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"La ville projetée" : une architecture qui crée la ville à l'échelle de l'homme
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20/12/2008
Cette exposition, destinée à la circulation internationale grâce au réseau culturel français, a été initialement conçue comme participation de la France à la 6ème Biennale internationale d'architecture de São Paulo.
L'Institut français de coopération la présente à Tunis du 11 au 27 décembre 2008, à la médiathèque Charles-de-Gaulle puis à la librairie Fahrenheit de Carthage.
" L'exposition La Ville projetée se propose de montrer comment les architectes français font aujourd'hui la ville, dans et hors les frontières de l'Hexagone. Ils sont porteurs d'une ambition majeure, celle de dessiner une architecture qui crée la ville à l'échelle de l'homme. Une ville belle et ambitieuse, complexe et discrète, active et sereine, une ville-monde des temps modernes, une ville "à la française".
Huit thèmes ont été retenus pour illustrer cette ambition ; ce sont autant d'approches convergentes vers le projet :
-Paysages de ville, avec des projets d'urbanisme et de paysage
-Mobilités, montrant gares, tramways, ponts et passerelles
-Habiter, le logement tel qu'il se pense actuellement
-Carrefours des savoirs, illustrés par des médiathèques, collèges et autres universités.
-Lieux de culture, opéras, théâtres et musées
-Bâtiments intelligents, parmi les projets les plus innovants ;
-Nouveau souffle, pour un bâtiment réhabilité ou un espace réinventé ;
-Vecteurs d'image, la présentation de réalisations emblématiques pour leurs commanditaires, public ou privé.
Dessiner la ville de demain, c'est la penser, l'imaginer, la déduire des sensibilités du temps. C'est aussi lui insuffler la force de la création libre, en respectant le lien entre l'histoire des lieux et leur devenir. Tels sont bien les défis de la Ville projetée, projetée dans l'espace, savoir-faire premier, rare et précieux, des architectes et des urbanistes. Projetée dans le temps aussi, entre utopie et viabilité à long terme. Un souci exprimé sous le vocable désormais incontournable du développement durable, préoccupation au cœur de tous les débats entre les acteurs de la ville contemporaine.
C'est la Ville issue de ces conceptions architecturales que vous découvrirez en un instantané, en projection, en plan, en coupe, en croquis et carnets. Nous espérons que la découverte de cette exposition vous permettra d'appréhender la tension entre site et projet et d'explorer les tendances actuelles de l'architecture française. "
Le coup d'envoi de cette exposition sera donné aujourd'hui jeudi 11 décembre à 18 h à la Médiathèque Charles-de-Gaulle avec une présentation assurée par l'architecte Olivier Brochet ; professeur d'architecture à l'école de Bordeaux et membre permanent de l'Académie d'architecture.
Le vendredi 12 décembre une projection en boucle d'une vidéo de 18 minutes de 10h à 18h est prévue
La Librairie Fahrenheit 451 à Carthage Dermech abritera quant à elle cette même manifestation le samedi 20 décembre à 17 h et qui sera présentée par l'architecte Leila Ammar, alors que, du dimanche 21 au samedi 27 décembre il y aura une projection en boucle aux heures d'ouverture Cette vidéo, présente les projets de 64 équipes d'architectes français (photo, maquettes, plans, coupes, croquis...).
Trois grands cahiers plastifiés permettent aux visiteurs d'observer leur propre rythme de lecture.
"La ville à l'épreuve de l'urbain" "La ville à l'épreuve de l'urbain" tel est le thème d'une conférence suivie d'un débat organisée à l'occasion au Collège international de Tunis Dar Ben Ammar, et ce le samedi 13 décembre à 17h et qui verra l'intervention de l'architecte et docteur en architecture Leila Ammar qui est l'auteure de nombreux articles et d'un ouvrage intitulé "Histoire de l'architecture en Tunisie, de l'Antiquité à nos jours" (2005). Quant à l'intervention d'Olivier Brochet elle portera sur le thème "Projet et contexte : le projet architectural pris comme moteur de réhabilitation de la ville"
Professeur d'architecture à l'Ecole de Bordeaux et architecte au sein de l'agence BLP architecture, Olivier Brochet a été invité jeudi dernier par l'Institut français de coopération pour commenter l'exposition d'architecture intitulée : «La ville projetée»*. Le musée de l'Orangerie, une conception d'Olivier Brochet
Un DVD de 18 mn présentant en boucle 64 projets français de différentes échelles : des plus monumentaux et spectaculaires, aux plus intimistes et discrets, à ceux émanant d'un esprit écologique qui se fondent dans les différentes strates du paysage. Il a également intervenu samedi dernier au Collège international de Tunis sur le thème: «La ville à l'épreuve de l'urbain». Nous l'avons rencontré.
Auteur de plusieurs médiathèques en France, des rénovations du musée de l'Orangerie à Paris, des aménagements urbains du nouveau tramway de Bordeaux, il vient de remporter le concours visant à restructurer le musée de l'Homme à Paris. Olivier Brochet, qui fait partie des architectes français les plus en vue actuellement, prône «l'assemblage des compétences» pour créer une ville plus équilibrée, vivante et évolutive.
