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Avec la reconstruction de la villa Africa, la muséographie, trop souvent rébarbative, est entrée dans une ère nouvelle. Une ère qui considère la culture comme un outil déterminant dans la promotion des hautes valeurs civilisationnelles.

Si le site de l'antique Pupput, la «civitas puppitana» couvrant la zone hôtelière d'Hammamet, abrite la plus grande nécropole romaine d'Afrique portant sur plus de deux mille tombes, ce qui constitue une moisson scientifique sans précédent, il en est un autre, le parc archéologique d'El Jem. Il comprend le musée de la mosaïque, un bâtiment imposant, et la villa Africa. Si donc le site de Pupput se distingue par des rites funéraires qui racontent la vie, la villa Africa nous restitue l'ambiance d'une somptueuse demeure romaine du IIe siècle.


La plus vaste du monde romain

L'histoire de la reconstruction de la villa Africa ou maison Africa a commencé par une découverte fortuite, à la périphérie immédiate d'El Jem, l'antique Thysdrus, la cité rebelle qui a fait chuter l'empereur Maximin et d'où est partie une révolte qui a changé la face de l'Empire romain.

A la suite d'une tentative de construction anarchique, des fouilles ont révélé l'existence d'une riche demeure aristocratique, datant des années 170 après J.-C. Par sa taille, plus de 3.000 mètres carrés, elle est la plus vaste résidence privée de toute l'Afrique romaine. La présence d'un jardin et d'un bassin dans une région où l'eau était rare, ainsi que la découverte de restes d'amphores ayant contenu du vin provenant de Grèce, alors qu'à l'époque la région produisait cette boisson, démontrent dans quel luxe vivait son propriétaire. Mais c'est surtout l'exceptionnelle richesse du décor de ses sols qui impose la villa Africa comme un joyau archéologique. Outre des pavements d'une grande variété iconographique et d'une finesse d'exécution digne des plus grands maîtres, on y a trouvé, parfaitement conservée, l'unique mosaïque de la déesse Africa, connue jusque-là par des monnaies, des sculptures ou des peintures.

Dispensatrice de richesse et de fertilité, objet de culte dans toute l'Afrique romaine, la déesse Africa a donné son nom à la villa. Selon Pline l'Ancien, du premier siècle de notre ère, «personne, en Afrique, ne prend de résolution sans avoir invoqué Africa». La villa abritait aussi une très rare représentation de Rome et de ses six grandes provinces symbolisées par des personnages aux attributs différents, ainsi que des natures mortes de fruits, de gibier et de poissons, des figures d'animaux et une naissance de Vénus.

Plutôt que de déposer ses mosaïques pour les accrocher aux murs de musée de la ville d'El Jem, l'idée s'est imposée de reconstruire la villa dans un autre espace et de présenter ses mosaïques dans leur cadre originel, seuls le péristyle et quelques pièces de réception ont été bâtis, les autres pièces étant suggérées par des murets marquant leur superficie.

Ni véritable musée ni site archéologique à part entière, la villa Africa permet au visiteur de visualiser l'ambiance d'une riche demeure d'époque romaine, avec une juste perception des volumes, des élévations et du décor précis des sols.

A ce titre, et bien qu'elle ait fait grincer des dents quelques puristes pour certaines approximations, la villa Africa mérite donc un sérieux coup de chapeau.

Le plateau en mosaïque polychrome représente la déesse Africa en femme au teint basané, au nez épaté et à la chevelure crépue couverte d'une dépouille d'éléphant. Ce plateau a été découvert à El Jem en 1992 grâce aux soins d'un brillant archéologue tunisien, Hédi Slim, historien, spécialiste de l'Antiquité tardive et de la période punique, ancien directeur de la recherche et du recensement du patrimoine qui, aux côtés de Aïcha Ben Abed, spécialiste de la mosaïque africaine et codirigeante du chantier de fouille de Pupput et de Dougga, a été pour beaucoup dans l'exhumation des trésors de l'Afrique romaine.

Adel Latrache


   
   
   
 
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