être fiers du niveau atteint par ces entreprises, dont certaines opèrent àl’international avec des expériences individuelles dans plusieurs pays voisins, notamment l’Algérie et la Libye. mais aussi africains, comme le Mali, le Cameroun, Djibouti, la Mauritanie.
Mais pour réussir l’internationalisation de l’entreprise tunisienne à une échelle plus importante et dans l’intérêt des objectifs nationaux d’exportation,nous proposons un certain nombre de mesures urgentes qu’il faudra adopter pour ne pas laisser passer les formidables opportunités qui se présentent dans les pays arabes et aussi en Afrique.
Ces propositions que M. Driss, a du reste, avancées dans son intervention à l’occasion de la conférence nationale organisée, jeudi dernier par le RCD, sur les défis et les opportunités de l’économie nationale à la lumière des mutations internationales, sont les suivantes:
- créer les mécanismes d’incitation juridique et fiscale au groupement des entreprises tunisiennes entre elles, à la création des sociétés de participation avec des capitaux propres, des organes de direction indépendants des sociétés participantes en vue de donner les meilleures chances à ces entreprises de concurrencer les majors mondiaux de la construction.
Ces mécanismes peuvent s’étendre aux partenariats avec les entreprises arabes et méditerranéenes qui ont manifesté beaucoup d’intérêt à s’associer aux entreprises tunisiennes pour coexporter à partir de la plateforme «Tunisie».
Il faut noter qu’aujourd’hui le concept d’exportation d’une entreprise de construction n’est plus le même qu’il y a quelques années. où l’entrepreneur était tenu d’exporter l’intégralité de son outil de production (base vie,engins de travaux publics,et toute la logistique spécifique au secteur),ce qui est très lourd et nécessite de grands capitaux et de grands engagements. Aujourd’hui.c’est de l’exportation du savoir-faire au niveau du management de projet,de l’ingénierie et des méthodes de construction,l’organisation rigoureuse et la planification,avec des cadres et des techniciens fortement qualifiés dont il s’agit.
- la nécessité de soutien et d’implication des banques dans l’opération d’exportation. Jusque-là, les banques considèrent le secteur BTP comme un secteur à risque et elles sont frileuses pour accompagner les entrepreneurs, surtout à l’extérieur des frontières. Pourtant les excellentes opportunités qui sont devant nos portes ( Algérie et Libye notamment ) doivent stimuler les structures financières et ne pas gâcher ces chances formidables qui s’offrent au secteur. Il suffit à cet égard de relever le dynamisme des entreprises marocaines du secteur BTP qui sont de plus en plus présentes en Afrique,grâce au soutien de la locomotive «Ettijari Bank».
-augmenter les plafonds des assurances d’exportation «Cotunace» et les adapter aux échelles des grands projets de BTP, voire d’associer les compagnies d’assurances arabes et internationales pour couvrir les risques inhérents aux exportations de services BTP.
- exonérer les opérations commerciales engagées par les entreprises sur leurs marchés à l’export des taxes douanières et de la TVA, aussi bien sur les achats chez les fournisseurs tunisiens que pour les marchés de sous- traitance confiés à des entreprises tunisiennes locales. C’est là le rôle moteur du secteur et l’intérêt de favoriser les produits tunisiens,et de consolider leur compétitivité.
- favoriser le recrutement des jeunes diplômés, ingénieurs. cadres gestionnaires ou techniciens pour les marchés à l’exportation.
Ce sont là un ensemble de propositions pratiques qui. selon le président de la Fédération nationale du BTP, apporteront le plus nécessaire et doperont les opérations d’exportation du secteur BTP, contribuant de la sorte davantage aux efforts nationaux de l’exportation.Les entreprises du secteur pourront ainsi se confronter aux entreprises internationales, assimiler plus facilement les nouvelles technologies et réussir le saut qualitatif et technologique dont a fortement besoin le secteur.

Source: J.C. La Presse

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