Il s'inscrit également parmi ces concepteurs de l'espace urbain qui acceptent la stratification de l'histoire du lieu prêtant une attention particulière au contexte. Ceux-là dont la réflexion et le travail théorique accompagnent l'exercice d'un métier qui connaît de vrais bouleversements aujourd'hui. D'autant plus que l'interdisciplinarité que prêche Olivier Brochet ouvre plusieurs pistes de lecture de la ville.
«Je crois que la ville n'est pas la seule propriété de l'urbaniste ou de l'architecte. D'abord, d'autres professionnels ont leur mot à dire là-dessus. Ensuite, lors d'une intervention dans un quartier ou un paysage, des questions posées à des sociologues, des auteurs de théâtre, des cinéastes et des peintres peuvent nous aider dans la recherche d'une identité du projet.
Personnellement, je partage des échanges utiles avec un sculpteur comme Nicolas Alquin. Il s'appuie sur moi pour implanter son oeuvre dans l'espace urbain. Et moi, je suis à chaque fois bouleversé par sa façon de regarder un bâtiment, un quartier ou d'y entrer avec une perception très particulière de la ville.
Des collaborations de ce type m'ouvrent des portes. M'enrichissent. Je crois que cet assemblage des compétences s'inscrit dans la façon contemporaine de pratiquer l'architecture. On n'est plus du tout dans la démarche de l'urbaniste des années 70, qui planifiait et passait la main à l'architecte et aux ingénieurs. Au-delà, cette logique de partage et de pluridisciplinarité peut paraître aussi plus dilettante et plus légère par rapport à une responsabilité progressive de la planification jusqu'à la réalisation».
Des bâtiments qui installent un lien social, une urbanité Olivier Brochet a conçu quatre médiathèques en France. Il aime l'idée de «faire rentrer le flux urbain» dans ces lieux de culture qui ont essaimé dans les villes de l'Hexagone à partir des années 80. Et aussi que l'architecte, en pensant de tels espaces, leurs circulations, leurs transparences et leur lumière, s'occupe d'urbanité et de lien social. Mais comment les médiathèques peuvent-elles absorber les vibrations de la rue ?
Olivier Brochet répond : «Il ne faut pas que ces bâtiments renvoient à une esthétique d'édifice public classique et imposant mais plutôt à cette logique d'abri. Autrefois, dans les villages français, il y avait toujours la halle du marché. Eh bien, la médiathèque c'est ça : une halle de marché sous laquelle les gens se glissent pour rencontrer à l'intérieur des objets du savoir et une offre culturelle bien calibrés. Pour moi, une médiathèque incarne l'anti-bâtiment, une dématérialisation de la façade pour permettre au flux urbain de rentrer».
Autre sujet sur lequel réfléchit beaucoup l'architecte français : toutes ces questions d'actualité, y compris chez nous, liées au patrimoine et à l'histoire. Comment rénover aujourd'hui des bâtiments anciens ? Comment éviter le pastiche ? Jusqu'où peut aller l'intervention de l'architecte ?
Olivier Brochet a été amené à traiter de toutes ces problématiques avec ses étudiants de l'Université de Bordeaux. Les accompagnant en Chine lors d'un voyage d'études, il s'est rendu compte que les Chinois ne ressentaient aucunement le patrimoine comme une présence nécessairement immuable et inchangée. Quand un vieux temple est endommagé, on le démolit et on le refait à l'identique. Si sa conception du patrimoine n'a rien de comparable avec celle des Chinois, l'architecte est loin de prêcher une démarche qui sacralise les édifices hérités du passé.
Il explique : «Le patrimoine, à mon avis, n'est pas à respecter en tant que tel. Il n'est intéressant qu'en devenant un moteur pour une nouvelle intelligence du site. Personnellement, je suis pour le retournement des situations, pour l'acceptation des bâtiments "impurs". C'est-à-dire ne pas chercher, coûte que coûte, l'état originel d'un édifice, mais accepter qu'il ait existé au XVIIIe siècle, subi des transformations au XIXe siècle et redevenu autre chose au XXe siècle».
Pour illustrer ce point de vue, Olivier Brochet présente son intervention au musée de l'Orangerie. Un musée dominé par une magnifique oeuvre, les Nymphéas de Claude Monet. Pour redonner toute sa splendeur à cette peinture, il a fallu la baigner de lumière naturelle. L'équipe de l'architecte décide alors de démolir un mur en épais béton, aménagé dans les années 60, qui cachait une toiture en verre.
Il ajoute encore : «J'adore ce projet parce que les gens ont l'impression que le lieu a toujours existé de cette manière. Alors que rien n'est comme avant : deux murs vitrés sont venus remplacer au nord un mur plein et au sud un mur partiellement transparent. La toiture est redevenue en verre et le jardin et la Seine sont devenus visibles à partir du bâtiment. Si on n'apparaît pas et si notre architecture disparaît, cela veut dire pour nous que le projet est réussi et qu'au fond nous avons révélé l'identité profonde de cet endroit».
Sources : La Presse - Jetset magazine |